INICIAR SESIÓNLe bureau de Victoria est baigné de la lumière grise de novembre, une lumière pâle et froide qui traverse les stores vénitiens et dessine des zébrures sur la table en verre. Je suis assise face à elle, les mains croisées sur mes genoux, le dos droit, le collier d'acier autour du cou. Victoria est vêtue d'un tailleur anthracite, ses cheveux noirs tirés en chignon, ses yeux gris fixés sur le document qu
Elle s'approche de moi, s'accroupit à ma hauteur. Son parfum m'enveloppe, ce parfum que j'aime, que j'ai respiré tant de nuits contre son oreiller, que j'ai cherché sur sa peau, que j'ai bu sur ses lèvres. Sa main saisit le collier autour de mon cou. Ses doigts sont glacés, glacés comme la mort, glacés comme son cœur quand elle décide de l'éteindre. Son visage est un masque de pierre, ses yeux gris sont vides, deux puits sans fond qui ne reflètent rien. — Ce collier était à Léa, dit-elle d'une voix basse et venimeuse, une voix de serpent, une voix de poison. Je te l'ai donné sans réfléchir, comme on donne un vieux vêtement à une œuvre de charité. Mais il n'est pas à toi. Il n'a jamais été à toi. Tu n'as jamais été à moi. Tu n'as été qu'une intérimaire, une remplaçante, un bouche-trou en attendant qu'elle revienne. Chaque mot est une lame qui s'enfonce dans ma poitrine, qui tourne dans la plaie, qui élargit la déchirure. Elle sait où f
Maya Victoria n'est plus la même depuis la lettre de Léa. Quelque chose en elle s'est brisé, ou s'est refermé, ou les deux à la fois. Elle m'a dit qu'elle m'aimait, elle a pleuré dans mes bras, elle m'a tenue contre elle toute une nuit, cette nuit étrange et douce où nous avons dormi enlacées sans faire l'amour, sans parler, sans bouger, juste respirer l'une contre l'autre comme deux naufragées sur un radeau. Et puis, au matin, elle s'est éloignée. Insensiblement, progressivement, comme la marée qui se retire sans qu'on s'en aperçoive, laissant derrière elle des coquillages vides et des algues mortes. Un regard fuyant au petit déjeuner. Une main qui se dérobe quand je la frôle. Un silence qui s'épaissit à chaque heure qui passe, qui devient une présence en soi, une troisième personne dans la maison, un fantôme qui s'interpose entre nous. Victoria est en train de fuir, je le sens, je le vois, je le sais avec cette intuition des amants qui n
Je m'assois sur le bord du lit, lourdement, comme une vieille femme usée par la vie. Le matelas est nu, il n'y a plus de draps, plus d'oreiller. Maya a déjà commencé à ranger ses affaires, à effacer les traces de son passage. Comme si elle savait que cette conversation allait arriver. Comme si elle s'y était préparée. Le parquet garde encore l'empreinte de son corps, là où elle a dormi tant de nuits avant que je l'autorise à partager mon lit. Une trace plus sombre sur le bois clair, une trace de sueur et de larmes et de solitude. Bientôt, cette trace aussi disparaîtra. Et il ne restera plus rien de Maya. Rien qu'un souvenir, une absence, un fantôme de plus dans ma collection. Je sors la lettre de ma poche, je la relis en silence, pour la deuxième fois, pour la troisième fois. Les mots sont les mêmes, mais ils résonnent différemment maintenant que Maya est devant moi, maintenant que je vois son visage, ses yeux marron pleins d'espoir et de crainte, sa bouc
Tu l'aimes, Victoria. Tu l'aimes vraiment. Pas comme une chose, pas comme une propriété, pas comme une contractante. Tu l'aimes comme un être humain, comme une femme, comme une égale. Je l'ai vu dans tes yeux quand tu la regardes, cette lueur que je n'ai jamais vue quand tu me regardais moi, cette tendresse qui ne fait pas partie de ton vocabulaire, cette peur panique de la perdre qui te fait commettre exactement les erreurs qui vont te la faire perdre. Je l'ai vu dans tes gestes quand tu la touches, cette retenue, cette hésitation, cette douceur qui ne te ressemble pas. Tu la touches comme on touche un trésor, comme on touche une relique, comme on touche quelque chose qu'on a peur de briser. Moi, tu me touchais comme on touche une arme, comme on touche un instrument, comme on touche quelque chose qu'on sait déjà posséder. Je l'ai vu hier soir, quand j'étais allongée contre elle et que je savais que tu nous regardais sur ton écran de contrôle. Tu ne regardais pas "nous", Victoria. T
Victoria, Je pars. Pour de bon cette fois. Pas d'avion annulé, pas de grève imaginaire, pas de retour précipité. Je pars, et je ne reviendrai pas. Ne me cherche pas. Ne m'appelle pas. Ne m'écris pas. Laisse-moi partir, comme j'aurais dû le faire il y a cinq ans, comme j'aurais dû le faire la première fois que tu m'as brisée. Ne me retiens pas. Ne me promets rien. Laisse-moi m'en aller avec ce qui reste de moi, ce noyau dur et calciné qui a survécu à ton amour et à ton absence. Je t'ai aimée, Victoria. Je t'ai aimée comme je n'ai jamais aimé personne, comme je n'aimerai jamais personne. Tu as été mon soleil et ma nuit, ma prison et ma liberté, ma drogue et mon poison. Tu as été la première femme à me faire jouir, la première à me faire pleurer, la première à me faire comprendre que l'amour n'est pas un sentiment mais une guerre, une conquête, une destruction mutuelle consentie. Tu m'as tout appris, Victoria. La soumission. La domination. Le désir. La peur. La honte. L'abandon. Tu m'
Victoria La maison est silencieuse ce matin, d'un silence qui n'a rien de paisible. C'est le silence des fins, le silence des ruptures, le silence de ce qui se défait et ne se refera jamais. Je suis assise à la table de la cuisine, les coudes sur le bois froid, une tasse de café noir devant moi, intact, glacé depuis des heures. Mes doigts sont crispés autour de la céramique, mes jointures sont blanches, mes ongles sont courts et rongés, et je fixe sans la voir la buée qui s'élève encore du liquide refroidi, comme si cette vapeur fantôme pouvait contenir une réponse, un oracle, une vérité. L'enveloppe est là, devant moi, posée contre la cafetière en inox. Mon prénom écrit à la main sur le papier blanc cassé, d'une écriture que je connais trop bien, que je connaîtrais entre mille, que je reconnaîtrais les yeux fermés rien qu'en passant le bout des doigts sur l'encre en relief. L'écriture de Léa. Ronde, appliquée, avec des boucles exagérées sur les L et les V, des pleins et des délié
Maya Ses doigts accélèrent, la pression augmente, et je sens l'orgasme qui monte, qui monte du plus profond de mon ventre, qui remonte le long de ma colonne vertébrale, qui envahit ma poitrine, qui fait trembler mes cuisses, et je vais jouir, je vais jouir pour la première fois de
MayaSa main se lève à nouveau, je me prépare, je serre les dents, mais cette fois elle caresse ma joue rougie, ses doigts sont froids sur ma peau brûlante, et ce contraste est presque plus insupportable que la douleur.— Maintenant, dit-elle, la fessée, allonge-toi sur mes genoux, le ventre sur me
Je me tourne, je fais face à Victoria, mes yeux dans ses yeux, et je tombe à genoux sans qu'elle me le demande, parce que c'est la seule position qui me semble juste, la seule position qui correspond à ce que je ressens, à ce que je suis devenue.— Pardon, madame, dis-je, et ma voix est plus forte
MayaLa vapeur monte dans la salle de bains comme une prière silencieuse, elle enveloppe le miroir d'un voile blanc qui efface mon reflet, qui efface ma honte, qui efface tout, et je reste debout sous le jet brûlant de la douche, l'eau qui coule sur mon visage, sur mes épaules, sur mes seins, qui r







