LOGINVictoriaL'idée est venue de Maya, comme toutes les bonnes idées depuis trois mois. C'était un soir, la semaine dernière, alors que nous étions allongées dans son lit, repues d'amour, à parler de tout et de rien dans l'obscurité complice de la nuit. Elle s'est redressée soudain, les yeux brillants, et elle a dit :— Victoria, il faut qu'on fasse quelque chose. Quelque chose d'important. Quelque chose de symbolique.— Quoi donc ?— On doit vider la chambre des jouets. Se débarrasser de tout ce qui symbolise l'ancienne Victoria. La dominatrice, la maîtresse, la femme qui punissait. Garder juste ce que nous voulons vraiment, ce qui a du sens pour nous maintenant.J'ai hésité. La chambre des jouets, c'est une pièce entière de la maison, une pièce que je n'ai pas ouverte depuis des semaines, une pièce que j'&eacut
MayaLe printemps est arrivé sur Paris, un printemps timide et pluvieux qui lave les trottoirs et fait éclore les premières fleurs dans les jardins publics. Trois mois ont passé depuis que Victoria s'est agenouillée sur mon paillasson, trois mois depuis qu'elle a déchiré le contrat, trois mois depuis notre première nuit libre. Trois mois de bonheur fragile, de réapprentissage, de reconstruction. Nous n'habitons pas encore ensemble — il est trop tôt, avons-nous décidé d'un commun accord, il faut laisser le temps au temps, il faut que chacun garde son espace, son refuge. Mais nous passons presque toutes les nuits ensemble, alternant entre son appartement et le mien, entre la maison blanche qui n'est plus une prison et le petit appartement du Marais qui est devenu un nid.Victoria a changé. Pas complètement, pas miraculeusement. Elle a encore des jours sombres, des
MayaLe matin est pâle et doux, un matin d'hiver silencieux qui enveloppe l'appartement d'une lumière laiteuse. Je me réveille la première, et pendant quelques secondes, je ne sais plus où je suis. Puis je sens son corps contre le mien, sa chaleur, son odeur, et tout me revient. Victoria est là. Victoria est venue. Victoria s'est agenouillée, Victoria a pleuré, Victoria a demandé pardon. Et je lui ai pardonné.Je la regarde dormir. Son visage est apaisé, ses traits détendus, ses cheveux noirs éparpillés sur l'oreiller. Elle n'a plus son masque de dominatrice, de femme d'affaires, de maîtresse. Elle est juste Victoria, une femme endormie dans mes bras, vulnérable, humaine, aimante. Et je l'aime. Je l'aime plus que jamais.Elle ouvre les yeux, et son regard gris croise le mien. Un sourire timide étire ses lèvres, un sourire
VictoriaLa nuit est tombée sur le petit appartement de Maya, une nuit claire et froide de janvier, et nous sommes allongées dans son lit, face à face, sans nous toucher. La lumière de la lune filtre à travers les rideaux, dessinant des motifs argentés sur la couette blanche. Nous avons parlé pendant des heures, assises sur son canapé, une tisane à la main. Je lui ai tout raconté, absolument tout. Mes peurs, mes fuites, mes lâchetés. Et elle m'a écoutée, sans m'interrompre, sans me juger. Puis elle a parlé à son tour, elle m'a raconté sa mère, sa maladie, la peur de la perdre. Elle m'a raconté ses nuits sur le parquet, ses larmes, ses humiliations, ses moments de bonheur aussi, ces instants volés où elle se sentait aimée, protégée, désirée.Et maintenant, nous sommes là,
Elle s'est levée, a contourné le bureau, et a posé une main sur mon épaule. Sa main était chaude, douce, mais il n'y avait plus rien de sensuel dans ce geste. Juste de l'affection, de l'amitié, de la compassion.— Va la chercher, Victoria. Va la chercher avant qu'il ne soit trop tard. Moi, j'ai tourné la page. Je suis heureuse maintenant, ou du moins en paix. Mais Maya, elle, elle t'attend. Elle t'attend depuis six semaines. Ne la fais pas attendre plus longtemps.Elle est partie, me laissant seule avec mes pensées, mes peurs, mes regrets. Et ce matin, après une nuit blanche passée à tourner en rond dans la maison vide, j'ai enfilé mon manteau, j'ai pris ma voiture, et j'ai roulé jusqu'à l'adresse que j'avais notée dans mon téléphone il y a des semaines, quand j'avais fait suivre Maya pour m'assurer qu'elle allait bien, qu'ell
Elle s'est levée, a enfilé son manteau, et avant de partir, elle s'est penchée vers moi et a posé ses lèvres sur les miennes. Un baiser léger, tendre, amical.— Tu es la meilleure chose qui soit arrivée dans ma vie, Maya. Après Victoria, après toute cette souffrance, tu es la lumière au bout du tunnel. Même si tu ne m'aimes pas comme tu l'aimes, elle. Même si tu finis par retourner avec elle. Je voulais que tu le saches.— Léa...— Chut. Ne dis rien. Laisse-moi partir. Et souviens-toi : si elle vient, écoute-la. Ne la repousse pas tout de suite. Elle a besoin de toi. Et peut-être que toi aussi, tu as besoin d'elle.Elle est partie, et je suis restée seule dans l'appartement silencieux, le cœur battant, les pensées en déroute. Victoria va venir. Victoria va peut-être venir. Apr&
Maya Victoria n'est plus la même depuis la lettre de Léa. Quelque chose en elle s'est brisé, ou s'est refermé, ou les deux à la fois. Elle m'a dit qu'elle m'aimait, elle a pleuré dans mes bras, elle m'a tenue contre elle toute une nuit, cette nuit étrange et douce où nous a
Tu l'aimes, Victoria. Tu l'aimes vraiment. Pas comme une chose, pas comme une propriété, pas comme une contractante. Tu l'aimes comme un être humain, comme une femme, comme une égale. Je l'ai vu dans tes yeux quand tu la regardes, cette lueur que je n'ai jamais vue quand tu me regardais moi, cette
Victoria, Je pars. Pour de bon cette fois. Pas d'avion annulé, pas de grève imaginaire, pas de retour précipité. Je pars, et je ne reviendrai pas. Ne me cherche pas. Ne m'appelle pas. Ne m'écris pas. Laisse-moi partir, comme j'aurais dû le faire il y a cinq ans, comme j'aurais dû le faire la prem
Victoria La maison est silencieuse ce matin, d'un silence qui n'a rien de paisible. C'est le silence des fins, le silence des ruptures, le silence de ce qui se défait et ne se refera jamais. Je suis assise à la table de la cuisine, les coudes sur le bois froid, une tasse de café noir devant moi,







