Mag-log inLa maison est silencieuse ce matin, un silence lourd et épais comme un couvercle de plomb. Victoria est partie tôt pour une réunion à l'extérieur, la première depuis des jours, et je suis seule dans la cuisine quand la sonnette retentit. Je n'attends personne. Le livreur de repas est déjà passé, le facteur ne vient plus depuis que Victoria a fait installer une boîte postale en ville. Alors qui ?
J'ouv
Victoria Ce matin, j'ai trouvé son message. Je ne l'ai pas trouvé tout de suite. Il était caché dans ma boîte vocale, noyé parmi les appels professionnels, les messages de mon assistant, les notifications de la banque, les relances de la clinique qui continuait d'envoyer les factures à mon nom. J'ai failli le supprimer sans l'écouter, comme je supprime tous les messages sans les écouter, comme je supprime tout ce qui pourrait me faire souffrir, tout ce qui pourrait me faire ressentir. Mais quelque chose m'a retenue. Un pressentiment. Une intuition. Son nom sur l'écran, affiché en toutes lettres, comme un fantôme qui revient hanter sa meurtrière. Maya. Elle m'a appelée. Elle m'a laissé un message. Et je ne l'ai même pas entendue. Je ne l'ai même pas écoutée. J'étais trop occupée à me terrer dans mon bureau, à me convaincre que j'avais raison, que je ne l'aimais pas, que je ne méritais pas son amour. Je m'as
Je feuillette le carnet, les larmes aux yeux, et à la dernière page, je trouve une inscription. Son écriture, petite et serrée, à l'encre noire, cette écriture appliquée des enfants sages, des filles studieuses, des amantes patientes. Victoria, si tu trouves ce carnet, c'est que je suis partie. Je te laisse ces dessins pour que tu n'oublies jamais que quelqu'un t'a aimée. Vraiment aimée. Pas pour ton argent, pas pour ton pouvoir, pas pour tes contrats. Pour toi. Juste pour toi. Pour la femme qui pleure en silence, pour la femme qui a peur de l'amour, pour la femme qui se cache derrière son masque. Je t'aime, Victoria. Je t'aimerai toujours. Maya Je ferme le carnet, le serre contre ma poitrine, et je pleure. Des sanglots cette fois, de vrais sanglots, qui montent du plus profond de mes entrailles et qui déchirent le silence de la maison vide. Des sanglots comme je n'en ai jamais eu, comme je ne savais pas que je po
Relève-toi, Victoria. Rattrape-la. Dis-lui que tu l'aimes. Dis-lui que tu as menti. Dis-lui que tu as peur, mais que tu veux essayer. Dis-lui la vérité. Dis-lui que tu ne sais pas aimer, mais qu'avec elle, tu veux apprendre. Dis-lui que tu ne mérites pas son amour, mais que tu veux quand même le recevoir. Dis-lui que tu es brisée, mais qu'elle est la seule qui puisse te réparer. Mais je ne me relève pas. Je ne la rattrape pas. Parce que la peur est plus forte que l'amour. Parce que la peur est tout ce que je connais, tout ce que je maîtrise, tout ce que je mérite. Parce que courir après Maya, ce serait admettre que j'ai tort, que j'ai toujours eu tort, que Léa avait raison, que je l'aime et que je l'ai chassée par lâcheté. Et ça, c'est trop dur. C'est trop dur d'affronter ses propres démons. C'est plus facile de les laisser gagner, de les laisser tout détruire, de les laisser faire de moi ce que je suis vraiment : une femme seule, une femme vide
Victoria La porte a claqué. Le silence est retombé. Et je suis seule. Je suis assise dans mon bureau, la porte fermée à clé, le visage enfoui dans mes mains, les coudes appuyés sur le sous-main en cuir qui a coûté plus cher que le salaire mensuel de Maya. J'ai entendu ses pas dans l'escalier, ces pas légers que j'avais appris à reconnaître, qui me faisaient battre le cœur chaque fois qu'ils s'approchaient de ma chambre. J'ai entendu ses pas dans le couloir, une pause devant la porte du bureau, un silence lourd de tout ce qu'elle ne dira pas, de tout ce que je ne lui dirai jamais. J'ai entendu la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer, le déclic de la serrure, le bruit sourd du battant contre le chambranle. Et puis le silence. Un silence atroce, définitif, un silence de tombeau. Maya est partie. Maya est vraiment partie. Et c'est moi qui l'ai chassée. Je me lève, j'ouvre la porte du bureau, je traverse le couloir comme
Elle s'approche de moi, s'accroupit à ma hauteur. Son parfum m'enveloppe, ce parfum que j'aime, que j'ai respiré tant de nuits contre son oreiller, que j'ai cherché sur sa peau, que j'ai bu sur ses lèvres. Sa main saisit le collier autour de mon cou. Ses doigts sont glacés, glacés comme la mort, glacés comme son cœur quand elle décide de l'éteindre. Son visage est un masque de pierre, ses yeux gris sont vides, deux puits sans fond qui ne reflètent rien. — Ce collier était à Léa, dit-elle d'une voix basse et venimeuse, une voix de serpent, une voix de poison. Je te l'ai donné sans réfléchir, comme on donne un vieux vêtement à une œuvre de charité. Mais il n'est pas à toi. Il n'a jamais été à toi. Tu n'as jamais été à moi. Tu n'as été qu'une intérimaire, une remplaçante, un bouche-trou en attendant qu'elle revienne. Chaque mot est une lame qui s'enfonce dans ma poitrine, qui tourne dans la plaie, qui élargit la déchirure. Elle sait où f
Maya Victoria n'est plus la même depuis la lettre de Léa. Quelque chose en elle s'est brisé, ou s'est refermé, ou les deux à la fois. Elle m'a dit qu'elle m'aimait, elle a pleuré dans mes bras, elle m'a tenue contre elle toute une nuit, cette nuit étrange et douce où nous avons dormi enlacées sans faire l'amour, sans parler, sans bouger, juste respirer l'une contre l'autre comme deux naufragées sur un radeau. Et puis, au matin, elle s'est éloignée. Insensiblement, progressivement, comme la marée qui se retire sans qu'on s'en aperçoive, laissant derrière elle des coquillages vides et des algues mortes. Un regard fuyant au petit déjeuner. Une main qui se dérobe quand je la frôle. Un silence qui s'épaissit à chaque heure qui passe, qui devient une présence en soi, une troisième personne dans la maison, un fantôme qui s'interpose entre nous. Victoria est en train de fuir, je le sens, je le vois, je le sais avec cette intuition des amants qui n
MayaLa sonnette retentit à treize heures précises. Un carillon grave et profond qui résonne dans toute la maison, qui traverse les murs blancs, qui fait vibrer le parquet sous mes pieds. Victoria se lève du canapé sans hâte, elle lisse son pantalon, ajuste son col roulé, et se
MayaLe repas est terminé, la table est débarrassée, la vaisselle lavée et rangée, et Victoria s'est retirée dans son bureau pour travailler, me laissant seule dans le salon blanc avec pour seule compagnie le bruit de la pluie qui a repris derrière la fenêtre et le souvenir obs
MayaLa matinée passe dans un silence étrange, ponctué par les bruits de la cuisine, les couteaux qui tranchent les légumes, l'eau qui bout dans la casserole, le four qui ronronne en cuisant le pain. Victoria cuisine avec la même précision qu'elle met dans tout le reste, des gestes nets et précis e
MayaLe salon est une pièce que je n'avais pas vraiment regardée jusqu'à maintenant. Quand je suis arrivée hier, j'étais trop nerveuse, trop concentrée sur le contrat, sur le stylo, sur ma main qui tremblait. Et ce matin, je suis passée devant sans m'arrêter, trop pressée de suivre Victoria dans la







