MasukRelève-toi, Victoria. Rattrape-la. Dis-lui que tu l'aimes. Dis-lui que tu as menti. Dis-lui que tu as peur, mais que tu veux essayer. Dis-lui la vérité. Dis-lui que tu ne sais pas aimer, mais qu'avec elle, tu veux apprendre. Dis-lui que tu ne mérites pas son amour, mais que tu veux quand même le recevoir. Dis-lui que tu es brisée, mais qu'elle est la seule qui puisse te réparer. Mais je ne me relève pas. Je ne la rattrape pas. Parce que la peur est plus forte que l'amour. Parce que la peur est tout ce que je connais, tout ce que je maîtrise, tout ce que je mérite. Parce que courir après Maya, ce serait admettre que j'ai tort, que j'ai toujours eu tort, que Léa avait raison, que je l'aime et que je l'ai chassée par lâcheté. Et ça, c'est trop dur. C'est trop dur d'affronter ses propres démons. C'est plus facile de les laisser gagner, de les laisser tout détruire, de les laisser faire de moi ce que je suis vraiment : une femme seule, une femme vide
Victoria La porte a claqué. Le silence est retombé. Et je suis seule. Je suis assise dans mon bureau, la porte fermée à clé, le visage enfoui dans mes mains, les coudes appuyés sur le sous-main en cuir qui a coûté plus cher que le salaire mensuel de Maya. J'ai entendu ses pas dans l'escalier, ces pas légers que j'avais appris à reconnaître, qui me faisaient battre le cœur chaque fois qu'ils s'approchaient de ma chambre. J'ai entendu ses pas dans le couloir, une pause devant la porte du bureau, un silence lourd de tout ce qu'elle ne dira pas, de tout ce que je ne lui dirai jamais. J'ai entendu la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer, le déclic de la serrure, le bruit sourd du battant contre le chambranle. Et puis le silence. Un silence atroce, définitif, un silence de tombeau. Maya est partie. Maya est vraiment partie. Et c'est moi qui l'ai chassée. Je me lève, j'ouvre la porte du bureau, je traverse le couloir comme
Elle s'approche de moi, s'accroupit à ma hauteur. Son parfum m'enveloppe, ce parfum que j'aime, que j'ai respiré tant de nuits contre son oreiller, que j'ai cherché sur sa peau, que j'ai bu sur ses lèvres. Sa main saisit le collier autour de mon cou. Ses doigts sont glacés, glacés comme la mort, glacés comme son cœur quand elle décide de l'éteindre. Son visage est un masque de pierre, ses yeux gris sont vides, deux puits sans fond qui ne reflètent rien. — Ce collier était à Léa, dit-elle d'une voix basse et venimeuse, une voix de serpent, une voix de poison. Je te l'ai donné sans réfléchir, comme on donne un vieux vêtement à une œuvre de charité. Mais il n'est pas à toi. Il n'a jamais été à toi. Tu n'as jamais été à moi. Tu n'as été qu'une intérimaire, une remplaçante, un bouche-trou en attendant qu'elle revienne. Chaque mot est une lame qui s'enfonce dans ma poitrine, qui tourne dans la plaie, qui élargit la déchirure. Elle sait où f
Maya Victoria n'est plus la même depuis la lettre de Léa. Quelque chose en elle s'est brisé, ou s'est refermé, ou les deux à la fois. Elle m'a dit qu'elle m'aimait, elle a pleuré dans mes bras, elle m'a tenue contre elle toute une nuit, cette nuit étrange et douce où nous avons dormi enlacées sans faire l'amour, sans parler, sans bouger, juste respirer l'une contre l'autre comme deux naufragées sur un radeau. Et puis, au matin, elle s'est éloignée. Insensiblement, progressivement, comme la marée qui se retire sans qu'on s'en aperçoive, laissant derrière elle des coquillages vides et des algues mortes. Un regard fuyant au petit déjeuner. Une main qui se dérobe quand je la frôle. Un silence qui s'épaissit à chaque heure qui passe, qui devient une présence en soi, une troisième personne dans la maison, un fantôme qui s'interpose entre nous. Victoria est en train de fuir, je le sens, je le vois, je le sais avec cette intuition des amants qui n
Je m'assois sur le bord du lit, lourdement, comme une vieille femme usée par la vie. Le matelas est nu, il n'y a plus de draps, plus d'oreiller. Maya a déjà commencé à ranger ses affaires, à effacer les traces de son passage. Comme si elle savait que cette conversation allait arriver. Comme si elle s'y était préparée. Le parquet garde encore l'empreinte de son corps, là où elle a dormi tant de nuits avant que je l'autorise à partager mon lit. Une trace plus sombre sur le bois clair, une trace de sueur et de larmes et de solitude. Bientôt, cette trace aussi disparaîtra. Et il ne restera plus rien de Maya. Rien qu'un souvenir, une absence, un fantôme de plus dans ma collection. Je sors la lettre de ma poche, je la relis en silence, pour la deuxième fois, pour la troisième fois. Les mots sont les mêmes, mais ils résonnent différemment maintenant que Maya est devant moi, maintenant que je vois son visage, ses yeux marron pleins d'espoir et de crainte, sa bouc
Tu l'aimes, Victoria. Tu l'aimes vraiment. Pas comme une chose, pas comme une propriété, pas comme une contractante. Tu l'aimes comme un être humain, comme une femme, comme une égale. Je l'ai vu dans tes yeux quand tu la regardes, cette lueur que je n'ai jamais vue quand tu me regardais moi, cette tendresse qui ne fait pas partie de ton vocabulaire, cette peur panique de la perdre qui te fait commettre exactement les erreurs qui vont te la faire perdre. Je l'ai vu dans tes gestes quand tu la touches, cette retenue, cette hésitation, cette douceur qui ne te ressemble pas. Tu la touches comme on touche un trésor, comme on touche une relique, comme on touche quelque chose qu'on a peur de briser. Moi, tu me touchais comme on touche une arme, comme on touche un instrument, comme on touche quelque chose qu'on sait déjà posséder. Je l'ai vu hier soir, quand j'étais allongée contre elle et que je savais que tu nous regardais sur ton écran de contrôle. Tu ne regardais pas "nous", Victoria. T
Victoria, Je pars. Pour de bon cette fois. Pas d'avion annulé, pas de grève imaginaire, pas de retour précipité. Je pars, et je ne reviendrai pas. Ne me cherche pas. Ne m'appelle pas. Ne m'écris pas. Laisse-moi partir, comme j'aurais dû le faire il y a cinq ans, comme j'aurais dû le faire la prem
Victoria La maison est silencieuse ce matin, d'un silence qui n'a rien de paisible. C'est le silence des fins, le silence des ruptures, le silence de ce qui se défait et ne se refera jamais. Je suis assise à la table de la cuisine, les coudes sur le bois froid, une tasse de café noir devant moi,
VictoriaLe matin est une chape de plomb sur la maison. Je n'ai pas dormi. Je suis restée allongée dans mon lit, les yeux ouverts dans le noir, à écouter le silence. Léa est repartie hier soir, Maya s'est enfermée dans sa chambre, et moi je s
MayaLa maison est silencieuse ce matin, un silence lourd et épais comme un couvercle de plomb. Victoria est partie tôt pour une réunion à l'extérieur, la première depuis des jours, et je suis seule dans la cuisine quand la sonnette retentit.







