LOGINLes grilles du domaine familial apparurent au bout de l’allée après plusieurs minutes de route. Les grands arbres bordant le chemin filtraient la lumière de l’après-midi, projetant des ombres mouvantes sur le gravier. La voiture ralentit, puis s’arrêta au milieu de l’allée. À peine Ophelia eut-elle posé la main sur la poignée de la portière qu’un petit paquet de fourrure grise et blanche bondit hors des buissons et se précipita vers elle en aboyant de joie.
C’était Elliot. Il avait récemment appris à se transformer, et depuis ce jour, il passait le plus clair de son temps sous sa forme de louveteau. Quand il n’était pas en colère contre Ophelia pour ses retards chroniques, il s’amusait à se métamorphoser au moment le plus inattendu pour semer le chaos dans la maison et faire courir Janet dans tous les sens. « Monsieur Elliot ! Où courez-vous encore ?! » cria Janet en sortant précipitamment de la maison, les bras déjà tendus pour l’attraper. Elliot répondit par un joyeux « Yip yip ! » avant de se jeter littéralement dans les bras de sa sœur. Ophelia le rattrapa d’un geste habile, riant malgré elle en sentant sa petite queue s’agiter frénétiquement contre son bras. « Oh, te voilà, mon petit monstre. Tu as dû sentir qu’Ophelia était rentrée », dit Janet en s’approchant, un sourire tendre aux lèvres malgré son essoufflement. « Viens, Ophie, rentrons. Tu dois avoir faim. » Ophelia déposa délicatement Elliot sur le gravier pour qu’il puisse se transformer. Le petit loup ferma les yeux, se concentra, et quelques secondes plus tard, un garçonnet aux cheveux en bataille et aux joues encore un peu roses se tenait à sa place, complètement nu. Janet lui passa rapidement un peignoir qu’elle gardait toujours à portée de main pour ces occasions. « En fait, Janet, je n’ai pas vraiment faim », dit Ophelia en entrant dans le hall. « J’ai mangé du gâteau et un latte à la citrouille au café avec Amy. » Janet s’arrêta net, posa les mains sur ses hanches et lui lança ce regard particulier qu’Ophelia connaissait trop bien. Celui qui disait clairement : « Pas d’excuses. Tu vas déjeuner, point final. » Ophelia soupira, vaincue. Impossible d’argumenter contre ce regard. Elle monta rapidement dans sa chambre, se changea en un vieux t-shirt doux et un short confortable, puis redescendit pieds nus. Dans la salle à manger, Elliot était déjà installé et engloutissait un sandwich au fromage grillé avec un enthousiasme presque inquiétant. Du fromage fondu dégoulinait un peu sur son menton. « Ralentis, petit », dit-elle en s’asseyant à côté de lui et en lui ébouriffant les cheveux. Elliot leva la tête, la bouche pleine. « Je n’esss pas p’tit », marmonna-t-il entre deux bouchées. Ophelia n’arriva même pas à comprendre le reste de la phrase. Janet arriva avec une assiette fumante qu’elle posa devant Ophelia. « Tiens, grande fille. » La queue d’Ophelia s’agita d’excitation malgré elle. Sur l’assiette se trouvaient un bol de soupe à la tomate bien chaude et un sandwich au fromage grillé croustillant, exactement comme elle les aimait. « Mange. » « Hmm… ça sent tellement bon, Janet. Merci. » Ophelia plongea sa cuillère dans la soupe. Sa queue continua de balayer doucement de gauche à droite sous la table, trahissant son contentement. Après quelques bouchées, elle releva la tête. « Où est passé Père ? » « Il a une réunion avec le Haut Conseil concernant le prochain bal », répondit Janet en essuyant le menton d’Elliot d’un geste maternel. « Ils discutent apparemment de la sécurité et des protocoles. » « Alors il est au Central en ce moment ? » « Oui. Mais il a promis d’être rentré avant le dîner. » Ophelia hocha la tête. Un silence confortable s’installa un moment, seulement interrompu par le bruit des cuillères et le petit bruit de satisfaction qu’Elliot faisait à chaque bouchée. Quand il eut enfin terminé, Elliot poussa son assiette et se précipita vers sa sœur. « Ophie ! On va jouer ! » Il la regarda avec ses grands yeux bruns, les oreilles légèrement en arrière, attendant sa réponse avec une impatience presque palpable. Ophelia sourit et lui caressa les cheveux. « Tu viens juste de manger, mon cœur. Je ne veux pas que tu aies mal au ventre en courant partout. » Janet, qui observait la scène depuis l’embrasure de la porte, sentit son cœur se serrer de tendresse. Ces deux-là étaient vraiment adorables ensemble. « Pourquoi ne joueriez-vous pas plutôt avec des jouets en haut ? » proposa-t-elle. « Comme ça Elliot ne risque rien. » Elliot se tourna vers Ophelia, les yeux brillants. « On peut ? » « Bien sûr », répondit-elle en se levant. « Pourquoi pas. » Ils montèrent ensemble les escaliers. Dans la chambre d’Elliot, les jouets étaient déjà éparpillés un peu partout : des petites figurines de loups, des voitures en bois, un château en blocs. Elliot s’assit par terre et commença immédiatement à construire quelque chose, bavardant à voix haute sur les aventures de ses personnages. Ophelia s’installa à côté de lui, l’aidant de temps en temps, riant de ses histoires absurdes. Pourtant, pendant qu’elle jouait, une partie de son esprit s’évada. Elle pensait au bal. À la robe jaune qu’elle avait choisie. À la façon dont Amethyst avait parlé de Damien avec un sourire en coin. Et surtout, elle pensait à lui. À ce qu’elle ressentirait en le voyant pour de vrai, après toutes ces années. Son cœur battait un peu plus vite à cette idée, à la fois d’excitation et d’appréhension. Elle savait déjà, au fond d’elle, que le bal de cette année ne serait pas comme les autres.« Bonsoir Ophelia »« Il faut qu'on parle »Ophelia continuait de fixer son téléphone. La curiosité prenant le dessus sur elle. Elle était sur le point de taper un message à ce numéro. Quand un autre message arriva.« C'est à propos du lien d'âme sœur. »Les yeux d'Ophelia s'écarquillèrent. Elle n'en avait parlé à personne et le conseil gardait cela secret jusqu'au moment venu. Alors comment cette personne le savait-elle.Elle était sur le point de répondre à la personne quand Janet entra. Les oreilles de Janet étaient plaquées sur sa tête tandis qu'elle regardait autour de la chambre d'Ophelia avant de finalement se poser sur elle.« Ophie chérie, tu te sens mieux. Tes yeux sont rouges et gonflés. »Ophelia sourit à Janet. Ce n'était pas son sourire radieux habituel, mais Janet était heureuse de voir une émotion différente sur le visage d'Ophie.Elle ne put s'empêcher de serrer Ophelia dans ses bras.« Euh Janet je ne peux pas– je ne peux pas respirer »Janet relâcha Ophelia et rit n
C’était Damien Valore. *Le* Damien Valore.Ophelia resta figée, incapable de bouger. Son cœur battait si fort qu’elle l’entendait résonner dans ses oreilles. La lumière de la lune dessinait les traits de son visage : la mâchoire carrée, les sourcils légèrement froncés, les yeux d’un brun presque doré qui la fixaient avec une intensité troublante. Il avait grandi. Beaucoup. Plus grand, plus large d’épaules, plus imposant. Et pourtant, quelque chose en lui lui était douloureusement familier.« Ophelia ? » Sa voix était plus grave qu’elle ne l’avait imaginée. Plus profonde.« Oui… » réussit-elle à articuler, la gorge serrée.Damien sembla un instant surpris lui aussi. Puis un léger sourire, presque hésitant, effleura ses lèvres.« Wow… c’est vraiment toi. Ça fait… longtemps. »Ophelia sentit ses oreilles s’aplatir d’elles-mêmes contre sa tête. Une vague de chaleur lui monta aux joues. Elle essaya de reculer d’un pas, jus
La semaine passa dans une tranquillité presque trompeuse. Aucun événement majeur ne vint troubler le quotidien de la maison Elaroyn. Les journées s’écoulaient entre les cours d’Elliot, les promenades dans les jardins et les discussions légères avec Amethyst. Pourtant, sous cette surface calme, une tension douce et excitante grandissait chaque jour un peu plus. Le bal approchait, et avec lui, la promesse de quelque chose d’inconnu.Puis arriva le grand jour.Dès le matin, la maison fourmillait d’une énergie inhabituelle. Des domestiques allaient et venaient, des valets pressaient les costumes, et l’odeur du café se mélangeait à celle des fleurs fraîchement coupées qui ornaient le grand hall. En haut, dans la chambre d’Ophelia, l’atmosphère était encore plus électrique.Ophelia était déjà en robe de chambre, assise devant le grand miroir, pendant qu’Amethyst s’affairait autour d’elle comme une tornade. Le fer à boucler dans une main, un pinceau de maqui
Les grilles du domaine familial apparurent au bout de l’allée après plusieurs minutes de route. Les grands arbres bordant le chemin filtraient la lumière de l’après-midi, projetant des ombres mouvantes sur le gravier. La voiture ralentit, puis s’arrêta au milieu de l’allée. À peine Ophelia eut-elle posé la main sur la poignée de la portière qu’un petit paquet de fourrure grise et blanche bondit hors des buissons et se précipita vers elle en aboyant de joie. C’était Elliot. Il avait récemment appris à se transformer, et depuis ce jour, il passait le plus clair de son temps sous sa forme de louveteau. Quand il n’était pas en colère contre Ophelia pour ses retards chroniques, il s’amusait à se métamorphoser au moment le plus inattendu pour semer le chaos dans la maison et faire courir Janet dans tous les sens. « Monsieur Elliot ! Où courez-vous encore ?! » cria Janet en sortant précipitamment de la maison, les bras déjà tendus pour l’attrape
Ophelia admirait le paysage en regardant les voitures filer, ses oreilles frémissant occasionnellement quand quelque chose attirait son attention.Amethyst la regardait intensément. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »« Ophie, j’ai entendu quelque chose de vraiment important. »Les oreilles d’Ophelia se dressèrent et elle fut alerte et prête. « Le Haut Conseil va organiser le bal au Central Field », dit Amethyst avec le plus grand sérieux dans la voix. Ophelia la regarda tandis que ses oreilles se détendaient lentement ; elle s’adossa dans son siège et se mit à l’aise en fixant Amethyst.« Alors… qu’est-ce que ça a à voir avec nous ? » dit Ophelia en croisant les bras et en lançant un regard à Amethyst.De son côté, Amethyst s’excita vraiment pour tout raconter à Ophie sur le prochain bal. Elle se pencha et se mit à déverser les détails.« J’ai entendu que le bal est au Central Field et que toutes les familles du Haut Conseil doivent être présentes. Tu sais ce
Mademoiselle Ophelia, veuillez vous réveiller. Vous avez une longue journée devant vous. » Ophelia gémit et tira la couverture sur sa tête. « Il est beaucoup trop tôt pour être debout, Janet. » « Il est presque huit heures. » « Exactement. C’est beaucoup trop tôt. » Janet soupira et se dirigea vers les rideaux. D’un geste vif, elle les ouvrit. La lumière chaude du soleil inonda la pièce, illuminant les murs et transformant tout sur son passage en or. Le matin était magnifique. Ophelia n’était pas d’accord. Elle enfouit son visage plus profondément dans son oreiller. « Mademoiselle Ophelia. » « Je suis réveillée. » « Vous êtes encore au lit. » « Je suis réveillée au lit. » Janet secoua la tête en essayant de cacher un sourire. « Votre tenue est prête. » Cela attira enfin l’attention d’Ophelia. Elle releva la tête, ses oreilles frémissant au son du mot « tenue ». « Qu’est-ce que vous avez choi







