FAZER LOGINLes moteurs se sont tus avant la nuit.
Les véhicules humains ont reculé, les drones sont remontés vers le ciel, emportant leurs données, leurs cartes, leurs certitudes froides. Aucun tir, aucune victime. Juste cette impression qu’ils avaient obtenu ce qu’ils voulaient vraiment : mesurer la manière dont nous nous fissurerions après leur passage.
La fissure n’a pas attendu.
Sur la crête, un jeune guerrier a p
L’aube n’avait pas encore trouvé le courage de se lever que la pièce sentait déjà les herbes brûlées et le fer. Je restais allongée, le corps lourd, la blessure encore vive sous les bandages. Kaël n’avait pas quitté le bord du lit. Il se tenait droit, immobile, comme s’il défiait le monde de s’approcher à nouveau.Sur la table basse, la bande de cuir tachée de sang reposait à côté d’un fragment de peau. Le sceau y apparaissait nettement à présent, débarrassé de la crasse et de la sueur.Trois traits entremêlés. Un cercle ouvert.Je le reconnaissais.- Les Puristes, dis-je à voix basse.Kaël tourna lentement la tête vers moi. Ses yeux ne me quittèrent pas pendant qu’il parlait, comme s’il avait peur que je disparaisse si son attention se relâchait.- C’est plus ancien que le Conseil actuel. Plus ancien que les clans tels qu’on les connaît.Il prit le fragment, le retourna entre ses doigts. Sa mâchoire se crispa.- Ils croient que le sang Alpha pur doit gouverner. Sans mélange. Sans com
Je dormais sans rêves quand la douleur m’a arrachée au noir. Pas un cri d’abord, mais un choc sec dans la poitrine, comme si l’air s’était retiré d’un coup. Mes yeux se sont ouverts sur une masse sombre penchée au-dessus de moi. Une odeur métallique, mêlée à la résine, m’a envahi les poumons.Le loup avait la marque au front.Un signe ancien, gravé à même la peau, que seuls les plus fanatiques osaient encore porter. Trois traits entrelacés, dessinés au couteau puis brûlés. Je n’ai pas eu le temps de penser. Ses griffes ont glissé vers ma gorge.J’ai roulé sur le côté par réflexe. La toile s’est déchirée sous son poids. Ses crocs ont claqué là où mon cou se trouvait une seconde plus tôt. La douleur a explosé à mon épaule, brûlante, aveugle. Le sang a jailli, chaud, glissant le long de mon bras.Il a grogné, surpris que je lui échappe. Son souffle empestait la rage et le rituel. Pas un assassin isolé. Un croyant.J’ai tenté de me redresser. Ma jambe a cédé. Il a sauté à nouveau, me plaq
Ils parlent avant même que la poussière ne retombe. Les mots glissent, se heurtent, s’accrochent aux épaules de ceux qui les portent. Je les entends sans chercher à écouter. Leurs voix me traversent comme un courant tiède. Je reste près de mon fils, ma main toujours posée sur sa blessure, attentive au rythme de sa respiration.Certains regards sont durs. Ils scrutent son épaule intacte, sa gorge sans trace, comme si l’absence de sang était une insulte. D’autres se sont adoucis. Ils contiennent une lueur rare, presque dangereuse, celle qui naît quand une certitude se fissure.Je me redresse lentement. La marque à mon cou pulse, répondant à celle de Kaël. Je n’ai pas besoin de me tourner pour sentir sa présence. Sa chaleur m’enveloppe, me soutient, m’ancre. Dans ce tumulte d’opinions contraires, notre lien demeure une ligne claire, tendue entre nous.- Il a gagné sans tuer, gronde un guerrier à la barbe grise. Où est la preuve de sa supériorité ?- La preuve est là, répond une passeuse,
Au moment où Saël bondit, l’air se tend comme une corde. Je le vois partir, masse compacte, muscles lancés vers la poitrine de mon fils. Les torches se reflètent sur ses crocs, sur la sueur qui coule le long de son cou. Ma marque brûle à me donner la nausée.Notre fils ne recule pas.Ses genoux plient, ses pieds s’écartent d’un demi-pas, comme lorsqu’il nous montrait sa ronde près du ruisseau. Saël croit le voir vaciller; c’est l’ouverture qu’il attendait. Il pousse un rugissement, raccourcit la distance, prêt à l’écraser.Je remarque la torsion de la hanche de mon enfant, la manière dont son épaule s’efface. La force ne le rencontre pas de face; elle glisse sur sa trajectoire.Au lieu d’un choc frontal, il y a une bascule.Notre fils saisit l’avant-bras de Saël au vol, pivotant autour de son propre axe. Sa paume griffue agrippe la peau au-dessus du coude. Ses hanches se calent contre la cuisse du jeune Alpha, puis se dérobent. L’élan de Saël continue, privé de point d’appui.La masse
Je n’avais jamais vu la clairière ressembler à ça.Au centre, l’arène sacrée respirait comme un cœur arraché à la forêt. Un cercle de pierres, des torches plantées à intervalles réguliers, des visages alignés en silence. Pas un chant, pas un murmure. Les anciens avaient exigé le rite, ils en respectaient à présent la gravité.Kaël et moi nous tenions derrière la ligne tracée à la cendre, bras presque collés. Sa main serrait la mienne au point de m’écraser les phalanges. Il portait un pantalon sombre, le torse nu. Son odeur de chaleur et de cuir frotté me montait au crâne, si familière que mon corps s’y accrocha pour ne pas céder à la panique.Devant nous, notre fils attendait.Il avait ôté son haut, comme Saël. Sa poitrine fin
- Un duel.Le mot est tombé comme une pierre dans l’eau. Les cercles se sont figés autour de la pierre des plans. J’ai vu la bouche du vieux gardien se crisper, les yeux d’Iria se rétrécir, Ardan redresser la tête avec cette satisfaction qui me donne envie de lui griffer le visage.- On ne joue pas avec ça, grogna Kaël.Le jeune guerrier des montagnes, celui qui parlait le plus fort depuis Rochenoire, s’avança, menton levé.- La dissidence n’est pas encore actée, Alpha, déclara-t-il. Quand la meute se déchire sur une vision, les rites permettent un duel. Pas entre deux loups qui règlent un compte privé, mais entre deux porteurs de voie. Nous avons un candidat.Son regard glissa sur ma gauche.Je suivis, le ventre déjà noué.Un jeune mâle sortit des rangs. Plus grand que mon fils, &eacu







