La couronne du mendiant devenue la couronne de l'empereur

La couronne du mendiant devenue la couronne de l'empereur

last updateTerakhir Diperbarui : 2026-09-14
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Sous l'Empire d'Auguste, la jeune Livia lance une couronne de mariage qui atterrit sur un mendiant crasseux. Humiliée, reniée par sa famille, réduite à l'état d'esclave, elle ignore que ce miséreux est l'Empereur lui-même, déguisé pour fuir la solitude du pouvoir. Tandis qu'elle subit les pires cruautés, lui tombe amoureux en secret et veille sur elle sans révéler son identité. Quand la vérité éclate, Livia bascule de la honte au triomphe. La servante devient Impératrice. Ses bourreaux s'agenouillent. La couronne du malheur est devenue celle du pouvoir.

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Bab 1

CHAPITRE 1 : La couronne

Livia

Le silence est assourdissant. Je ne savais pas que le silence pouvait être aussi bruyant. C'est un silence qui bourdonne, qui vibre, qui remplit mes oreilles comme le fracas d'une cascade.

Mes mains tremblent. Je les regarde sans les reconnaître. Elles sont pâles, fines, parfaitement manucurées , des mains de patricienne, des mains qui n'ont jamais travaillé la terre, jamais lavé un sol, jamais pétrir le pain. Des mains qui n'ont servi qu'à broder, à jouer de la lyre, à tourner les pages des rouleaux de poésie. Des mains inutiles. Des mains qui tiennent une couronne.

La couronne est légère. Plus légère que je ne l'imaginais. Le myrte est frais, les feuilles encore humides de la rosée du matin. Les fils d'or sont fins comme des cheveux d'enfant, tressés avec un soin infini par des artisans qui y ont passé des heures, des jours peut-être. Ma mère a porté cette couronne. Il y a vingt ans, elle se tenait sur cette même estrade, face à cette même foule, et elle lançait ce même cercle de feuillage et d'or dans l'inconnu. Elle ne savait pas qu'elle mourrait dix ans plus tard en donnant naissance à Cornelia. Elle ne savait pas que la couronne qu'elle lançait ce jour-là scellerait un destin, créerait une famille, et la détruirait.

Je relève la tête.

La foule est une mer. Une mer de visages, de couleurs, de regards braqués sur moi comme des lances. Il y a des patriciens en toge blanche, des plébéiens en tunique de laine brute, des affranchis, des esclaves, des enfants juchés sur les épaules de leurs pères. Toute Rome est là, ou presque. Mon père a voulu une cérémonie grandiose, une fête dont on parlerait pendant des années, un étalage de richesse qui prouverait au monde entier que la famille Balbus mérite sa place parmi les grands de l'Empire.

Je suis l'aînée. C'est moi qui lance la première.

— Alors, Livia ? Tu attends quoi ? Que la couronne se lance toute seule ?

La voix de Drusilla claque dans mon dos comme un fouet. Je ne me retourne pas. Je n'ai pas besoin de la voir pour savoir l'expression qu'elle arbore en ce moment. Ce sourire narquois, ce pli méprisant au coin des lèvres, cette lueur de triomphe anticipé dans ses yeux noirs. Drusilla ne m'aime pas. Elle ne m'a jamais aimée. Elle est la cadette, je suis l'aînée, et entre nous il y a cette guerre silencieuse que se livrent les sœurs depuis que le monde est monde. Une guerre faite de regards, de sous-entendus, de petites phrases qui font plus mal que des gifles.

Elle est jalouse. Jalouse de mon titre d'aînesse, de l'attention que mon père me portait autrefois, de la couronne que je tiens entre mes mains. Elle voudrait être à ma place. Elle voudrait lancer la première, choisir la première, triompher la première. Mais la tradition est claire : l'aînée d'abord, les cadettes ensuite. Et la tradition, dans une famille qui rêve de noblesse, c'est sacré.

— Laisse-la respirer, Drusilla.

La voix de Cornelia. Ma petite sœur, la benjamine. Sa voix est douce, timide, presque inaudible dans le bruissement de la foule. Elle essaie de prendre ma défense, mais elle n'a que quinze ans, et Drusilla la terrifie. Je sais qu'elle baisse déjà les yeux, qu'elle regrette d'avoir parlé, qu'elle se recroqueville sous le regard assassin de notre cadette.

— Toi, la morveuse, occupe-toi de tes affaires.

Cornelia ne répond pas. J'entends le froissement de sa robe, un pas en arrière. Elle recule. Elle recule toujours.

Je ferme les yeux.

Je voudrais prier. Prier ma mère, prier les dieux, prier le destin. Mais je ne sais plus prier. J'ai trop vu de souffrance pour croire que les dieux écoutent. J'ai trop vu de cruauté pour espérer que la chance me sourit. Alors je ne prie pas. Je respire. Une inspiration profonde, lente, qui emplit mes poumons de l'odeur du myrte et de la poussière et de la foule.

Et je lance.

La couronne s'élève. Elle tournoie, portée par une brise que je n'avais pas sentie, une brise tiède qui monte du Tibre et caresse les collines de Rome. Elle monte plus haut que je ne l'aurais cru, plus haut que toutes les couronnes lancées avant elle. Un instant, elle semble suspendue dans le ciel, comme un cercle de feu, captant les derniers rayons du soleil couchant. Le myrte scintille. Les fils d'or étincellent.

Puis elle redescend.

Elle redescend lentement, presque paresseusement, comme si elle savourait cet instant de gloire avant de sceller un destin. Des centaines de mains se tendent. Des patriciens, des marchands, des soldats, des fils de bonne famille qui espèrent attraper le gros lot et s'assurer une dot confortable. Je vois leurs visages tendus, leurs doigts qui se crispent, leurs yeux qui suivent la trajectoire du cercle d'or.

La couronne tombe.

Elle tombe tout au fond, là où la foule est la plus dense, la plus sale, la plus misérable. Elle tombe sur un homme que je n'avais pas vu, que personne n'avait vu, un homme qui ne tendait pas les mains, qui ne cherchait pas à l'attraper, qui ne désirait rien.

Un mendiant.

Le silence qui suit n'est pas un silence. C'est un vide. Un gouffre. Un abîme qui aspire tous les sons, tous les souffles, tous les battements de cœur. Même le vent se tait. Même les oiseaux se posent.

Puis l'enfer se déchaîne.

— Un gueux !

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