Home / Romance / La femme du Dragon qu'on ne touchait pas / CHAPITRE 7 – La comparaison interdite

Share

CHAPITRE 7 – La comparaison interdite

Author: L'encre
last update publish date: 2026-07-28 06:27:42

Michaël la regarda dormir. Il regarda ses paupières closes, ses cils qui frémissaient, sa bouche entrouverte. Elle était belle, vraiment. Elle méritait un homme qui la regardait sans voir une autre femme. Elle méritait un homme qui ne la comparait pas, qui ne la mesurait pas à l’aune d’un regard croisé dans une cour. Elle méritait mieux que lui.

Alors pourquoi ne se levait-il pas ? Pourquoi ne prenait-il pas ses distances, maintenant, avant de faire du mal ? Pourquoi ne fuyait-il pas ?

Fuis. La voix était revenue, au fond de sa tête, comme un écho lointain. Fuis.

Il ne fuit pas.

Au lieu de cela, il réveilla Marisol doucement. Il posa une main sur sa joue. Elle ouvrit les yeux, embrumés de sommeil.

— Viens, dit-il.

Il l’attira vers le milieu du lit. Il l’embrassa dans le cou, là où la peau est tendre, juste sous l’oreille. Elle soupira, se laissa faire. Il déboutonna son chemisier, fit glisser la jupe sur ses hanches étroites. Elle le regardait avec une confiance totale, absolue, déchirante.

Ils firent l’amour.

Et pendant tout l’acte, Michaël ferma les yeux.

Il sentait le corps de Marisol sous ses mains, ses petits seins, ses hanches minces, ses jambes fines. Mais dans sa tête, c’était un autre corps qui se dessinait. Un corps rond, ferme, envahissant. Une poitrine lourde qui pesait dans ses paumes. Des hanches larges qu’il devait écarter pour entrer. Une peau claire, parfumée à la vanille, qui luisait de sueur dans la pénombre d’une chambre qu’il n’avait jamais vue.

Il s’enfonça dans cette image. Il s’y accrocha. Il sentit l’excitation monter, plus forte, plus brutale que tout ce qu’il avait connu avec Marisol. Une excitation mêlée de honte, de peur, de transgression. Une excitation qui lui donnait envie de se cacher et de crier en même temps.

Quand il jouit, ce fut en pensant au visage de la femme du voisin. À ses yeux qui le fixaient sans ciller. À son sourire qui savait.

Il se retira. Il roula sur le côté, le souffle court. Marisol posa une main sur sa poitrine, caressante.

— C’était bien ? demanda-t-elle.

— Oui, dit-il.

Il mentait. Ce n’était pas bien. C’était terrible. Terrible parce que c’était la première fois qu’il prenait autant de plaisir, et que ce plaisir ne venait pas d’elle.

Marisol se blottit contre lui, repue, heureuse, ignorant tout du crime qui venait de se commettre dans la tête de son homme. Elle s’endormit en quelques minutes, le souffle paisible.

Michaël, lui, resta éveillé.

Il fixait le plafond, les yeux grands ouverts dans le noir. Le ventilateur tournait, lent, monotone. La sueur séchait sur sa peau. La culpabilité lui tordait l’estomac, froide et gluante comme une anguille.

Il venait de tromper Marisol. Pas avec son corps. Avec son esprit. Et d’une certaine façon, c’était pire. Parce que le corps, on peut le contrôler. Mais l’esprit, quand il part, rien ne le retient.

Il tourna la tête vers la fenêtre. Le rideau était tiré, mais il savait que la chambre de la voisine était là, de l’autre côté de la cour. Il imagina la femme endormie, ses formes pleines sous le drap, sa respiration lente, ses lèvres entrouvertes comme celles de Marisol. L’image lui serra le ventre.

Il se leva doucement pour ne pas réveiller Marisol. Il alla à la fenêtre. Il écarta le rideau, juste un peu.

La cour était noire, silencieuse. La lune éclairait à peine le manguier, les chaises en plastique, le portail métallique. Aucune lumière ne filtrait de la porte de Rach.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • La femme du Dragon qu'on ne touchait pas   CHAPITRE 223 – Les lettres

    Certains écrivaient pour dire merci. Le livre les avait aidés à comprendre ce qui leur était arrivé, à mettre des mots sur leur souffrance, à se sentir moins seuls. D’autres écrivaient pour demander conseil. Que faire quand on aime une femme mariée ? Faut-il fuir ? Faut-il se battre ? Faut-il espérer ?Michaël répondait à chacun, brièvement, prudemment. Il ne se sentait pas légitime pour donner des leçons. Il racontait juste son expérience, ce qu’il avait appris, ce qu’il aurait voulu qu’on lui dise avant de commettre les mêmes erreurs. « Fuyez, écrivait-il souvent. Fuyez tant qu’il en est encore temps. Aucune passion ne vaut le prix que j’ai payé. »Les lettres arrivaient. Des félicitations. Mais aussi des questions.Un jour, il reçut un message qui le glaça. L’expéditeur était anonyme, l’adresse email ne contenait aucun nom. Le texte était court, inquiétant : « J’ai reconnu la cour. J’ai reconnu Rach. Je sais qui vous êtes. Pourquoi avez-vous écrit ce livre ? Pour vous venger ? Pour

  • La femme du Dragon qu'on ne touchait pas   CHAPITRE 222 – Les lettres

    Peu comprenaient l’essentiel. Que ce livre n’était pas une histoire d’amour. Que ce n’était pas un roman érotique. Que ce n’était même pas un récit de vengeance ou de rédemption. C’était l’histoire d’un homme qui s’était perdu, qui avait touché le fond, et qui avait mis des mois à remonter à la surface. C’était l’histoire d’une reconstruction, lente, douloureuse, incertaine. C’était l’histoire d’une leçon apprise dans le sang et les larmes.Mais il ne pouvait pas en vouloir à ceux qui ne comprenaient pas. Chacun lisait avec ses propres yeux, son propre vécu, ses propres blessures. L’histoire qu’il avait écrite ne leur appartenait plus. Elle était devenue la leur, pour le meilleur et pour le pire.Un matin, il reçut un message différent des autres. Un homme disait avoir reconnu la cour, le manguier, les chaises en plastique. Il disait avoir connu Rach, avoir entendu parler de cette histoire. Il demandait si c’était vrai, si tout cela était vraiment arrivé.Michaël ne répondit pas. Il e

  • La femme du Dragon qu'on ne touchait pas   CHAPITRE 221 – La publication

    Il s’allongea sur le lit, les bras en croix, les yeux fixés au plafond. Le ventilateur tournait doucement, brassant l’air tiède de la nuit. Il se sentait léger, comme si un poids énorme venait d’être ôté de ses épaules.Il avait écrit son histoire. Il l’avait regardée en face, dans toute sa laideur et dans toute sa beauté. Il l’avait acceptée, assumée, dépassée. Et maintenant, il pouvait avancer.Il ferma les yeux, laissa le sommeil le gagner. Pour la première fois depuis longtemps, il ne rêva pas. Il dormit d’un sommeil profond, paisible, sans images, sans voix, sans souvenirs. Le sommeil des justes. Le sommeil des hommes libres.Le lendemain matin, il se réveilla avec le soleil, ouvrit la fenêtre, respira l’air salé. La vie continuait. Une nouvelle journée commençait. Et lui, il était prêt.***Michaël hésita plusieurs semaines avant de se décider.Le manuscrit était terminé, relu, corrigé. Il dormait dans un dossier de son ordinateur, comme une bouteille à la mer qui attendait d’êt

  • La femme du Dragon qu'on ne touchait pas   CHAPITRE 220 – Le point final

    Ce fut un dimanche soir que Michaël écrivit la dernière phrase.Il travaillait sur son manuscrit depuis trois mois. Trois mois de discipline, de régularité, de rendez-vous quotidiens avec lui-même. Chaque matin, avant d’ouvrir ses dossiers de travail alimentaire, il consacrait une heure à son livre. Parfois plus, quand l’inspiration était là. Parfois moins, quand les mots refusaient de venir.Mais ce soir-là, il sut que c’était la fin.Il était assis devant son ordinateur, dans la pénombre de sa chambre, la seule lumière provenant de l’écran qui éclairait son visage d’une lueur bleutée. Dehors, la nuit était tombée depuis longtemps. Les bruits de la cour s’étaient tus, les voisins dormaient, même le chat de la vieille dame avait cessé de miauler.Il relut le dernier CHAPITRE, celui qu’il avait écrit la veille. L’histoire de sa reconstruction, de sa nouvelle vie à Ouidah, de la paix enfin trouvée. Puis il prit une inspiration, posa les doigts sur le clavier, et tapa les derniers mots.

  • La femme du Dragon qu'on ne touchait pas   CHAPITRE 219 – L’écriture

    Il écrivit aussi la guérison. Le retour chez Rach, l’humiliation, le pardon à genoux. Le bidon d’urine de lézard, le goût infect, la chaleur qui remontait dans son bas-ventre. Les larmes de joie quand il avait senti son sexe frémir, reprendre vie.Il écrivit le pardon de Marisol, leur rencontre au Jardin des Plantes, son sourire apaisé. Il écrivit le message d’Hermine, sa grossesse, sa fille qui s’appellerait Amour.Il écrivit la reconstruction. Ouidah, la petite chambre modeste, le travail qui reprenait, la stabilité retrouvée. La méfiance envers les femmes, la peur qui restait tapie dans un coin de son cœur. Mais aussi la paix, la sérénité, l’espoir.Il écrivit son histoire. Pour ne pas oublier. Pour ne pas refaire les mêmes erreurs.Les jours passèrent, et il continuait d’écrire. Chaque matin, après son travail alimentaire, il ouvrait ce document et il ajoutait quelques pages. Parfois quelques lignes seulement. Parfois des CHAPITREs entiers. Il ne savait pas où cela le mènerait. Il

  • La femme du Dragon qu'on ne touchait pas   CHAPITRE 218 – L’écriture

    Il rentra. Le cœur léger. Il avait fait la paix.Pas seulement avec Marisol. Avec tout le monde. Avec Hermine, avec Rach, avec ses parents qu’il n’avait pas vus depuis si longtemps. Mais surtout, avec lui-même. C’était cela, la plus grande victoire. Se pardonner à soi-même. Accepter ses erreurs, ses faiblesses, ses chutes. Accepter l’homme qu’il avait été, pour devenir l’homme qu’il voulait être.Il se leva, alla à la fenêtre, l’ouvrit en grand. L’air de la nuit entra, frais, salé, vivifiant. Il regarda le ciel, les étoiles qui brillaient au-dessus des toits, la lune qui se reflétait sur la mer au loin. Le monde était beau. Il ne l’avait pas remarqué depuis longtemps.Il resta un long moment à la fenêtre, à respirer, à écouter le bruit des vagues, le cri lointain d’un oiseau de nuit. Puis il retourna s’asseoir sur le lit, prit son téléphone.Il avait un message de sa mère. « Bonsoir mon fils. J’espère que tu vas bien. Ton père et moi, on pense à toi. Tu nous manques. Viens nous voir b

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status