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chapitre 4

last update publish date: 2026-08-22 06:44:41

Joys retourna dans la cuisine, mais ses pensées étaient ailleurs.

Elle avait beau essayer de se concentrer sur son travail, les paroles de Victoria revenaient sans arrêt.

« N'oubliez jamais votre place. »

Elle connaissait ce genre de remarque. Depuis longtemps, elle avait appris à ne pas répondre lorsqu'on la traitait comme si elle ne valait rien.

Pourtant, cette fois, les mots lui étaient restés en travers de la gorge.

Elle inspira profondément et reprit ce qu'elle était en train de faire.

Elle devait simplement travailler. Rien d'autre.

Quelques minutes passèrent.

Puis des voix attirèrent son attention.

Elles venaient du bureau de Jason.

La voix de Victoria montait progressivement.

— Tu me prends pour une idiote, Jason ?

— Baisse d'un ton.

— Depuis quand une simple employée peut-elle entrer dans ta chambre en pleine nuit ?

La main de Joys s'arrêta.

Elle n'eut pas besoin de réfléchir longtemps pour comprendre qu'ils parlaient d'elle.

Elle resta immobile, les yeux fixés sur le plan de travail.

La voix de Jason s'éleva, froide et ferme.

— Joys n'a rien fait.

— Tu la défends maintenant ?

— Je défends une personne qui n'a rien à se reprocher.

Un silence lourd suivit.

Puis Victoria éclata d'un rire sec.

— C'est justement ça qui me dérange.

Joys baissa la tête.

Elle ne voulait pas entendre la suite.

Sans perdre une seconde, elle se remit au travail, faisant semblant de ne rien avoir entendu.

Mais quelques instants plus tard, la porte du bureau s'ouvrit avec force.

Victoria apparut dans le couloir.

Son visage était rouge de colère.

Dès qu'elle aperçut Joys, ses yeux se fixèrent sur elle.

— Vous !

Joys se retourna.

— Oui, madame ?

— Venez ici.

Elle posa immédiatement ce qu'elle tenait dans ses mains et s'approcha.

Victoria la dévisagea longuement.

— Que s'est-il passé hier soir ?

Joys fronça légèrement les sourcils.

— Rien.

— Ne me mentez pas.

— Je ne vous mens pas.

Victoria avança d'un pas.

— Mon mari est venu dans votre chambre.

Joys garda le silence.

Elle sentait déjà la tension lui serrer la poitrine.

— Pourquoi ?

— Il voulait seulement vérifier que j'étais bien installée.

Un sourire méprisant apparut sur le visage de Victoria.

— Et vous pensez vraiment que je vais croire ça ?

Joys sentit sa patience s'effriter.

Elle serra discrètement les doigts avant de répondre.

— Je n'ai rien fait de mal.

— Vous êtes ici depuis seulement deux jours et vous vous croyez déjà importante ?

— Ce n'est pas ce que je pense.

— Alors restez loin de mon mari.

Joys releva les yeux.

Cette fois, elle ne baissa pas la tête.

— Je n'ai jamais cherché à m'approcher de lui.

Victoria resta silencieuse.

Elle l'observa quelques secondes, comme si elle essayait de lire ses intentions dans son visage.

Puis elle murmura :

— Nous verrons.

Elle tourna les talons et partit.

Joys resta dans le couloir, immobile.

Elle ne comprenait toujours pas cette hostilité.

Elle n'avait rien fait.

Elle travaillait simplement dans cette maison.

---

Dans le bureau, Jason regardait Victoria avec une fatigue visible.

— Tu n'avais pas besoin de lui parler comme ça.

Victoria se retourna brusquement.

— Je protège mon mariage.

— Tu insultes une employée.

— Parce qu'elle te plaît.

Jason fronça immédiatement les sourcils.

— Arrête.

— Je connais ton regard, Jason.

— Tu imagines des choses.

Victoria s'approcha lentement.

— Alors prouve-moi que j'ai tort.

Jason ne répondit pas.

Son silence irrita davantage sa femme.

— Éloigne-la.

— Non.

Victoria ouvrit de grands yeux.

— Quoi ?

Jason resta ferme.

— Elle a besoin de ce travail.

Victoria eut un petit rire incrédule.

— Et depuis quand ça t'intéresse ?

Jason serra la mâchoire.

— Depuis qu'elle travaille ici.

Victoria comprit qu'elle ne gagnerait pas cette discussion.

Elle attrapa son sac posé sur le fauteuil.

— Très bien.

Elle se dirigea vers la porte.

Sa main était déjà sur la poignée lorsqu'elle s'arrêta.

Elle se retourna une dernière fois.

— Mais ne viens pas me reprocher ce qui arrivera ensuite.

La porte claqua derrière elle.

Jason resta seul dans le bureau.

Il passa une main sur son visage.

Il savait que Victoria était jalouse. Il connaissait suffisamment sa femme pour le comprendre.

Mais ce qu'il ne comprenait pas, c'était sa propre réaction.

Pourquoi avait-il autant insisté pour défendre Joys ?

---

Dans l'après-midi, alors qu'elle travaillait, le téléphone de Joys sonna.

Elle décrocha rapidement.

— Allô ?

La voix de son frère tremblait à l'autre bout du fil.

— Joys… maman ne va pas bien.

Le cœur de Joys se serra brutalement.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

— Elle a fait un malaise.

Le chiffon qu'elle tenait glissa de ses doigts.

— Où est-elle ?

— À l'hôpital.

Joys sentit ses yeux se remplir de larmes.

Elle attrapa son sac sans même réfléchir.

— J'arrive.

Elle se précipita vers la sortie.

— Joys !

Elle s'arrêta et se retourna.

Jason se tenait au milieu du couloir.

— Où allez-vous ?

— Ma mère est à l'hôpital.

Son expression changea aussitôt.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

— Je ne sais pas. Mon frère vient de m'appeler.

Sa voix tremblait.

Elle essuya rapidement une larme qui venait de rouler sur sa joue.

— Je dois y aller.

Jason prit ses clés.

— Je vous accompagne.

Joys secoua immédiatement la tête.

— Non, monsieur.

— Ce n'était pas une question.

— Mais…

— Allons-y.

Quelques minutes plus tard, ils quittèrent le manoir.

Joys s'installa sur le siège passager.

À peine la voiture eut-elle démarré qu'elle se tourna vers la fenêtre.

Les rues défilaient devant ses yeux, mais elle ne les voyait presque pas.

Ses mains tremblaient sur ses genoux.

Jason le remarqua.

— Ne vous inquiétez pas.

Joys eut un petit rire nerveux.

— Vous ne pouvez pas savoir si tout ira bien.

Jason garda les yeux sur la route.

— Non.

Il marqua une courte pause.

Puis il ajouta d'une voix plus douce :

— Mais vous n'êtes pas seule.

Joys tourna lentement la tête vers lui.

Pendant quelques secondes, elle le regarda en silence.

Depuis son arrivée au manoir, elle l'avait toujours vu comme un homme froid, distant, presque impossible à approcher.

Mais à cet instant, il n'y avait plus le PDG Wilson.

Il y avait seulement un homme qui essayait sincèrement de la rassurer.

Joys baissa les yeux.

— Merci.

Jason ne répondit pas.

Il accéléra simplement.

Aucun des deux ne remarqua la voiture noire qui les suivait depuis plusieurs minutes.

À l'intérieur, Victoria les observait à travers la vitre.

Son visage était fermé.

Elle prit son téléphone et composa un numéro.

— Suivez-les.

Elle raccrocha aussitôt.

Cette fois, sa jalousie ne se limitait plus à quelques soupçons.

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