LOGINLe père d’Élena, Gabriel, était l’un des chasseurs.
Un soir, il rentra avec une arme. — Nous allons les trouver. Élena sentit son sang se glacer. — Qui ? — Les monstres. Elle baissa les yeux. — Et si ce ne sont pas des monstres ? Gabriel la regarda. — Ils tuent des hommes. — Peut-être qu’ils se défendent. Il frappa la table. — Ne prends jamais leur parti ! Élena monta dans sa chambre. Cette nuit-là, elle courut jusqu’à la forêt. Kaël l’attendait. Lorsqu’il la vit, il comprit immédiatement. — Ils savent. — Oui. — Ils vont venir. — Mon père veut te tuer. Kaël resta silencieux. — Alors tu dois partir. — Non. — Élena… — Je ne veux pas te perdre. Il la prit dans ses bras. — Tu ne me perdras pas. — Promets-le-moi. Il ferma les yeux. — Je te le promets. Un hurlement retentit. Kaël se figea. — Ce n’est pas un des miens. Un deuxième hurlement. Puis un troisième. Kaël changea de visage. — Il y en a d’autres. — Qui ? — Des loups sauvages. Il saisit Élena. — Cours. Trop tard. Une créature surgit des arbres. Kaël se transforma. Le combat fut brutal. Élena vit Kaël se faire projeter contre un arbre. Elle cria. Puis une autre créature apparut derrière elle. Elle sentit des griffes sur son épaule. Kaël hurla. Il bondit. Mais la bête disparut. Élena tomba au sol. Une profonde coupure traversait son bras. Kaël s’agenouilla devant elle. Ses yeux étaient rouges. — Qui t’a fait ça ? — Je vais bien. — Qui ? — Kaël… Il renifla son sang. Son visage changea. Il recula. — Pars. — Quoi ? — Ton sang… Il tremblait. — Je ne peux pas. — Kaël. — Pars ! Élena comprit. Le loup était réveillé. Et il avait faim. Elle recula lentement. — Je te fais confiance. Il ferma les yeux. — Ne dis pas ça. — Je sais que tu ne me feras pas de mal. Il poussa un hurlement déchirant. Puis il disparut dans la forêt. Cette nuit-là, Élena rentra seule. Et pour la première fois, elle se demanda si aimer un monstre signifiait accepter de devenir sa proie. Trois jours passèrent. Kaël ne vint pas. Élena retourna chaque soir dans la forêt. Rien. Puis elle découvrit du sang. Beaucoup de sang. Elle suivit les traces. Au fond d’une grotte, elle trouva Kaël. Humain. Blessé. Attaché par des chaînes. Son père se tenait devant lui. — Papa ! Gabriel se retourna. — Élena ? — Qu’est-ce que tu as fait ? — Ce monstre a tué deux hommes. Kaël leva les yeux. — Je n’ai tué personne. Gabriel rit. — Bien sûr. Élena s’approcha. — Lâche-le. — Non. — Papa ! — Tu es amoureuse de lui ? Le silence tomba. Élena ne répondit pas. Gabriel comprit. Son visage se décomposa. — Tu as perdu la tête. — Non. — Il n’est pas humain ! — Et alors ? Gabriel leva son arme. Kaël grogna. — Ne la menace pas. — Tu vas mourir. Élena se plaça entre eux. — Alors il faudra me tuer aussi. Gabriel resta figé. Kaël la regarda. — Pourquoi ? Elle se tourna vers lui. — Parce que je t’aime. Il ferma les yeux. Une larme glissa sur son visage. Gabriel abaissa lentement son arme. Puis il partit. Élena libéra Kaël. Il s’effondra dans ses bras. — Tu aurais pu mourir. — Je sais. — Pourquoi tu as fait ça ? — Parce que je t’aime. Il la serra contre lui. Mais quelque chose avait changé. La guerre avait commencé. Et cette fois, elle ne pourrait plus rester cachée.Élena ne bougea pas.Elle resta devant la fenêtre, les yeux fixés sur la forêt.La voix résonnait encore dans sa tête.« Maman… tu m’as enfin entendue. »Derrière elle, Kaël s’était levé.— Élena ?Elle ne répondit pas immédiatement.Il s’approcha.— Qu’est-ce que tu as vu ?Elle se tourna lentement vers lui.— Une enfant.Kaël regarda par la fenêtre.— Où ?— Dans la forêt.— Eden ?Élena secoua la tête.— Non.Un silence.— C’était la petite fille de la photographie.Kaël se figea.— Tu es sûre ?— Elle m’a parlé.Il s’approcha davantage.— Qu’est-ce qu’elle a dit ?Élena hésita.Puis elle murmura :— Elle m’a appelée maman.Le visage de Kaël changea.— Élena…— Je sais.— Non, tu ne comprends pas.Il prit doucement ses mains.— On n’a jamais eu de fille.Elle baissa les yeux.— Je sais.— Alors pourquoi…— Je ne sais pas.Un bruit retentit dehors.CRAC.Ils se retournèrent ensemble.Quelque chose venait de marcher sur une branche.Kaël se plaça immédiatement devant Élena.Ses yeux
Trois semaines avaient passé.Trois semaines sans cris.Sans sang.Sans prophétie.Sans créature surgissant de l’obscurité.Trois semaines pendant lesquelles Élena avait presque réussi à croire que tout était réellement terminé.Presque.Ce matin-là, elle se réveilla avant Kaël.La lumière du soleil entrait doucement dans la chambre.Elle resta allongée quelques secondes, observant son visage endormi.Il avait l’air différent.Plus paisible.Plus humain.Ses cheveux tombaient sur son front et sa respiration était régulière.Élena sourit.Elle passa doucement un doigt sur sa joue.— Mon loup…Kaël ouvrit les yeux.— Je ne dors plus.Elle retira immédiatement sa main.— Tu faisais semblant ?— Oui.— Pourquoi ?Il sourit.— Parce que j’aime quand tu me regardes.Elle leva les yeux au ciel.— Quel idiot.Il l’attira contre lui.— Bonjour.— Bonjour.Il l’embrassa sur le front.Puis sur le nez.Puis sur les lèvres.Un baiser lent.Simple.Normal.Élena aurait pu rester ainsi toute la mati
Le lendemain matin, la forêt était silencieuse.Pas le silence inquiétant qu’Élena avait appris à reconnaître.Pas celui qui précédait une attaque.Pas celui qui cachait une présence derrière les arbres.Un silence simple.Un silence ordinaire.Un silence qui ressemblait presque à la paix.Élena ouvrit lentement les yeux.Pendant quelques secondes, elle resta immobile.Elle regarda le plafond.Puis la fenêtre.La lumière du matin traversait les rideaux et dessinait une longue bande dorée sur le parquet.Elle attendit.Son cœur battait normalement.Aucun murmure.Aucune voix dans sa tête.Aucun battement supplémentaire.Aucune vision.Rien.Elle sourit.— Enfin…À côté d’elle, Kaël bougea sous les draps.— Tu parles toute seule maintenant ?Élena tourna la tête.Il avait les yeux à moitié fermés et les cheveux complètement en bataille.Elle éclata de rire.— Regarde-toi.— Quoi ?— Le grand Alpha terrifiant.Kaël ouvrit un œil.— Je peux encore me transformer si tu veux.— Certainement
La nuit ne ressemblait plus à une nuit.Elle était devenue quelque chose de vivant.Quelque chose qui respirait autour d’eux.Les cinq portes se dressaient toujours au sommet de la montagne.Cinq ouvertures noires.Cinq mondes.Cinq versions d’une histoire qui aurait pu être différente.Et pourtant, une seule devait rester ouverte.Élena se tenait au milieu d’elles.Le sang coulait encore le long de sa main.La lame rouge était tombée à ses pieds.Kaël était à quelques mètres d’elle.À genoux.Il respirait difficilement.Ses yeux avaient changé.Ils n’étaient plus seulement dorés.Ils étaient devenus argentés.Comme ceux du premier loup.Comme ceux de la créature qui avait gardé la dernière porte.Comme ceux de toutes les vies qu’ils avaient déjà vécues.— Élena…Sa voix tremblait.Elle s’approcha.— Je suis là.— Ne viens pas.Elle s’arrêta.Kaël baissa les yeux.— Je ne sais plus lequel de nous deux parle.Élena sentit son cœur se serrer.Derrière lui, le gigantesque loup argenté se
La forêt s’était tue.Plus aucun oiseau.Plus aucun insecte.Même le vent semblait avoir disparu.Tous les arbres étaient immobiles.Leurs branches se courbaient vers le sol comme si elles-mêmes s’inclinaient devant quelque chose.Élena ne respirait plus.Sur la montagne, le loup immense se tenait parfaitement immobile.Ses yeux argentés brillaient dans la nuit.Sur son dos…Eden.Le petit garçon regardait sa mère.Il ne souriait plus.Il avait l’air triste.Terriblement triste.— Maman…La voix traversa la forêt.Élena fit un pas.Kaël lui attrapa le bras.— Non.Elle se tourna vers lui.— C’est mon fils.— Je sais.— Alors lâche-moi.— Non.Ses yeux dorés étaient fixés sur le loup.— Ce n’est pas moi.Élena fronça les sourcils.— Quoi ?Kaël secoua lentement la tête.— Tu l’as entendu.— Quoi ?— Le hurlement.Il regarda la créature sur la montagne.— Il avait ma voix.Un frisson parcourut Élena.— Mais ce n’est pas toi.— Non.Kaël serra les dents.— C’est ce que j’aurais dû deveni
Le dixième battement résonna.BOUM.Puis plus rien.Élena resta immobile.Sa main était toujours dans celle de Kaël.Autour d’eux, la montagne semblait avoir cessé de respirer.Pas un souffle.Pas un murmure.Pas même le bruit des Ombres.Le silence était si profond qu’Élena entendait le sang circuler dans ses propres veines.Elle regarda Kaël.— Tu l’as entendu ?Il acquiesça.— Oui.Noah regardait l’obscurité.— Ce n’est pas un cœur.Lio se redressa lentement.— Non.Noé, lui, ne disait rien.Il fixait la porte blanche.Elle était fermée.Mais quelque chose coulait sous son seuil.Une fine ligne rouge.Du sang.Élena s’approcha.— C’est impossible.Noé attrapa son bras.— Ne touche pas.Elle le regarda.— Pourquoi ?Il murmura :— Parce que ce sang n’appartient à personne.Un frisson parcourut son dos.— Alors d’où vient-il ?Noé ne répondit pas.Le sang continuait de couler.Lentement.Quelques gouttes.Puis davantage.Il s’étendit sur la pierre et forma une inscription.Élena lut.







