登入Chapitre 3 – Une étrange proposition
Le lendemain, Valentina se réveilla quelques secondes avant que son réveil ne sonne. Par réflexe, elle tendit la main pour l’éteindre. Puis elle resta immobile. Elle n’avait nulle part où aller. Cette pensée lui serra le cœur. Depuis trois ans, elle suivait exactement la même routine. Se lever à cinq heures trente, préparer son café, prendre le bus et rejoindre le Grand Hôtel Beaumont. Aujourd’hui, cette routine appartenait au passé.
Elle repoussa sa couverture avec lenteur. Le silence de son appartement lui sembla plus pesant que d’habitude. Après avoir préparé son petit-déjeuner, elle s’installa devant son ordinateur portable. Il était ancien et mettait plusieurs minutes à démarrer. Pendant que l’écran chargeait, elle ouvrit son carnet de dépenses. Elle relut les chiffres qu’elle avait notés la veille.
Deux mois.
C’était le temps dont elle disposait avant que ses économies ne disparaissent complètement.
Elle inspira profondément.
– Tu vas trouver quelque chose…
Elle essayait davantage de se convaincre elle-même que de constater un fait.
Pendant plusieurs heures, elle consulta des dizaines d’annonces.
Femme de ménage.
Employée de maison.
Réceptionniste.
Serveuse.
Elle envoyait son curriculum vitae partout où son expérience pouvait être utile. Certaines offres avaient déjà expiré. D’autres exigeaient plusieurs années d’expérience dans des domaines qu’elle ne maîtrisait pas.
À midi, ses yeux commencèrent à lui faire mal à force de fixer l’écran. Elle referma son ordinateur et décida de sortir prendre un peu l’air.
Le quartier était animé. Les terrasses des cafés étaient presque toutes occupées. Des employés profitaient de leur pause déjeuner. Des étudiants riaient en marchant.
Valentina acheta simplement un sandwich dans une petite boulangerie avant de s’installer sur un banc du parc voisin. Elle regardait les enfants courir après les pigeons lorsqu’une voix familière l’interpella.
– Valentina !
Elle leva les yeux.
Sophie traversait l’allée en agitant la main.
– Je peux m’asseoir ?
– Bien sûr.
Son ancienne collègue posa son sac à côté d’elle.
– Comment tu vas ?
Valentina esquissa un sourire.
– Ça pourrait aller mieux.
– J’imagine…
Sophie sortit deux cafés de son sac.
– Je t’en ai pris un.
– Merci.
Valentina prit le gobelet avec reconnaissance.
– Alors ? Tu as trouvé quelque chose ?
– Pas encore.
– Tu es pourtant une excellente employée.
– Ça ne suffit pas toujours.
Sophie resta silencieuse quelques instants.
– Tu sais… depuis ton départ, l’hôtel n’est plus pareil.
– Ah bon ?
– Oui. Tout le monde parle de toi. Même Madame Claire a dit qu’elle regrettait de ne rien avoir pu faire.
Valentina baissa les yeux.
– Ce n’est la faute de personne.
– Tu as raison.
Après quelques minutes de discussion, Sophie consulta sa montre.
– Je dois retourner travailler.
Elle se leva avant d’ajouter :
– Promets-moi une chose.
– Laquelle ?
– Ne reste pas enfermée chez toi. Tu finiras par te rendre folle.
Valentina laissa échapper un petit rire.
– Je te le promets.
Les deux jeunes femmes se serrèrent brièvement dans les bras avant que Sophie ne reparte.
Valentina resta encore un moment sur le banc. Le soleil réchauffait doucement son visage. Pourtant, elle avait l’impression qu’un nuage planait au-dessus de sa tête.
En fin d’après-midi, elle rentra chez elle.
Sa boîte aux lettres ne contenait qu’une facture et plusieurs publicités. Elle monta les escaliers avec lassitude.
Une fois dans son appartement, elle recommença ses recherches.
Toujours rien.
Les heures passèrent.
À dix-huit heures, son téléphone vibra. Elle décrocha aussitôt.
– Allô ?
– Bonjour, mademoiselle Valentina.
La voix était celle d’une femme, calme et parfaitement posée.
– Oui ?
– Je me présente. Je m’appelle madame Eleanor. Je travaille pour une agence privée de recrutement.
Valentina fronça légèrement les sourcils.
– Je ne suis pas certaine de comprendre.
– Votre profil nous a été recommandé.
– Recommandé ?
– En effet.
Valentina pensa immédiatement à Madame Claire.
– Nous recherchons actuellement une gouvernante pour une résidence privée.
– Une résidence ?
– Oui.
– Où se trouve-t-elle ?
Un court silence suivit sa question.
– Les détails seront communiqués uniquement aux candidats retenus.
Cette réponse lui parut étrange.
– Quel serait le salaire ?
Le montant annoncé la laissa sans voix.
Il représentait presque cinq fois ce qu’elle gagnait au Grand Hôtel Beaumont.
– Pardon… vous êtes certaine ?
– Absolument.
Valentina crut avoir mal entendu.
– Pourquoi un salaire aussi élevé ?
– Les employeurs souhaitent une personne sérieuse, discrète et prête à vivre sur place.
– Vivre sur place ?
– Le logement est entièrement fourni.
Valentina resta silencieuse.
L’offre semblait trop belle pour être vraie.
Comme si la femme avait deviné ses pensées, elle ajouta :
– Je comprends vos hésitations.
– C’est vrai que tout cela est… surprenant.
– C’est pourquoi nous vous invitons simplement à un entretien. Vous serez libre d’accepter ou de refuser ensuite.
Valentina réfléchit quelques secondes.
Après tout, elle n’avait rien à perdre.
– D’accord.
– Parfait.
– Où aura lieu l’entretien ?
– Vous recevrez toutes les informations demain matin.
– Très bien.
– Passez une excellente soirée, mademoiselle Valentina.
La communication fut coupée.
Valentina resta plusieurs secondes à regarder son téléphone.
Tout cela lui semblait irréel.
Elle ouvrit son ordinateur pour vérifier le nom de l’agence. Étrangement, elle ne trouva presque aucune information.
Seulement une adresse électronique et un numéro de téléphone.
Aucun site internet.
Aucune photographie.
Aucun avis.
Elle referma son ordinateur.
– C’est étrange…
Elle se prépara un dîner rapide, mais son esprit revenait sans cesse à cette conversation.
Pourquoi la contacter, elle ?
Qui avait recommandé son nom ?
Et surtout…
Pourquoi payer une gouvernante autant d’argent ?
Cette nuit-là, elle eut du mal à trouver le sommeil.
Allongée dans son lit, elle fixait le plafond en repensant aux paroles de cette mystérieuse femme.
Sans le savoir, elle venait d’accepter le premier pas vers une destination qui n’apparaissait sur aucune carte.
Et, au même moment, dans un immense bureau plongé dans la pénombre, un homme refermait lentement un dossier.
Sur la couverture était inscrit un seul prénom.
Valentina.
A SUIVRE
Chapitre 20Valentina resta figée devant la lettre. La dernière héritière. Ces mots résonnaient dans son esprit sans qu’elle parvienne à leur donner un sens. Elle releva lentement les yeux vers Kai. Il se tenait toujours devant elle, entre elle et la porte de la chapelle. Son visage était fermé. Mais quelque chose avait changé dans son regard. Il ne pouvait plus lui cacher la vérité.– Héritière de quoi ?Kai ne répondit pas.– Je vous ai posé une question.Sa voix tremblait.– Héritière de quoi, Kai ?Un silence pesant s’installa.La voix de l’homme derrière la porte s’éleva de nouveau.– Elle mérite de savoir.Kai fixa la porte.– Tu n’as rien à faire ici.– Pourtant, me voilà.Valentina s’approcha légèrement.– Qui est cet homme ?Kai se retourna vers elle.– Son nom est Adrian.– Qui est Adrian ?– Quelqu’un que vous ne devez pas croire.Un rire étouffé résonna derrière la porte.– Toujours aussi prévisible, Kai.Valentina fronça les sourcils.– Vous vous connaissez depuis longtem
Chapitre 19Valentina n’osait plus respirer. Kai se tenait devant la porte, parfaitement immobile. Son regard était fixé sur la poignée. Les trois coups venaient de retentir. Toc. Toc. Toc. Puis plus rien. Un silence lourd envahit la chambre. Valentina regarda Kai. Pour la première fois depuis leur rencontre, elle voyait quelque chose de différent dans ses yeux. Ce n’était pas de la colère. Ce n’était pas de l’impatience. C’était de la peur. Une peur qu’il essayait désespérément de dissimuler. Valentina murmura :– Qui est derrière la porte ?Kai leva un doigt pour lui demander de se taire. Ils attendirent. Quelques secondes passèrent. Puis une voix s’éleva dans le couloir. Une voix d’homme.– Kai…Valentina sentit son cœur s’accélérer.Kai ferma les yeux un bref instant.– Il sait que je suis ici, murmura-t-il.– Qui ?Kai ne répondit pas.La voix reprit.– Je sais que tu as trouvé la fille.Valentina se figea.La fille.Elle regarda Kai.Il ne bougea pas.– Kai…– Ne parle pas.La p
Chapitre 18Valentina avait passé une grande partie de la nuit à réfléchir à ce qu’elle avait découvert. Depuis plusieurs jours, elle avait l’impression de s’enfoncer dans un mystère dont elle ne comprenait même pas les règles.Les portraits de Kai. La forêt. L’aile Est. Les trois coups frappés à sa porte après minuit. Et maintenant, ce mystérieux passage qu’elle avait découvert derrière la bibliothèque. Elle avait pourtant promis de ne pas chercher les ennuis. Mais plus elle essayait de comprendre cette maison, plus les secrets semblaient venir à elle. Au petit matin, Valentina descendit prendre son petit-déjeuner. Martha était déjà dans la cuisine.La vieille femme disposait quelques tasses sur un plateau lorsqu’elle aperçut Valentina.– Vous êtes bien silencieuse ce matin.– J’ai mal dormi.Martha lui lança un regard attentif.– Encore des cauchemars ?Valentina hésita.– Non.Elle s’assit.– Je pensais simplement à la maison.La main de Martha s’immobilisa.– À quelle partie de la
Chapitre 17Valentina resta immobile devant Kai. Ses dernières paroles résonnaient encore dans son esprit. La mort n’est pas toujours la fin. Elle aurait voulu lui demander ce qu’il voulait dire. Elle aurait voulu reculer. Mais ses jambes semblaient incapables de bouger.– Elena est vraiment ici ?Kai ne répondit pas immédiatement. Son regard se posa sur le médaillon qu’elle tenait toujours entre ses doigts.– Je vous ai demandé de rester dans votre chambre.– Et moi, je vous ai demandé la vérité.Un silence s’installa. Pour la première fois, Valentina ne baissa pas les yeux devant lui.Kai la regarda longuement.– Vous n’êtes pas prête.– Vous dites toujours ça.– Parce que c’est vrai.– Alors dites-moi quelque chose que je peux comprendre.Kai détourna le regard.– Retournez dormir.– Non.Le mot était sorti avant même qu’elle puisse réfléchir.Kai se retourna lentement.Valentina sentit une pointe de peur, mais elle resta immobile.– Je veux savoir pourquoi une femme morte depuis p
Chapitre 16Valentina resta figée devant la photographie. Le visage d’Elena souriait. Pourtant, quelques secondes auparavant, elle était certaine que l’expression de la jeune femme était différente. Elle cligna plusieurs fois des yeux. Le sourire avait disparu. La photographie était redevenue parfaitement normale.– Je deviens folle…Elle referma rapidement le médaillon. Mais au moment où elle voulut le poser sur la table de nuit, trois coups résonnèrent contre la porte. Toc. Toc. Toc. Valentina sursauta. Son cœur se mit à battre violemment. Elle recula. Kai lui avait demandé de ne pas sortir. De ne pas ouvrir. Elle resta donc immobile. Puis une voix féminine s’éleva dans le couloir.– Valentina…Cette voix n’était pas celle de Martha.Elle était douce.Presque triste.Valentina sentit ses jambes trembler.– Qui êtes-vous ?Aucune réponse.Puis la voix reprit.– Ouvre-moi.Valentina serra le médaillon contre sa poitrine.– Non.Un silence.Puis trois nouveaux coups.Toc.Toc.Toc.Cet
Chapitre 15Valentina passa le reste de la journée enfermée dans sa chambre. Elle avait essayé de reprendre son travail, mais ses pensées refusaient de se calmer. Elena. Le portrait de 1891. La cicatrice derrière son oreille. Et surtout, cette phrase de Kai. Pourquoi es-tu revenue, Elena ? Il ne lui avait pas parlé comme à une inconnue. Il lui avait parlé comme à quelqu’un qu’il connaissait déjà. Comme si, derrière son visage, il voyait une autre personne. Valentina s’assit au bord de son lit. Elle passa machinalement les doigts derrière son oreille. Cette cicatrice avait toujours été là. Ses parents lui avaient expliqué qu’elle venait d’un accident lorsqu’elle était enfant. Elle n’en avait jamais douté. Mais maintenant… Elle n’était plus certaine de rien. Un léger coup fut frappé à sa porte. Valentina se redressa.– Oui ?La porte s’ouvrit.Martha entra.Elle referma immédiatement derrière elle.Son visage était inquiet.– Vous allez bien ?Valentina secoua la tête.– Non.Martha s’a