LOGINMontréal, 1944. Dans la maison des Joyal, quelqu'un veut hériter. Jeannine Joyal consulte en secret un aliéniste pour sa sœur Emma — riche paralytique convaincue que sa famille veut la tuer. Le médecin la rassure. Il viendra l'examiner le lendemain. Il n'en aura pas le temps. Cette nuit-là, une surdose de morphine faillit emporter Emma. Un poignard finit le travail. Les suspects sont nombreux — le frère coureur, le père sénile, la sœur dévouée — mais le détective Albert Brien a les yeux fixés sur un seul homme : Irénée Paiement, le fiancé admirable. Celui en qui Emma avait confiance. Celui que tout le monde trouvait irréprochable. Trop irréprochable. Une vieille photo, une loupe, et des empreintes digitales vieilles de dix ans suffiront à Brien pour démolir l'imposture — et révéler derrière le masque du saint un assassin de sang-froid qui porte deux visages depuis une décennie. MORPHINE ET POIGNARD — un polar noir signé YZAK, dans la grande tradition du roman criminel canadien-français.
View MoreLe train de Montréal partait à sept heures du matin.Brien arriva en avance à la gare du Palais, sa valise légère à la main, et s'installa dans un compartiment côté fleuve. Il aimait voir le Saint-Laurent s'éloigner derrière lui quand le train prenait de la vitesse — cette façon qu'avait le fleuve de rester immobile pendant que tout le reste bougeait, comme un homme qui a vu trop d'histoires pour s'en émouvoir encore.Il déplia le journal du matin.En première page, sous une photographie du Château Frontenac, le compte rendu complet de l'arrestation de Gilbenski occupait trois colonnes. Le journaliste avait fait son travail avec enthousiasme — opération audacieuse, le célèbre détective Brien, coup de maître de la Sûreté Provinciale. Brien lut jusqu'au bout, replia le journal s
Le lendemain matin, Brien était de retour au Château Frontenac.Il avait dormi six heures — un record pour lui en cours d'enquête — et se sentait avec cette clarté particulière des matins après les nuits difficiles, quand tout ce qui semblait compliqué la veille apparaît soudainement simple et ordonné comme une page de comptabilité bien tenue.Il descendit prendre son petit-déjeuner dans la grande salle à manger, commanda des œufs et du café, et s'installa face au fleuve. Le Saint-Laurent brillait sous le soleil de juin. Sur l'autre rive, Lévis dormait encore dans sa verdure. Rien dans ce paysage ne laissait deviner qu'à Hadlow Cove, sur un vieux bateau échoué que personne ne regardait plus depuis des années, une jeune femme avait failli perdre sa liberté et sa fortune en même temps.Gilles Rousseau arriva &agr
Gypsie ficela Nina Malta avec une efficacité qui surprit Brien.Elle faisait des nœuds solides, méthodiques, sans trembler — les nœuds de quelqu'un qui a appris à ne compter que sur soi. Quand ce fut fait elle se redressa et regarda le détective.— Bien, dit Brien. Maintenant le chef-comptable.Gypsie le conduisit dans une pièce adjacente — un réduit sans fenêtre qui sentait le bois moisi et la peur. Un homme d'une cinquantaine d'années était allongé sur un matelas de fortune, les yeux fermés, la respiration régulière d'un sommeil épuisé. Il avait les poignets marqués par les cordes et les chevilles enflées. Son visage portait les traces de ce qu'il avait enduré — pas des coups, quelque chose de pire. La souffrance précise et calculée de quelqu'un qui cherche une information.—
Celui qu'on appelait Adélard était un colosse noir et hirsute.Il venait de déficeler Albert et refermer la lourde porte de la cale à cadenas. Brien se leva lentement, se dégourdit les membres en se promenant dans l'espace réduit. Le plancher avait une pente fort prononcée — le bateau était échoué, pas seulement amarré. Échoué depuis longtemps, à en juger par l'odeur de vase et de bois pourri qui imprégnait les cloisons.Il avait faim. Il avait soif. Et il avait ce calme particulier qui le prenait dans les situations sans issue apparente — ce calme que Beloeil appelait, avec une admiration teintée d'exaspération, la sérénité du condamné à mort.La porte se rouvrit.Adélard passa la tête.— Où suis-je ? demanda Brien.Le colosse dit d'une voix r
Il était dix heures du matin quand Brien pénétra dans le bureau de Beloeil.Dehors, Montréal s'était remis en marche comme si rien ne s'était passé. Les tramways sonnaient. Les marchands levaient leurs rideaux de fer. Les gens pressaient le pas sur les trottoirs, le col relevé contre le fr
On n'avait pas encore bougé le corps d'Alonzo Farinelli du plancher.Il n'était pas mort — la balle de Brien l'avait traversé l'épaule proprement, sans fracasser l'os — mais il le croyait. Et dans cette conviction, quelque chose s'était bris&e
L'auto de Beloeil remontait le boulevard Westmount dans le silence gris de l'aube naissante.Serra était assis à l'arrière, encadré par deux constables. Paulot, l'expert en empreintes, ronchonnait à voix basse depuis la Sûreté — un ronc
L'auto filait vers la Sûreté Provinciale.Beloeil conduisait. Brien regardait défiler les rues désertes de Montréal — ce Montréal d'avant l'aube qui appartient aux travailleurs de nuit, aux insomniaques et aux coupables. Les lampadaires dessin
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