LOGINJe monte dans ma chambre sans un regard en arrière.
Les voix en bas continuent encore, étouffées, comme si rien ne venait de se briser quelques minutes plus tôt. Mais moi, je suis déjà ailleurs. Dans quelque chose de plus lourd. De plus silencieux. Une pièce sans issue. Quand la porte se referme derrière moi, je sens mes larmes couler. Comment peuvent-ils décider comme ça de ma vie ? Adossée contre la porte, la tête entre les mains, je libère toute cette colère et cette frustration. Je me mets à sangloter, à crier toute ma peine. Je cesse de tenir bon, d’être toujours cette fille forte qui ne se laisse pas atteindre. Je ne sais plus vraiment faire la différence. Tout est en place dans ma chambre. Trop normal. Trop calme. Le lit, la chaise, les vêtements pliés. Comme si la vie continuait sans moi. Et pourtant, rien n’est plus pareil. - Tu épouseras Lux. La phrase tourne encore dans ma tête. Encore et encore. Comme si elle trouvait un endroit où s’installer en moi sans demander la permission. Lux est le genre d’homme que mes parents appellent une chance. Un bon parti, une sécurité, pas une question. Je suis assise sur le bord du lit. Mes mains tremblent légèrement, mais je les serre pour les faire taire. Non. Je ne peux pas accepter ça. Je me lève d’un coup. La chambre semble trop petite pour contenir ce que je ressens. Mes pas finissent par ralentir devant le miroir. Mon reflet me fixe. À peine vingt ans, déjà enfermée dans une vie que je n’ai pas choisie. Mon rêve est de devenir une grande avocate, et à cause de leur égoïsme, tout risque d’être gâché. Cette pensée revient, plus douloureuse qu’avant. Des années d’études, des sacrifices, des nuits à travailler en silence pendant que les autres vivent… Ce n’est pas pour finir prisonnière d’une décision prise dans un salon, comme un simple arrangement familial. Je me tourne vers mon bureau. Mes livres sont toujours là, alignés, intacts. Je m’approche et pose la main sur l’un d’eux. Droit pénal. Un souffle m’échappe. C’est ça que je veux. Pas une place imposée. Pas une vie écrite pour moi. Mais une vie que je peux construire et défendre. Je m’assois lentement. Et dans ce silence, une autre pensée me traverse. Plus fragile. Plus humaine. Mon téléphone. Je le regarde sans bouger. Il est là. Puis, soudain, l’image de Chris me vient à l’esprit. Le seul lien qui me rattache encore à une vie normale. Je n’ai même pas encore déverrouillé l’écran que déjà quelque chose en moi se crispe. Comment lui dire ? Comment expliquer que ma vie vient de basculer sans que j’aie eu le droit de parler ? Je me mords la lèvre inférieure. Je ne peux pas lui dire maintenant. Rien que d’y penser, mon cœur se serre. Tant que je ne sais pas quoi faire, il n’en saura rien. Je repose le téléphone. Puis je me dirige vers mon armoire pour voir combien d’argent je possède. Une chose est sûre : refuser ne suffira pas. Avec seulement cinq mille francs, où pourrais-je aller ? Il me faut autre chose. Une faille, une erreur, quelque chose qui puisse empêcher ce massacre. Je m’arrête au centre de la chambre, observant mes maigres économies. Si je ne peux pas dire non, alors je dois rendre leur décision impossible. Je me mets à faire les cent pas. Mes doigts crispés sur les billets que je tiens. Et dans ce moment suspendu, une vérité s’impose : Je n’ai pas encore perdu. Et quelque part, au fond de moi, une autre pensée persiste. Christophe. Peut-être qu’il pourrait m’aider. Je pourrais faire mes valises et aller vivre avec lui dans son appartement. Je ne sais pas si cela marcherait, mais pour l’instant, c’est la seule solution qui me vient à l’esprit. Je sais déjà que rien ne sera plus comme avant. Je ne peux pas rester ici. Pas comme ça. Pas en laissant leur décision devenir ma vie. Je lève les yeux vers ma chambre une dernière fois. Et pour la première fois depuis le début de cette nuit, une chose est claire : Je ne vais pas me laisser faire. C’est décidé. Je parlerai à Chris pour que nous trouvions une solution ensemble.Je reste silencieuse après les paroles du mari de ma cousine.Plus forte que je ne le pensais.Je ne sais pas quoi répondre.Je baisse les yeux vers mes mains.— Elle vous a vraiment dit ça ?Il sourit.— Oui.Je laisse échapper un petit rire.— C'est surprenant.— Pourquoi ?— Parce que ma cousine n'a jamais vraiment été du genre à me complimenter.Il rit doucement.— Elle m'a aussi dit que vous vous entendiez difficilement.— C'est plus proche de la vérité.Il regarde vers la salle.— Elle regrette certaines choses.Je tourne la tête vers lui.— Lesquelles ?— Elle ne me les a pas toutes expliquées. Et je ne vais pas parler à sa place.Je souris légèrement.— C'est probablement mieux.Il acquiesce.— Je voulais simplement que vous sachiez qu'elle était sincèrement heureuse que vous soye
À peine avons-nous franchi l'entrée que plusieurs visages familiers se tournent vers nous.Je reconnais immédiatement certaines de mes tantes, des cousins, des cousines que je n'ai pas vus depuis longtemps.Et, comme je m'y attendais, les regards s'arrêtent sur moi.Sur mon ventre.Puis sur Lux.Je sens mes épaules se raidir légèrement.Lux le remarque.— Ça va ?Je hoche la tête.— Oui.Je prends une inspiration.Je ne suis pas venue ici pour me cacher.Alors je continue d'avancer.Quelques secondes plus tard, ma mère apparaît devant nous.Son visage s'illumine.— Vous êtes enfin arrivés !Elle m'embrasse avant de se tourner vers Lux.— Bonjour, Lux.— Bonjour.Elle nous entraîne presque immédiatement vers les autres membres de la famille.— Venez, tout le monde est déjà là.Je souris poliment.
Je suis dans le salon avec Herema lorsque mon téléphone sonne.Je jette un coup d'œil à l'écran.Maman.Je reste quelques secondes à regarder son nom avant de décrocher.— Allô ?— Bonjour, lurie.— Bonjour, maman.Herema joue tranquillement sur le tapis devant moi. Elle empile deux cubes, les fait tomber, puis recommence avec beaucoup de sérieux.— Comment vas-tu ? demande ma mère.— Ça va. Et toi ?— Ça va aussi. Et la grossesse ?Je pose machinalement une main sur mon ventre.— Ça va mieux. Les nausées sont encore là, mais moins fortes.— Tant mieux.Un petit silence s'installe.Je connais assez ma mère pour savoir qu'elle ne m'appelle pas simplement pour demander comment je vais.— Il y a quelque chose ? demandé-je.Elle rit légèrement.— Tu me connais trop bien.Je souris malgré moi.— Alors ?
Le samedi matin, je descends avec Herema dans les bras. Elle porte une petite robe claire et serre contre elle son lapin en peluche. À peine arrivées dans le salon, elle aperçoit Lux. — Papa ! Il se tourne vers nous. — Bonjour, princesse. Herema tend les bras vers lui. Je la lui donne et elle se blottit contre son père avant de pointer quelque chose derrière lui. — Dehors. Lux sourit. — Tu veux sortir ? — Oui. Elle insiste en agitant sa petite main. — Dehors ! Je laisse échapper un rire. — Elle a décidé pour nous. Lux me regarde. — Apparemment. Puis il ajoute : — Je pensais justement l'emmener au parc cet après-midi. Je regarde Herema. Elle nous observe avec de grands yeux,
Je me réveille avant même que le soleil ne se lève complètement.Pendant quelques secondes, je reste immobile, les yeux ouverts, à regarder le plafond de ma chambre.Ma chambre.Cette pensée me traverse avec une étrange facilité maintenant.Depuis mon retour, je dors toujours ici. Je n'ai pas repris la chambre de Lux. Je n'en ai jamais eu l'intention. Pourtant, quelque chose a changé dans cette maison.Je ne me sens plus comme une invitée.Je ne me sens pas non plus complètement chez moi.Je suis entre les deux.Je finis par me redresser lentement. Une légère nausée me serre l'estomac, mais elle disparaît après quelques respirations profondes. Je pose une main sur mon ventre, presque machinalement.Je souris à peine.— Bonjour, toi.Je me sens un peu ridicule de parler à mon ventre alors que la grossesse est encore si récente, mais je continue malgré tout.Une petite voix rete
Le lendemain matin, je me réveille avec une sensation étrange.Je reste quelques secondes allongée, les yeux fixés sur le plafond, avant de me rappeler où je suis.Chez Lux.Je tourne la tête vers la fenêtre. Une lumière pâle traverse les rideaux et dessine une bande claire sur le sol.Je pose une main sur mon ventre.Depuis l'échographie, tout me paraît différent.Pas forcément plus simple.Mais plus réel.Je sais maintenant qu'un petit être grandit en moi. Je sais que cette grossesse va changer ma vie, que je le veuille ou non.Et pourtant, ce n'est pas la grossesse qui occupe mes pensées ce matin.C'est Lux.Plus précisément, sa dernière phrase d'hier.Je ne veux pas que tu te sentes en compétition avec quelqu'un.Je ne sais toujours pas pourquoi les paroles de Sélène m'ont autant dérangée.Je ne suis pas amoureuse de Lux.Du moins, je ne suis pas







