Home / Romance / La mariée de substitution / Chapitre 5: La vie qui continue

Share

Chapitre 5: La vie qui continue

Author: Nanalie
last update publish date: 2026-06-22 18:49:32

Je n'ai presque pas dormi.

Chaque fois que je ferme les yeux, la voix de mon père revient.

-Tu épouseras Lux.

Au bout d'un moment, je cesse d'essayer de dormir. Je reste assise contre la tête de lit, les genoux ramenés contre ma poitrine, à regarder le ciel s'éclaircir derrière les rideaux.

Quand mon réveil sonne, j'ai envie de l'éteindre et de rester cachée sous ma couverture.

Mais la vie continue.

Mes cours aussi.

Je descends finalement.

La maison est calme.

Ma mère débarrasse la table. Mon père lit son journal. Gérard termine son café en silence.

Personne ne parle de la veille.

Comme si personne ne m'avait annoncé que j'allais épouser le mari de ma sœur.

Comme si rien ne s'était passé.

-Tu vas être en retard, remarque ma mère.

Je lève les yeux vers elle.

Elle évite mon regard.

Je comprends alors une chose terrible.

Pour eux, tout est déjà décidé.

-Je n'ai pas faim, murmuré-je en attrapant mon sac.

-Lurie, dit Gérard.

Je me retourne vers lui.

- Mange au moins quelque chose.

Je secoue la tête avant de sortir.

D'habitude, l'université me donne l'impression de respirer.

Aujourd'hui, même cet endroit me semble étouffant.

Le professeur parle devant l'amphithéâtre, mais je n'entends presque rien.

Mon manuel de droit est ouvert devant moi.

Je passe les doigts sur la couverture.

Depuis aussi loin que je m'en souviens, je veux devenir avocate.

Je veux plaider.

Je veux défendre ceux qui n'ont personne.

Je veux construire ma vie.

Ma vie.

Pas celle qu'on a choisie pour moi.

- Lurie ?

Je sursaute.

Christophe vient de s'asseoir à côté de moi.

Son sourire habituel disparaît presque immédiatement.

- Hé, ma belle, qu'est-ce qui se passe ?

- Rien.

Il hausse un sourcil.

-Tu sais que tu mens très mal ?

Il esquisse un sourire.

- Je te connais par cœur, Lurie.

Malgré moi, un faible sourire apparaît.

Christophe et moi sommes ensemble depuis plus d'un an.

Avec lui, tout a toujours été simple.

Naturel.

Il fait partie de la vie que j'ai choisie.

- Ce sont des problèmes à la maison ? demande-t-il doucement.

Je sens ma gorge se serrer.

Je veux lui dire.

Je veux tout lui raconter.

Mais les mots refusent de sortir.

Parce qu'une fois prononcés…

Ils deviendraient réels.

- Oui, des problèmes de famille.

Sa main se pose sur la mienne.

-Peu importe ce que c'est, tu n'es pas seule.

Je baisse les yeux. Si seulement il savait.

Puis je me demande si je dois lui dire, lui parler de la décision que je voudrais prendre.

Je lève la tête et nos regards se croisent. Il me prend la main et y dépose un baiser.

Je prends mon courage à deux mains et décide de lui poser la question.

- Chéri… cela fait plus d'un an que nous sommes ensemble. Tu n'as jamais pensé à ce qu'on emménage ensemble ?

Christophe garde le silence une seconde avant de souffler.

- J'y ai pensé. Bien sûr que j'y ai pensé.

Mon cœur s'accroche aussitôt à cette réponse.

Mais il secoue lentement la tête.

-Pas maintenant. Ma situation financière est compliquée, et je ne suis pas prêt à t'offrir la vie que tu mérites.

Je baisse les yeux, incapable de lui avouer que ce n'est pas le confort que je cherche.

C'est une porte de sortie.

Pour quelqu'un qui prétend avoir des problèmes d'argent, Christophe sait parfaitement les dissimuler. Entre ses vêtements de marque et sa nouvelle voiture, il ne donne pas vraiment l'impression d'être au bord des difficultés.

Mais avec tout ce qui occupe déjà mon esprit, je n'ai pas la force de poursuivre cette discussion.

-Sans compter qu'il ne faut pas oublier que tes parents ne vont jamais accepter que tu emménages avec moi sans que je t'épouse, ajoute-t-il.

Quand je rentre en fin d'après-midi, la porte d'entrée est ouverte.

Je fronce les sourcils.

Des voix proviennent du salon.

Je retire mes chaussures avant d'entrer.

Et je me fige.

Un petit berceau est installé près du canapé.

Hemera dort paisiblement.

Ma mère plie de minuscules vêtements.

Tante Eugénia range des biberons dans un placard.

Je les regarde, incapable de comprendre.

- Euh… bonjour, dis-je.

Tante Eugénia se tourne vers moi.

-Bonjour, Lurie. Ça va ? me demande-t-elle.

Je reste silencieuse un instant. J'ai envie de lui dire ses quatre vérités. Mais comme je suis polie, je me tais.

- Ouais, répondu-je sèchement.

- Lurie… crie ma mère. Est-ce une façon de répondre ?

- Ça va, laisse-la, dit tante Eugénia.

Je me demande ce qu'elle fait ici avec la petite. J'espère que ce n'est pas encore leur histoire de mariage.

Je décide de partir dans ma chambre, car je ne veux pas entendre parler de ce sujet.

Alors que je m'apprête à monter les escaliers, ma mère relève la tête et dit :

-La petite restera ici quelque temps.

Mon estomac se noue.

- Quelque temps ?

- Lurie…

-Non, maman. Réponds-moi.

Ma tante Eugénia échange un regard gêné avec ma mère.

- Lux a beaucoup à gérer pour le moment et Malie et moi devons rentrer aux États-Unis pour régler des affaires urgentes, explique-t-elle.

- Ah ! dis-je.

Ma mère me regarde et ajoute :

- Ici, c'est la maison de ses grands-parents, où sa mère est née et a grandi. Donc elle a le droit de rester.

-Euh… d'accord, je n'ai jamais dit qu'Hemera ne pouvait pas rester ici.

Mes yeux se dirigent vers le berceau et je me mets à la regarder.

Elle a l'air si innocente.

Je monte dans ma chambre.

Je comprends parfaitement pourquoi ils ont amené Hemera ici. Ils pensent que sa présence finira par me faire changer d'avis. Mais ils oublient une chose : je ne suis pas sa mère, et je ne le serai jamais.

La petite n'a rien à voir avec tout ça.

Lorsque je repense à tout ce que Nevia me fait subir…

Chaque fois que je regarde Hemera, je vois les yeux de Nevia.

Et avec eux reviennent des souvenirs que j'ai passé des années à essayer d'enfouir.

Personne ne comprend.

Pour tout le monde, Nevia est la fille parfaite.

L'ange de la famille.

Ils ne voient que ses sourires sur les photos, ses bonnes notes et les compliments qu'on lui adressait.

Mais moi…

Je me souviens aussi des portes fermées, des menaces murmurées et de cette peur qui me nouait le ventre dès que nous nous retrouvions seules.

Je suis la seule à connaître la vérité.

Quelques jours passent.

Je fais tout mon possible pour éviter Hemera.

Je sais qu'elle n'est coupable de rien.

Mais chaque fois que je croise son regard, je vois celui de Nevia.

Et la dernière chose que je suis prête à faire…

C'est devenir le remplacement de ma sœur.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • La mariée de substitution    chapitre 75: une deuxième fois

    Quand le cœur commence à parler avant la raisonLe lendemain matin, je découvre un message de la commerçante avant même de quitter mon lit.Elle m’a envoyé la proposition dont nous avons parlé la veille. Je m’installe contre mes oreillers et commence à lire attentivement les détails : les tâches, les horaires, la rémunération et les conditions de la période d’essai.Je prends mon temps. Je relis certains passages et note les questions que je souhaite lui poser avant de donner ma réponse.Je ne veux pas me précipiter simplement parce que cette occasion me réjouit.Lorsque j’ai terminé, je pose mon téléphone et regarde mon carnet ouvert sur la table de chevet.Depuis mon retour chez Lux, j’ai l’impression de reconstruire plusieurs choses à la fois. Il y a mon avenir professionnel, ma place dans cette maison, ma relation avec Herema et, bien sûr, ce lien fragile qui se forme entre Lux et moi.Je ne sais pas encore comment t

  • La mariée de substitution    chapitre 74: mon avenir aussi

    Une porte qui s’ouvre enfinJe passe une bonne partie de la matinée penchée sur mon carnet.Depuis quelques jours, je prends l’habitude d’y noter tout ce qui me traverse l’esprit : des idées de travail, des choses que j’aimerais apprendre, des projets que j’avais abandonnés sans même leur donner une chance.Certaines pages sont presque vides. D’autres sont remplies de phrases que je ne comprends plus très bien, écrites à une époque où je pensais encore que ma vie suivrait un chemin bien précis.Je m’arrête sur une ancienne note.Gagner mon propre argent. Ne plus dépendre de personne pour mes décisions.Je relis ces mots deux fois.Je me souviens de la jeune femme que j’étais lorsque je les ai écrits. J’avais des rêves, des ambitions et cette conviction naïve que, si je travaillais suffisamment, je finirais par obtenir tout ce que je voulais.Puis la mort de Névia a bouleversé ma vie.Le mariage avec Lux

  • La mariée de substitution    chapitre 73: Au lendemain du baiser

    Je me réveille avec un sourire que je n’arrive pas à expliquer.Enfin… si. Je sais parfaitement pourquoi je souris. Je préférerais simplement ne pas avoir à me l’avouer aussi tôt le matin.Lux m’a embrassée.Je ferme les yeux quelques secondes, et le souvenir revient aussitôt : sa main qui s’était approchée de la mienne, sa voix basse lorsqu’il m’avait demandé s’il pouvait m’embrasser, cette façon qu’il avait eue d’attendre ma réponse au lieu de décider à ma place.Et puis ses lèvres contre les miennes.Ce n’était pas un baiser passionné, encore moins une promesse. C’était quelque chose de doux, de prudent, presque hésitant. Pourtant, il m’a laissée avec une sensation étrange, comme si une porte que j’avais maintenue fermée pendant des mois venait de s’entrouvrir.Le problème, c’est que je ne sais pas encore ce qui se trouve derrière.Je me redresse dans mon lit et pose les pieds au sol.— Ce n’est qu’un baiser,

  • La mariée de substitution    chapitre 72: le premier baiser

    Depuis cette soirée où j'ai posé ma main sur celle de Lux, quelque chose a changé entre nous.Ce n'est pas une transformation spectaculaire. Nous ne nous réveillons pas soudainement dans un mariage parfait, et je ne découvre pas du jour au lendemain que toutes mes blessures ont disparu.Mais je ne fuis plus systématiquement les moments où nous nous retrouvons seuls.Parfois, nous prenons le petit-déjeuner ensemble et parlons de nos journées. D'autres fois, nous restons dans le salon après avoir couché Herema, discutant de choses qui n'ont rien à voir avec nos responsabilités. Il m'arrive même de lui raconter spontanément une anecdote, avant de réaliser que je ne me suis pas demandé si je pouvais me permettre de le faire.Je commence à retrouver une certaine liberté auprès de lui.Et, contre toute attente, cette liberté me donne envie de me rapprocher.Ce soir, je suis dans le salon avec un livre ouvert sur les genoux. Je lis depu

  • La mariée de substitution    chapitre 71 : la peur de recommencer

    Un sentiment difficile à comprendreDepuis notre dîner, je remarque que je pense davantage à Lux.Ce n'est pas constant, et je ne passe pas mes journées à attendre qu'il rentre du travail. Mais certains détails me reviennent sans prévenir : son sourire lorsqu'il a découvert que j'aimais le même genre de musique que lui, son attention pendant nos conversations, ou encore cette manière qu'il a eue de me laisser choisir la durée de notre soirée sans me faire sentir coupable lorsque j'ai dit que je commençais à être fatiguée.Ce sont de petites choses.Pourtant, elles s'installent dans mon esprit avec une facilité qui m'inquiète.Ce matin, je suis assise près de la fenêtre de ma chambre, mon carnet ouvert sur les genoux. J'essaie de travailler sur mon projet personnel, mais je relis trois fois la même phrase sans parvenir à me concentrer.Je finis par fermer le carnet.— Qu'est-ce qui m'arrive ? murmuré-je.Je conna

  • La mariée de substitution    chapitre 70: ce que je n'ose pas encore dire

    Le lendemain du rendez-vousJe me réveille avec le souvenir de la veille encore présent dans mon esprit.Le dîner avec Lux n'a rien eu d'extraordinaire. Nous n'avons pas échangé de grandes déclarations, il ne m'a pas offert de cadeau extravagant et nous ne sommes pas rentrés en nous tenant la main comme un couple qui vient de tomber amoureux.Pourtant, quelque chose a changé.Je me souviens de nos conversations, de ses sourires et de la façon dont il m'a écoutée parler de mes projets sans chercher à me corriger. Je me souviens surtout de ce moment où nous avons ri ensemble, simplement parce que nous avions tous les deux choisi le mauvais dessert sur le menu et que nous avions échangé nos assiettes.C'était un détail insignifiant.Mais je n'avais pas ri ainsi avec lui depuis longtemps.Je me redresse dans mon lit et pose une main sur mon ventre.— Ne t'imagine pas déjà des choses, murmuré-je pour moi-même.

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status