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Chapitre 5

last update Fecha de publicación: 2026-09-05 02:33:38

L’enfant. Mon fils. Car ce sera un fils, j’en suis certain. Un héritier pour perpétuer l’empire que j’ai bâti. Un Blackwood pour reprendre le flambeau quand je ne serai plus là. Mais d’abord, Elena doit accepter.

Et elle acceptera. Je le sais parce que j’ai étudié son dossier psychologique. Le Dr. Hoffman a identifié ses points faibles, un complexe de sauveur développé suite à la mort de ses parents, une tendance à se sacrifier pour les autres, un besoin maladif de contrôler les situations qui échappent à son influence. Marcus est son talon d’Achille, sa kryptonite émotionnelle.

Quand elle signera ce contrat, elle croira sauver son frère. En réalité, elle signera sa propre condamnation.

Mon téléphone sonne. L’écran affiche “Privé”.

— Blackwood.

— Viktor ? C’est Dmitri. » Mon avocat, un homme sans scrupules que je paie grassement pour son silence et son efficacité. « J’ai terminé les modifications que vous avez demandées sur le contrat. »

— Parfait. Envoyez-moi la version finale.

— Vous êtes sûr de ces clauses ? Elles sont… particulièrement restrictives.

— C’est exactement ce que je veux. Elena Moreau ne lira que les grandes lignes. L’amour fraternel rend aveugle.

— Et si elle refuse ?

Je souris dans l’obscurité.

— Elle ne refusera pas. Elle ne peut pas se le permettre.

Après avoir raccroché, je me verse un verre de whisky, un Macallan de trente ans d’âge. Le liquide ambré brûle agréablement ma gorge. Dans quelques heures, Elena se réveillera dans son appartement miteux et devra prendre la décision la plus importante de sa vie.

Je pense à elle, seule dans l’obscurité, torturée par l’incertitude. Elle se demande probablement qui je suis, ce que je veux vraiment, si elle peut me faire confiance. La réponse à cette dernière question est évidemment non, mais elle ne le découvrira que trop tard.

Elena Moreau va entrer dans ma toile comme un papillon attiré par la lumière. Et comme un papillon, elle découvrira que la beauté de la flamme cache une destruction certaine.

Mon ordinateur émet un signal. Un email de Dmitri avec le contrat finalisé. Je l’ouvre et parcours les cinquante-trois pages de clauses légales. Chaque paragraphe, chaque ligne a été soigneusement rédigée pour me donner un contrôle total sur Elena. Elle deviendra ma propriété, légalement et définitivement.

La clause 15.7 me fait sourire « En cas de tentative de rupture de contrat, la mère porteuse s’expose à des dommages et intérêts équivalant à trois fois la somme totale du dédommagement, soit 1 500 000 dollars, plus les frais légaux. »

Elena ne pourra jamais rembourser une telle somme. Elle sera piégée, enchainée par ses propres choix.

Je referme l’ordinateur et me dirige vers la fenêtre ouest, celle qui donne sur le petit cimetière. Cinq croix de marbre blanc se dressent dans l’obscurité. Bientôt, peut-être, il y en aura une sixième. Ou peut-être qu’Elena sera plus sage que les autres. Peut-être comprendra-t-elle que la résistance est inutile et que l’acceptation est le seul chemin vers la survie.

Mais j’en doute. Elles résistent toujours, au début. C’est dans la nature humaine de lutter contre l’inévitable. Elena luttera elle aussi, et cette lutte sera délicieuse à observer.

Je pense déjà aux premières semaines. Sa surprise quand elle découvrira que sa chambre se verrouille de l’extérieur. Sa panique quand elle réalisera que son téléphone ne capte aucun réseau. Sa colère quand elle comprendra que Mrs. Chen a reçu l’ordre de ne répondre à aucune de ses questions.

Et puis viendra la résignation. Elles finissent toujours par se résigner. Le confort de la cage dorée, les repas raffinés, les soins médicaux de première classe… Tout cela adoucit progressivement la révolte. Elles s’habituent, s’adaptent, et finalement acceptent leur sort.

Certaines tombent même amoureuses de leur geôlier. Stockholm syndrome, appellent cela les psychiatres. Mécanisme de défense psychologique qui transforme la victime en complice. Isabelle avait développé ces symptômes, vers la fin. Elle me regardait avec une adoration mélangée de terreur qui m’excitait plus que n’importe quelle drogue.

Elena développera-t-elle les mêmes sentiments ? Sera-t-elle assez intelligente pour comprendre que l’amour est sa meilleure stratégie de survie ? Ou sera-t-elle stupidement rebelle jusqu’au bout ?

Le temps nous le dira.

Je retourne à mon bureau et ouvre le dernier dossier de la soirée. Les rapports financiers de mes entreprises légitimes. Blackwood Industries possède des participations dans l’immobilier, la technologie, l’import-export. Tout est parfaitement légal, parfaitement respectable. Personne ne soupçonne que l’argent qui a fondé cet empire vient de sources moins… recommandables.

Mon père, Dimitri Blackwood, était un homme d’affaires impitoyable. Trafic d’armes, blanchiment d’argent, élimination de concurrents gênants. Il m’a appris que la morale est un luxe que seuls les faibles peuvent se permettre. Les forts prennent ce qu’ils veulent et trouvent ensuite des justifications.

Quand il est mort, empoisonné par un rival, officiellement d’une crise cardiaque, j’ai hérité de son empire et de ses méthodes. Mais j’ai été plus subtil, plus raffiné. J’ai blanchi l’argent sale, légalisé les activités douteuses, acheté des politiciens et des juges. Aujourd’hui, Viktor Blackwood est un philanthrope respecté, un mécène de l’art, un pilier de la société.

Cette respectabilité est mon plus grand atout. Qui soupçonnerait un homme qui finance des orphelinats de séquestrer des femmes dans son manoir ?

Il est 4h du matin quand je referme le dernier dossier. Dans quelques heures, Elena se réveillera et devra faire son choix. Un choix qui n’en est pas vraiment un, puisque toutes les options mènent au même résultat, elle sera mienne.

Je me lève et me dirige vers ma chambre. En passant devant la chambre bleue, je m’arrête et ouvre la porte. La pièce est magnifique, lit à baldaquin, tentures de soie, mobilier d’époque. Une cage dorée digne d’un oiseau rare.

Bientôt, Elena sera là. Elle découvrira que la beauté peut être plus terrifiante que la laideur, et que certaines prisons sont d’autant plus infranchissables qu’elles sont belles.

Je souris en fermant la porte. Le jeu va commencer, et j’ai déjà gagné. Elena Moreau ne le sait pas encore, mais sa vie vient de basculer dans l’obscurité.

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