INICIAR SESIÓN•••Elena
Le réveil sonne à 6h30, comme tous les matins depuis trois ans. Mais aujourd’hui, son bruit strident me fait l’effet d’un glas. Aujourd’hui, je dois prendre la décision qui changera ma vie à jamais. Je me redresse dans mon lit étroit et observe Marcus qui dort encore sur le canapé-lit. Sa respiration est laborieuse, sifflante. Hier soir, il a fait de la fièvre pendant des heures et j’ai cru que… Non. Je ne peux pas penser à ça. Je ne peux pas imaginer un monde sans lui. Le contrat est posé sur la table basse, exactement là où je l’ai laissé à 4h du matin. Les pages blanches semblent briller dans la lumière grise de l’aube, comme si elles étaient radioactives. Cinq cent mille dollars. Une fortune pour des gens comme nous. Je me lève silencieusement et me dirige vers la cuisine. Notre appartement fait à peine cinquante mètres carrés : un salon qui fait office de chambre pour Marcus, une kitchenette, une salle de bain minuscule et ma chambre, si petite qu’elle ressemble plus à un placard. Mais c’est chez nous. Notre refuge contre le monde extérieur. En préparant le café, mes mains tremblent. Pas à cause de la fatigue, j’ai l’habitude de dormir peu. C’est l’angoisse qui me ronge. Cet homme, hier soir… il y avait quelque chose de troublant dans ses yeux gris. Une froideur qui me donnait l’impression d’être une souris face à un serpent. Mais cinq cent mille dollars… — Elena ? Je sursaute et renverse un peu de café. Marcus s’est réveillé et me regarde depuis le salon, ses yeux cernés brillant de fièvre. — Bonjour, mon cœur. Comment tu te sens ? — Comme si un camion m’était passé dessus. » Il sourit faiblement. « Mais je survivrai. Ces mots me transpercent. Il dit toujours ça, « je survivrai » mais nous savons tous les deux que c’est un mensonge de plus en plus difficile à croire. Sans le traitement, il ne survivra pas. Les médecins lui donnent trois mois, six au maximum. — J’ai pris ta journée au garage », dis-je en lui apportant un verre d’eau et ses médicaments. « Tu as besoin de repos. Marcus travaille comme mécanicien quand sa santé le permet. Un boulot physique qu’il ne devrait pas faire dans son état, mais nous avons besoin de chaque dollar. Enfin, nous avions besoin. Peut-être que tout va changer aujourd’hui. — Elena, tu as cette tête que tu fais quand tu me caches quelque chose. Qu’est-ce qui se passe ? Je détourne les yeux. Marcus me connaît trop bien. Depuis la mort de nos parents, nous n’avons eu que nous. Il sait lire en moi comme dans un livre ouvert. — Rien. Je suis juste fatiguée. — Menteuse. » Il s’assoit péniblement sur le canapé. « Allez, crache le morceau. Je regarde le contrat sur la table. Comment lui expliquer ? Comment lui dire qu’un inconnu m’a proposé de porter son enfant en échange de sa vie ? — Hier soir, au travail… j’ai rencontré quelqu’un. — Un homme ? » Ses yeux s’illuminent un peu. « Elena, tu ne peux pas passer ta vie à t’occuper de moi. Tu mérites d’être heureuse, de… — Ce n’est pas ce que tu crois. » Je m’assieds à côté de lui et prends sa main dans la mienne. Elle est si maigre, si fragile. « Il m’a fait une proposition. Professionnelle. — Quel genre de proposition ? Je respire profondément. — Il m’offre beaucoup d’argent pour… pour porter son enfant. Le silence qui suit semble durer une éternité. Marcus me regarde, incrédule, puis son expression se durcit. — Non. — Marcus… — Non, Elena. » Il retire sa main de la mienne. « Tu ne vas pas faire ça. Pas pour moi. — Écoute-moi au moins… — Il n’y a rien à écouter ! Sa voix se brise et il est pris d’une quinte de toux qui le secoue tout entier. Quand elle s’arrête, il me regarde avec des larmes dans les yeux. — Tu crois que je pourrais vivre en sachant que tu as vendu ton corps pour me sauver ? » — Je ne vends pas mon corps. C’est de la maternité de substitution. C’est légal, c’est… — C’est de la prostitution déguisée ! Et tu le sais très bien ! Ses mots me gifle. Marcus n’a jamais été aussi dur avec moi, même dans ses pires moments. — Il offre cinq cent mille dollars », dis-je doucement. Cette fois, c’est lui qui reste silencieux. Cinq cent mille dollars, c’est un chiffre qui dépasse notre entendement. C’est plus que nous ne gagnerons jamais, même en travaillant toute notre vie. — Qui est-ce ? » demande-t-il finalement. — Je ne sais pas. Il connaissait ton nom, ta maladie. Il semblait… informé. — Ça ne te fait pas peur ? Si, ça me terrifie. Mais la peur de perdre Marcus est plus forte que tout le reste. — J’ai jusqu’à ce soir pour décider. Marcus se lève brusquement, manque de tomber et se rattrape au dossier du canapé. — La réponse est non, Elena. Tu m’entends ? Non ! Il se dirige vers la salle de bain en titubant. J’entends la porte claquer, puis le bruit de la douche. Je reste seule avec le contrat et ma culpabilité. Mon téléphone sonne. C’est Dolores. — Ma chérie ? Tu vas bien ? Tu avais l’air si bouleversée hier soir. — Ça va, Dolores. Merci de t’inquiéter. — C’était qui, ce type en costume ? Il avait l’air louche. Même Dolores a senti quelque chose. Son instinct maternel ne la trompe jamais. — Quelqu’un qui m’a fait une proposition de travail. — Quel genre de travail ? Elena, tu sais que tu peux tout me dire. Les larmes me montaient aux yeux. Dolores a été plus une mère pour moi ces dernières années que la mienne n’a jamais eu l’occasion de l’être. Mais comment lui expliquer sans qu’elle me juge ? — Je… je ne peux pas en parler au téléphone. On se voit ce soir au travail ? » — Bien sûr, ma chérie. Mais fais attention à toi. Et surtout, ne prends aucune décision importante sans en parler à quelqu’un en qui tu as confiance.Cinq ans plus tard..« Papa ! Papa ! Regarde ! »Gabriel, maintenant âgé de six ans, court vers moi à travers les jardins du manoir, tenant fièrement un papillon qu’il vient d’attraper dans ses petites mains en coupe. Ses cheveux blonds brillent sous le soleil de mai, ses yeux gris-bleu pétillent de malice et de fierté.— Doucement, mon champion », dis-je en m’agenouillant à sa hauteur. « Il faut le laisser s’envoler. Les papillons ont besoin d’être libres. — Comme maman quand elle était petite ? Cette question innocente me fait sourire. Gabriel connaît notre histoire, une version adaptée à son âge, bien sûr. Il sait que sa maman était prisonnière et que son papa a appris à la libérer par amour.— Exactement comme maman. Gabriel ouvre ses mains et nous regardons le papillon s’envoler vers les rosiers en fleurs. — Il est content maintenant ! — Très content. Comme nous tous. — VIKTOR ! » La voix d’Elena résonne depuis la terrasse. « Le gâteau refroidit ! Aujourd’hui, nous fêtons
La visite dure deux heures. Gabriel explore chaque recoin avec la curiosité d’un petit explorateur. Il est fasciné par la bibliothèque, émerveillé par la nursery que j’ai aménagée pour lui, ravi de découvrir le jardin et ses fontaines.Marcus examine son appartement avec approbation. — C’est parfait. Merci pour votre attention. — Vous travaillez dans l’informatique, n’est-ce pas ? J’ai fait installer une connexion haut débit et tout l’équipement nécessaire. — Vous avez pensé à tout. — J’ai eu assez de mois pour penser. Elena visite sa nouvelle chambre, notre chambre, en fait, puisque j’espère qu’elle acceptera de la partager avec moi. Elle s’arrête devant la fenêtre qui donne sur les jardins.— Rien n’a changé » dit-elle doucement.— Tout a changé. Cette fois, vous êtes ici par choix. — Oui. » Elle se tourne vers moi. « Viktor, j’ai quelque chose à te dire. — Moi aussi. Mais d’abord, installons Gabriel. Il commence à avoir sommeil. Nous couchons notre fils dans son nouveau lit
Point de vue de ViktorQuinze jours. Quinze jours d’attente fébrile, de préparatifs minutieux, d’espoir mêlé d’angoisse. Aujourd’hui, Elena, Gabriel et Marcus arrivent. Dans deux heures, ma vie va recommencer.Ou s’effondrer définitivement si Elena change d’avis au dernier moment.Je fais les cent pas dans le hall d’entrée, incapable de tenir en place. Mrs. Chen me regarde avec un mélange d’amusement et d’inquiétude.— Monsieur, vous allez user le marbre. — Désolé. Je suis… nerveux. — Comme un jeune marié le jour de ses noces. » Elle sourit. « Tout va bien se passer. — Comment pouvez-vous en être si sûre? — Parce que cette fois, c’est différent. Cette fois, ils viennent librement. Mrs. Chen a raison. Cette fois, Elena ne sera pas ma prisonnière mais ma compagne choisie. Gabriel ne sera pas un otage mais mon fils aimé. Marcus ne sera pas un levier de chantage mais un membre de la famille. Tout sera différent. Du moins, je l’espère.Ces quinze jours ont été un tourbillon d'activité
Point de vue de ElenaOnze mois et quelques jours que nous avons quitté le manoir, et Gabriel vient de fêter son premier anniversaire. Aujourd’hui, il a fait ses premiers pas, titubant de mes bras vers ceux de Marcus dans le petit salon de notre appartement. Nous avons ri, applaudi, pris mille photos. Mais il manquait quelqu’un. Son père.Viktor aurait dû être là pour voir Gabriel lâcher ma main, faire trois pas chancelants et s’effondrer dans un éclat de rire. Viktor aurait dû être là pour immortaliser ce moment, pour le porter en triomphe, pour pleurer de fierté comme nous l’avons fait.Au lieu de ça, j’ai envoyé une vidéo par message. Comme je le fais depuis tous ces mois. Comme une observatrice qui documente la vie de son enfant pour un père absent.— Elena ? » Marcus s’assoit à côté de moi sur le canapé pendant que Gabriel explore ses nouveaux jouets d’anniversaire. « Tu penses à lui, n’est-ce pas ? — Ça se voit tant que ça ? — Ça se voit depuis toujours. Tu as l’air heureuse e
Point de vue de ViktorSix mois. Six mois qu’Elena et Gabriel sont partis, et chaque jour qui passe me semble durer une éternité. Le manoir, autrefois symbole de ma puissance et de mon contrôle, n’est plus qu’une coquille vide qui résonne de leur absence.Ce matin, comme tous les matins depuis leur départ, je me réveille en pensant que j’entends les pleurs de Gabriel. Puis la réalité me rattrape, ils ne sont plus là. Mon fils grandit à des centaines de kilomètres d’ici, et je rate chacune de ses premières fois.Ses premiers sourires.Ses premiers gazouillements.Ses premières nuits complètes.Elena m’envoie des photos chaque semaine, comme promis. Gabriel à six semaines, dans les bras de Marcus. Gabriel à deux mois, endormi dans un berceau que je ne reconnais pas. Gabriel à trois mois, avec ce sourire édenté qui me fait fondre le cœur. Gabriel à quatre mois, tentant de se retourner sur le ventre.Mon fils devient un petit être humain, et je ne suis qu’un observateur lointain de sa vie
Point de vue de ElenaCinq jours. Cinq jours que Gabriel est né, et aujourd’hui, nous partons. Viktor tient sa promesse. Dans une heure, une voiture nous conduira, mon fils et moi, vers la liberté.Je devrais être heureuse. Soulagée. Triomphante, même. J’ai réussi l’impossible, transformer un monstre en homme, sauver ma vie et celle de mon enfant, obtenir ma liberté sans violence ni fuite spectaculaire.Alors pourquoi ai-je le cœur brisé ?Gabriel dort dans mes bras, magnifique dans sa petite tenue de voyage. Viktor lui a acheté tout ce qu’un nouveau-né peut souhaiter, vêtements, biberons, poussette, siège auto. Tout ce qu’il faut pour commencer une nouvelle vie. Une nouvelle vie sans son père.Mrs. Chen frappe doucement à ma porte et entre avec le petit-déjeuner.— Comment vous sentez-vous, Mademoiselle ? — Bizarre. —Vous regrettez ? — Non. Oui. Je ne sais pas. Mrs. Chen s’assoit dans le fauteuil en face de moi. Pour la première fois depuis des mois, elle abandonne sa réserve pro







