Share

La nounou mystérieuse
La nounou mystérieuse
Author: Les écrits d'une Mariam

Chapitre 1

last update Petsa ng paglalathala: 2026-09-07 08:34:51

Chapitre 1

Séréna

La grille en fer forgé se referme derrière moi avec un claquement sourd. Le bruit résonne dans ma poitrine comme un adieu.

Je serre la poignée de ma valise. Le cuir est froid sous mes doigts. Tout est froid ici. Les murs de pierre grise, les fenêtres hautes, le ciel chargé de nuages. Même l’air sent le propre et l’interdit.

Je ne devrais pas être ici. Pas comme ça. Pas en uniforme discret, pas avec ce nom d’emprunt qui brûle sur ma langue. Mais maman est morte. Et avec elle, le monde que je connaissais s’est éteint. Je ne veux plus de ces soirées étouffantes, de ces regards qui calculent, de ces hommes qui sourient sans jamais dire la vérité. Je veux disparaître un moment. Devenir personne. Juste pour comprendre qui je suis vraiment.

La porte massive s’ouvre avant que je n’aie fini de respirer. Une femme en tailleur sombre me dévisage, les lèvres pincées.

— Vous êtes en retard.

Sa voix est un scalpel. Je baisse les yeux.

— Veuillez m’excuser. Le trajet était plus long que prévu.

— Ici, la ponctualité n’est pas une option. Suivez-moi.

Mes talons claquent sur le marbre. Je déteste ce bruit. Il trahit ma présence, il annonce à toute la maison que je suis une étrangère. Je garde la tête droite, pourtant. Ma mère m’a appris à porter la dignité comme une armure invisible. Même quand on a envie de s’effondrer.

Le hall est immense. Un lustre en cristal jette des éclats sur les murs. Tout respire l’argent, la puissance, le contrôle. Et moi, je marche au milieu, en me demandant si quelqu’un peut voir à quel point mon cœur est fissuré.

La gouvernante s’arrête devant une porte.

— Vous vous occuperez de l’étage ouest. La chambre de l’enfant, la salle de jeux, et vous accompagnerez le personnel si besoin. On m’appelle madame Vence. Vous ne parlez pas à M. Astor sauf s’il vous adresse la parole. Vous ne le regardez pas dans les yeux trop longtemps. Vous ne posez pas de questions.

Chaque phrase tombe comme une sentence. J’acquiesce. L’humiliation rampe sous ma peau, chaude et silencieuse. Je viens d’un monde où je donnais des ordres. Aujourd’hui, je dois apprendre à les recevoir. Peut-être que c’est ce que je mérite.

Une voix s’élève dans mon dos. Grave, tranchante.

— C’est elle ?

Je me retourne. Kylian Astor se tient à quelques pas. Le milliardaire. Le maître des lieux. Mon nouveau patron.

Il ne sourit pas. Il ne salue pas. Ses yeux gris me détaillent comme un inventaire. Le menton levé, les mains dans les poches d’un pantalon parfaitement coupé, il dégage une autorité glaciale. Aucune chaleur. Aucune bienveillance.

— Elle est plus jeune que je l’imaginais, ajoute-t-il en s’adressant à madame Vence, pas à moi.

Je reste immobile. Mon prénom d’emprunt me paraît soudain ridicule. Il ne sait pas qui je suis. Il ne saura jamais. C’est mieux ainsi.

— Vous savez vous occuper d’un enfant ? demande-t-il enfin, les yeux toujours fixés sur moi comme si j’étais un détail gênant.

— Oui, monsieur.

— Vous n’avez pas d’expérience prestigieuse. Votre dossier est vide.

La remarque claque dans l’air. Madame Vence baisse la tête, gênée. Mon cœur se serre. Je déteste être jugée. Surtout sur ce que je ne montre pas.

— J’ai appris avec les enfants de ma famille, dis-je d’une voix calme.

— Votre famille.

Il répète le mot avec un sourire presque méprisant.

— Vous êtes issue d’une famille modeste, alors.

Ce n’est pas une question. C’est un constat. Une façon de me rappeler ma place. Je ravale la vérité. Je ravale le nom de ma mère, le nom de mon père, les écoles privées, les résidences, les voitures. Je ne suis plus cette fille-là. Pas aujourd’hui.

— Modeste, oui, je réponds doucement. Mais honnête.

Il plisse les paupières. Peut-être qu’il n’aime pas qu’on lui réponde avec assurance.

— Vous commencerez demain matin. La chambre de mon fils est au bout du couloir. Il a sept ans. Il est turbulent. Vous devrez vous adapter rapidement.

— Je le ferai.

— On verra.

Il tourne les talons sans un mot de plus. Mon souffle reste suspendu. L’air autour de moi est plus lourd. Mon cœur bat trop vite, mais je ne pleure pas. Pas ici. Pas devant eux.

Madame Vence m’accompagne jusqu’à une petite chambre sous les toits. Le contraste avec le reste de la maison est brutal. Un lit étroit, une armoire en bois, une fenêtre minuscule. La lumière entre à peine.

— Vous ne recevez pas de visites. Vous ne quittez pas la propriété sans autorisation. Votre téléphone reste en mode silencieux en présence de M. Astor.

— Je comprends.

Elle part sans un regard. Je m’assois sur le lit. Le matelas grince. Mes mains tremblent légèrement. Je les pose sur mes genoux pour les calmer.

Maman me manque. Sa voix, son parfum, sa façon de me dire que je valais mieux que l’argent, que les titres, que les apparences. Mais aujourd’hui, je doute. J’ai choisi de fuir ma fortune, mon héritage, mon identité. Pourquoi ? Pour me faire traiter comme une moins que rien par un homme qui ne voit que le rang social ?

Je ferme les yeux. Une larme coule. Je l’essuie vite. Ce n’est pas le moment de faiblir.

La nuit tombe sur la maison silencieuse. Je m’allonge sans me déshabiller. Le plafond est bas, la solitude immense. Je pense à Kylian Astor. À son mépris. À ses yeux gris comme l’orage. Je le déteste déjà. Pourtant, quelque chose dans sa voix, dans sa raideur, m’a transpercée.

Je me répète que je ne suis ici que pour me reconstruire. Que rien d’autre ne doit arriver.

Mais je mentirais si j’affirmais que je n’ai pas senti, dans ce hall trop grand, une étincelle sombre entre lui et moi. Une tension dangereuse, comme un fil tendu au-dessus du vide.

Je sers l’oreiller contre ma poitrine. Dehors, le vent hurle contre les vitres.

Et je comprends que cette maison ne me laissera pas partir indemne.

Patuloy na basahin ang aklat na ito nang libre
I-scan ang code upang i-download ang App

Pinakabagong kabanata

  • La nounou mystérieuse    Chapitre 28

    Chapitre 28KylianElle hésite.Je le vois dans ses yeux. Dans ses silences. Dans ses phrases commencées puis abandonnées. Séréna veut me dire quelque chose. Mais elle recule à chaque fois.Cela me ronge.Je pensais qu'entre nous la confiance était là. Solide. Évidente. Mais ses secrets nous éloignent. Elle ne me dit pas tout. Et je le sens.Ce matin, elle entre dans mon bureau. Son visage est pâle.— Tu as une minute ?— Je suis occupé.— C'est important.— Tout est toujours important.Elle se fige. Mon ton l'a blessée. Je ne m'excuse pas.— Kylian, je...— Tu veux encore me dire quelque chose sans me le dire ?— Ce n'est pas juste.— C'est la vérité.Elle baisse les yeux. Ses doigts se crispent sur sa robe.— Tu ne me fais pas confiance, dit-elle.— C'est toi qui ne me fais pas confiance.— Ce n'est pas ça.— Alors quoi ? Chaque fois que tu t'approches, tu fuis. Chaque fois que je tends la main, tu te refermes.— J'ai peur.— De moi ?— De ta réaction.— Tu vois ? Tu ne me fais pas

  • La nounou mystérieuse    Chapitre 27

    Chapitre 27SérénaJe dois lui dire.La vérité me pèse. Chaque jour un peu plus. Chaque baiser, chaque regard, chaque promesse me rappelle que je mens. Je ne peux plus continuer.Ce matin, je me prépare mentalement. Je répète les mots dans ma tête. Mon vrai nom. Mon héritage. Ma fortune. Tout.Kylian mérite la vérité.Je descends l'escalier. Mon cœur bat fort. Mes mains sont moites. Je le vois dans le hall. Il parle avec deux hommes en costume. Son visage est sombre. Il gesticule. Des dossiers. Des contrats.Il m'aperçoit. Il lève une main.— Pas maintenant, Séréna.— Je voulais te parler.— Plus tard.Il disparaît dans son bureau. Les portes claquent derrière lui. Je reste seule, les mots coincés dans la gorge.Ce n'est que partie remise.Je retourne auprès d'Adam. Il joue avec ses voitures. Je m'assois près de lui. Mais mon esprit est ailleurs.— Séréna, tu m'écoutes ? demande Adam.— Pardon, mon cœur. Qu'est-ce que tu disais ?— Je disais que papa il est toujours occupé.— Il trava

  • La nounou mystérieuse    Chapitre 26

    Chapitre 26KylianElle regarde par la fenêtre. Le ciel est gris. Son visage est fermé.Je m'approche doucement. Je passe mes bras autour de sa taille. Elle se laisse aller contre moi.— À quoi penses-tu ? demandé-je.— À tout ce qui pourrait nous détruire.— Rien ne nous détruira.— Tu ne peux pas le savoir.— Je le sais.Elle se retourne. Ses yeux sont tristes.— Le monde est cruel, Kylian. Les gens vont juger.— Laisse-les.— Et ta famille ? Tes associés ? La haute société ?— Rien ne m'importe à part toi et Adam.— Tu dis ça maintenant.— Je le penserai toujours.Elle baisse les yeux. Je pose ma main sous son menton. Je relève son visage.— Je ne laisserai jamais le monde extérieur décider de notre avenir, dis-je.— Tu ne pourras pas tout contrôler.— Je contrôlerai ce qui compte.— Et si mon passé revient ?— Nous l'affronterons ensemble.— Tu ne connais pas mon passé.— Alors raconte-le-moi.Elle hésite. Ses lèvres tremblent.— Je ne peux pas.— Pourquoi ?— Parce que j'ai peur

  • La nounou mystérieuse    Chapitre 25

    Chapitre 25SérénaAdam brûle de fièvre.Je le découvre en fin d'après-midi. Il est pâle, ses yeux brillent, il tremble sous sa couverture. Mon cœur se serre.— Séréna, j'ai froid, murmure-t-il.— Je suis là, mon cœur.J'appelle le médecin. Kylian est en réunion à l'extérieur. Madame Vence prévient la gouvernante. La maison s'agite. Moi, je reste près de lui.Le médecin arrive. Une angine sévère. Beaucoup de repos. Je hoche la tête. Je note tout.Adam s'endort difficilement. Je m'assois près du lit. Je lui tiens la main. Sa peau est chaude. Il respire vite.— Reste, souffle-t-il.— Je reste.La nuit tombe. Kylian n'est toujours pas rentré. Je ne bouge pas.Je rafraîchis son front avec un linge humide. Je lui donne de l'eau. Je lui lis une histoire d'une voix douce. Il s'accroche à mes doigts comme si j'étais sa bouée.Mon cœur se serre. Cet enfant n'a plus de mère. Et je suis là. Je veux être là.À minuit, la fièvre monte encore. J'appelle le médecin. Il me rassure. Je reste calme pou

  • La nounou mystérieuse    Chapitre 24

    Chapitre 24KylianJe la regarde dormir.Ses cheveux sombres étalés sur l'oreiller. Sa respiration lente. Ses lèvres entrouvertes. Elle est belle. Et elle est à moi.Je ne dors plus beaucoup. Je la veille. Je la protège. Je me surprends à imaginer un avenir avec elle.Un mariage. D'autres enfants. Une maison remplie de rires. Adam grandissant avec une mère.Je n'avais jamais pensé à tout ça. Pas depuis la mort d'Hélène.Séréna bouge légèrement. Elle ouvre les yeux.— Tu es réveillé ? murmure-t-elle.— Oui.— Depuis longtemps ?— Assez pour te regarder.Elle sourit, encore ensommeillée.— Tu es étrange.— Je suis amoureux.Elle se redresse. Ses joues rosissent.— Moi aussi.Elle se blottit contre moi. Je passe un bras autour de ses épaules.— Je veux te présenter au monde, dis-je.Elle se fige.— Pas encore.— Pourquoi ?— C'est trop tôt.— Je suis prêt.— Moi pas.Je me tourne vers elle. Son visage s'est fermé.— Tu as honte de moi ? demandé-je.— Non. Jamais.— Alors quoi ?Elle bais

  • La nounou mystérieuse    Chapitre 23

    Chapitre 23SérénaTout a changé.Nous nous voyons en secret. La nuit, quand la maison dort. Le jour, quand les couloirs sont vides. Nos regards se croisent souvent. Nos mains se frôlent parfois. Chaque geste devient un langage.Kylian est différent dans l'ombre. Plus doux. Plus patient. Il écoute. Il sourit. Il pose sa main sur ma joue sans raison.Je découvre un homme que je ne soupçonnais pas.Ce soir, nous sommes dans son bureau. Il travaille. Je lis, assise sur le canapé. Le silence est confortable. Je me sens chez moi.Il relève la tête.— Vous restez ?— Si vous voulez.— Je veux toujours.Mon cœur se réchauffe. Je pose mon livre. Il s'approche. Il s'assoit près de moi.— Vous êtes belle quand vous lisez.— Je suis belle tout le temps.Il rit. Un rire rare. J'adore.— Vous êtes impossible, dit-il.— Vous aussi.Il se penche. Ses lèvres effleurent ma tempe.— Je n'ai jamais ressenti ça.— Moi non plus.— C'est effrayant.— Oui.Il prend ma main. Il entrelace nos doigts.— Je ne

Higit pang Kabanata
Galugarin at basahin ang magagandang nobela
Libreng basahin ang magagandang nobela sa GoodNovel app. I-download ang mga librong gusto mo at basahin kahit saan at anumang oras.
Libreng basahin ang mga aklat sa app
I-scan ang code para mabasa sa App
DMCA.com Protection Status