LOGINChapitre 2
Kylian
Elle se tient là, droite comme une lame.
Son regard ne fuit pas. Ses mains ne tremblent pas. Elle me fixe avec une assurance qui frôle l'insolence.
Je n'aime pas ça.
Les femmes de mon entourage sourient, baissent les yeux, cherchent mon approbation. Elles veulent être vues, désirées, choisies. Cette fille, elle, se contente d'exister. Sans effort. Sans artifice.
Et c'est précisément ce qui m'agace.
— Votre dossier est vide, dis-je en laissant tomber la chemise sur la table.
Elle ne cille pas.
— Je l'ai rempli honnêtement.
— L'honnêteté ne remplace pas l'expérience.
— L'expérience ne remplace pas la patience.
Je fronce les sourcils. Personne ne me répond ainsi. Surtout pas une employée. Madame Vence s'agite près de la porte, visiblement nerveuse.
— Vous pouvez disposer, dis-je à la gouvernante.
Elle hésite, puis sort sans un bruit. Je reste seul avec la nouvelle nounou. Le silence se tend entre nous comme un fil.
— Comment vous appelez-vous ?
— Séréna.
— Séréna comment ?
— Séréna. Cela suffira.
Je serre la mâchoire. Elle se moque de moi. Elle ose.
— Vous êtes dans ma maison. Ici, je décide si cela suffit ou non.
— Vous m'avez engagée comme nounou, pas comme confidente.
Mes doigts se crispent sur le dossier du fauteuil. Cette femme me provoque sans même hausser la voix. Son calme est une arme. Je le sens. Je le déteste.
— Vous parlez bien pour une femme sans références.
— Parler bien n'a jamais été un crime.
— C'en est un quand on se cache.
Elle soutient mon regard. L'espace d'une seconde, quelque chose vacille dans ses prunelles. Une fêlure. Une ombre. Puis elle redresse le menton.
— Je ne me cache pas. Je me protège.
— De qui ?
— De ceux qui jugent avant de connaître.
La réplique claque. Je m'approche d'elle. L'air change. Devient lourd. Ses lèvres restent closes, mais sa respiration s'accélère. Je le remarque. J'ai l'habitude des corps qui réagissent à ma présence.
— Vous n'êtes pas comme les autres, dis-je à voix basse.
— Les autres cherchent à vous plaire.
— Et vous ?
— Je ne cherche rien.
— C'est ce qui vous rend dangereuse.
Elle recule à peine. Pas assez. Mon regard descend sur sa bouche, remonte. Je ne devrais pas. C'est une employée. Rien de plus.
— Vous devriez rejoindre votre fils, murmure-t-elle.
— Mon fils n'aime pas les étrangers.
— Il m'a parlé.
— Il teste.
— Comme son père.
Je souris, mais sans chaleur. Elle est intelligente. Trop. Cela m'irrite autant que cela m'attire.
— Vous êtes renvoyée si vous franchissez une limite, dis-je.
— Je n'en ai pas l'intention.
— Alors pourquoi vos yeux brillent comme un défi ?
Elle se tait. Son visage se ferme. Je viens de toucher un point sensible. Elle ne veut pas se l'avouer, mais elle ressent la même tension que moi. Cette électricité sourde qui rampe entre nous depuis qu'elle est entrée.
— Je vais voir Adam, dit-elle enfin.
— Je n'ai pas terminé.
— Moi si.
Elle tourne les talons. Je la rattrape par le poignet. Sa peau est chaude sous mes doigts. Elle tressaille.
— Ici, c'est moi qui décide quand une conversation se termine.
— Alors décidez vite. Votre fils attend.
Le nom d'Adam me heurte. Elle s'en sert comme d'un bouclier. Je lâche son poignet. Elle part sans se retourner.
Je reste planté dans le bureau, le cœur battant plus fort qu'il ne devrait. Elle ne me plaît pas. Elle m'obsède. Ce n'est pas la même chose.
Le soir, je la croise dans le couloir. Elle aide Adam à ranger ses jouets. Elle s'agenouille, lui sourit. Un sourire doux, sincère. Rien à voir avec l'attitude froide qu'elle m'a opposée tout à l'heure.
Adam rit. Un son clair. Rare. Je m'arrête derrière la porte entrouverte.
— Tu crois que papa il m'aime ? demande Adam.
La question me transperce. Séréna pose une main sur son épaule.
— Un papa qui tient à toi revient toujours.
— Il est souvent parti.
— Peut-être qu'il pense que tu es assez fort pour comprendre.
Adam baisse la tête.
— Je voudrais qu'il reste.
Je ferme les yeux. Une douleur sourde m'étreint. Je sais que je ne suis pas assez présent. Je n'ai pas le luxe d'être un père tendre. Pas dans ce monde.
Séréna relève la tête. Nos regards se croisent par l'entrebâillement de la porte. Elle me voit. Elle a entendu. Elle ne dit rien.
C'est pire que tout.
Je m'éloigne. Dans mon bureau, je me sers un verre de whisky. Le liquide brûle ma gorge. Mais pas autant que cette femme.
Elle me voit tel que je suis. Froid. Absent. Insuffisant.
Et pourtant, elle ne baisse pas les yeux.
Plus tard, je monte à l'étage. La chambre de Séréna se trouve au bout du couloir. Je passe devant sans ralentir. Mais je m'arrête malgré moi. Une lumière filtre sous la porte.
Elle ne dort pas.
Je tends la main vers la poignée, puis je me ravise. Ce serait une erreur. Une faiblesse. Je n'ai pas le droit de laisser cette femme entrer dans ma tête.
Mais en redescendant, je sais déjà qu'il est trop tard.
Elle y est déjà.
Chapitre 51KylianLa salle de réunion est silencieuse.Je regarde par la fenêtre. La ville s'étend sous mes yeux. Je consulte ma montre. Dix-huit heures. Elle est en retard.Je soupire. Je m'assois. Je feuillette le dossier une énième fois. Serena Delys. Insaisissable. Redoutable. Je veux voir son visage. Comprendre qui se cache derrière ce nom.La porte s'ouvre.Je me lève. Une femme entre. Tailleur noir. Talons hauts. Démarche assurée. Ses cheveux sombres sont tirés en arrière. Son regard balaie la pièce avant de se poser sur moi.Je reste figé.Elle est belle. Élégante. Autoritaire. Elle dégage une puissance qui remplit l'espace. Quelque chose en elle me trouble. Une familiarité. Une étrange
Chapitre 50SérénaLa porte s’ouvre sans un bruit.Léa entre, un dossier à la main. Son visage est neutre, mais je la connais. Quelque chose ne va pas.— Madame, nous avons un problème.— Encore ?— Le groupe Astor demande une rencontre.Mon stylo s’arrête sur le papier. Mon cœur aussi.— Astor ?— Kylian Astor en personne. Il veut discuter d’un partenariat stratégique.Je repose mon stylo. Lentement. Mon sang bat trop fort.— Refusez.— Madame, ce n’est pas possible. Ils sont en position de force sur ce dossier. Si nous refusons, nous perdons l’acquisition.— Alors trouvez un autre mo
Chapitre 49KylianLe dossier est posé sur mon bureau.Je l’ouvre. Des chiffres. Des acquisitions. Des stratégies. Une femme. Serena Delys.Je l’ai déjà entendu quelque part. Un dîner. Un associé. Un nom qui traîne.Je feuillette. Elle a racheté trois entreprises en six mois. Elle a doublé leur chiffre d’affaires. Elle a renvoyé les conseils d’administration. Elle a imposé ses règles.Intelligente. Impitoyable. Redoutable.Mon assistante entre.— Monsieur, vous avez demandé le rapport sur Delys.— Je l’ai.— Elle est en train de devenir la première fortune du pays.— Je vois.— Elle
Chapitre 48SérénaLes flashs crépitent.Je traverse le hall de l’hôtel d’un pas rapide. Les journalistes se pressent derrière les cordons. Leurs appareils photo claquent. Leurs voix se chevauchent.— Madame Delys ! Un mot !— Qui êtes-vous vraiment ?— D’où vient votre fortune ?Je ne réponds pas. Je ne tourne pas la tête. Mon assistante me précède. Deux gardes du corps ouvrent la voie. Je monte dans la voiture. La portière claque. Le silence revient.Léa me tend un dossier.— Les articles sont sortis ce matin. Ils parlent de vous.— Je sais.— Ils veulent tous une interview exclusive.— R
Chapitre 47KylianLa vue est imprenable. Toute la ville s’étend à mes pieds. Les lumières, les buildings, le fleuve. J’ai tout construit. Tout.Mais je ne ressens rien.Je repose mon verre de whisky. Le cristal claque sur le bureau. Un bruit sec. Vide. Comme moi.— Monsieur Astor, le contrat est signé. Félicitations.Mon assistante se tient dans l’embrasure. Jeune. Efficace. Impersonnelle.— Bien. Vous pouvez disposer.— Vous avez une réunion demain à huit heures.— Je sais.— Et un dîner de gala à vingt heures.— Annulez.— Monsieur, tout le gratin sera là.— J’ai dit annule
Chapitre 46SérénaSept ans.J'ai compté chaque jour. Chaque nuit. Chaque heure où j'ai cru que j'allais m'effondrer.Mais je ne me suis pas effondrée.Je suis debout. Plus forte. Plus dure. Plus respectée. Plus crainte.Mon bureau surplombe la ville. Les gratte-ciel s'étendent à perte de vue. Les lumières clignotent. Le monde s'agite en bas. Moi, je reste immobile. Je regarde.— Madame Delys, votre réunion de onze heures est prête.— J'arrive.Je me lève. Mon tailleur est impeccable. Mes talons claquent sur le sol. Mon parfum est discret. Tout en moi respire le contrôle.Mon assistante me suit. Elle s'appelle Léa. Elle a peur de moi. Comme les autres. Elle me tend un do







