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Chapitre 5

last update Tanggal publikasi: 2026-09-07 08:51:32

Chapitre 5

Séréna

Le regard de Camille me glace avant même qu'elle n'ouvre la bouche.

Elle est l'une des secrétaires de Kylian. Toujours impeccable, toujours hautaine. Elle me croise dans le couloir, près de la cuisine, et s'arrête. Son sourire est un couteau.

— Alors, c'est vous, la nouvelle nounou.

— Oui.

— On m'a dit que vous veniez de nulle part.

Je serre les doigts autour du plateau que je tiens. Je ne réponds pas. Le silence est ma seule protection.

— Pas de diplôme. Pas de recommandation. Rien. Vous êtes arrivée comme une mendiante.

L'humiliation frappe. Sourde. Brûlante. Je ravale la vérité. Ma fortune. Mon héritage. Le nom que je cache. Je pourrais acheter cette maison dix fois sans sourciller. Mais je ne dirai rien.

— Vous n'avez pas honte ? reprend-elle. Une fille sans éducation qui s'occupe de l'enfant de M. Astor. C'est risible.

— Je fais mon travail.

— Votre travail. Vous parlez comme une domestique. C'est tout ce que vous êtes.

Ses paroles claquent dans le couloir vide. Je baisse les yeux. L'humiliation me ronge. Pas parce que je la crois. Mais parce que je me souviens.

Maman me disait toujours : "On ne juge pas les gens sur leur naissance, mais sur leur cœur."

Elle me manque tellement.

— Vous ne dites rien ? insiste Camille.

— Que voulez-vous que je dise ?

— Que vous reconnaissez votre place.

— Je connais ma place. Et vous ne me la dicterez pas.

Son sourire se fige. Elle s'approche. Son parfum est écœurant.

— Vous vous croyez maligne. Mais M. Astor se lasse vite. Vous partirez bientôt, comme les autres.

— C'est possible.

— Alors pourquoi vous accrochez-vous ?

Je relève enfin la tête.

— Parce que je n'ai nulle part où aller. Et que l'enfant a besoin de quelqu'un.

Camille éclate d'un rire sec.

— L'enfant. Il ne vous appartient pas. Vous n'êtes pas sa mère. Vous n'êtes rien.

Le mot me transperce. Rien. J'ai passé des années à me battre pour ne plus être réduite à ce mot. Et pourtant, ici, il revient. Encore.

— Vous avez fini ? demandé-je d'une voix calme.

— Vous me dégoûtez.

— Je peux partir ?

— Allez-y. Retournez dans votre chambre de bonne. C'est là que les gens comme vous doivent rester.

Je passe devant elle. Mes jambes tremblent. Mais je tiens. Je monte l'escalier. Chaque marche pèse. La colère monte. La douleur aussi.

Dans ma chambre, je ferme la porte. Je pose le plateau. Mes mains tremblent. Je m'assois sur le lit. Les larmes montent. Je les retiens. Pas maintenant. Pas ici.

Maman me répétait que la dignité ne se perd jamais. Mais ce soir, j'ai l'impression de l'avoir laissée dans ce couloir.

Je repense à Camille. À son mépris. Elle ne sait pas qui je suis. Personne ne le sait. Et pourtant, ses mots me blessent comme si elle voyait à travers mon armure.

J'ai peur. Peur qu'on ne voie que l'apparence. Peur que Kylian ne regarde que mon uniforme. Peur de n'être jamais assez.

On frappe à la porte. Je sursaute.

— Oui ?

— C'est Adam.

Je respire un grand coup. J'essuie mes yeux. J'ouvre.

Adam se tient là, l'air inquiet.

— Pourquoi t'as pleuré ?

— Je n'ai pas pleuré.

— T'as les yeux rouges.

Il entre, s'assoit sur mon lit sans y être invité.

— C'est à cause de la dame méchante ?

— Quelle dame ?

— Je l'ai entendue. Elle t'a dit que tu n'étais rien.

Mon cœur se serre. Je m'accroupis devant lui.

— Ce que dit cette dame ne compte pas.

— Pourquoi ?

— Parce que la vérité, c'est que tu comptes pour moi. Et que je suis là pour toi.

— C'est vrai ?

— C'est vrai.

Il me regarde intensément, puis il me prend la main.

— Moi aussi, tu comptes.

Je fonds en larmes. Je ne peux plus les retenir. Adam me serre maladroitement dans ses bras.

— Pleure pas, Séréna. Je suis là.

Cette petite voix. Cette douceur. Je pleure contre lui. Pas pour Camille. Pour maman. Pour tout ce que j'ai perdu. Pour la peur d'être jugée.

Plus tard, je le couche. Il s'endort en tenant mon doigt. Je reste un long moment près de lui. Son souffle me calme.

En sortant, je croise Kylian dans le couloir. Il s'arrête. Son regard s'attarde sur mon visage.

— Vous avez pleuré.

— Non.

— Vous mentez mal.

Il s'approche. Je ne recule pas.

— Qui vous a fait pleurer ?

— Personne.

— Séréna.

Mon prénom dans sa bouche me désarme. Je baisse les yeux.

— Une employée m'a rappelé que je n'étais rien ici.

— Son nom.

— Cela n'a pas d'importance.

— Pour moi, si.

Je relève la tête. Il me fixe avec une intensité presque violente.

— Je ne veux plus de ça dans ma maison, dit-il.

— Votre maison est remplie de mépris. Je ne vais pas changer ça.

— Vous n'avez pas à le subir.

— Je subis depuis longtemps.

Il serre la mâchoire.

— Je vais régler ça.

— Ne faites rien. Cela ne fera qu'aggraver les choses.

— Vous préférez souffrir en silence ?

— Je préfère rester invisible.

Il se penche légèrement. Son souffle effleure ma tempe.

— Vous n'êtes pas invisible, Séréna.

Je frissonne. Il part avant que je puisse répondre. Je reste dans le noir, le cœur battant à tout rompre.

Il a dit mon prénom. Il m'a défendue. Et pour la première fois depuis des jours, je ne me sens plus tout à fait rien.

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