LOGINChapitre 36
Léandre
Ce photographe, ce Raphaël, cet homme qui est arrivé ce matin avec son vieux Leica en bandoulière et ses airs de héros venant délivrer la princesse, ce photographe la connaît mieux que moi, et cette vérité, cette vérité que je n'arrive pas à chasser de mon esprit depuis qu'il a franchi les grilles du manoir, me ronge comme un acide, me dévore de
Chapitre 56LéandreJe lui écris tous les jours, depuis le premier jour de son départ, depuis la première minute de son absence, depuis que la porte du manoir s'est refermée sur elle et que mon monde s'est éteint, et je lui écris comme on prie, comme on confesse, comme on se jette dans le vide en espérant que quelqu'un vous rattrapera, et chaque matin, avant même de prendre mon café, avant même d'ouvrir les rideaux, avant même de regarder le ciel gris qui pèse sur ce domaine comme un couvercle de plomb, je m'assois à mon bureau, je prends une feuille de papier, je saisis mon stylo, et je lui écris, je lui écris tout ce que je ne peux pas lui dire, tout ce que je n'ai jamais su lui dire, tout ce que je voudrais qu'elle sache sans avoir le courage de le lui envoyer.Des lettres que je n'enverrai peut-être jama
Chapitre 55NaéliaJe me suis installée au bord de la mer, dans une petite maison de pêcheur que Raphaël avait dénichée je ne sais comment, une maison blanche aux volets bleus, perchée sur une falaise qui surplombait l'océan, et de ma fenêtre, je voyais les vagues se briser sur les rochers en contrebas, inlassablement, éternellement, comme un métronome qui rythmait ma douleur, comme une respiration qui m'empêchait d'oublier que j'étais encore vivante, que mon cœur battait encore, que mes poumons se remplissaient encore d'air salé, même si tout en moi était mort, même si tout en moi avait été réduit en cendres par les révélations de Clarisse, par les aveux de Léandre, par cette vérité que je n'arrivais toujours pas à accepter.Le bruit des vagu
Chapitre 54LéandreElle est partie avec Raphaël, et je n'ai pas levé le petit doigt pour la retenir, je n'ai pas prononcé un seul mot, je n'ai pas esquissé le moindre geste, je suis resté planté dans le hall, les bras ballants, le regard fixé sur la porte qu'elle venait de franchir, et cette immobilité, cette paralysie qui m'a saisi au moment où elle a glissé sa main dans celle de ce photographe, n'était pas de la lâcheté, n'était pas de l'orgueil, n'était pas de la résignation, c'était pire que tout cela, c'était la certitude que je n'en avais pas le droit, que je n'avais jamais eu le droit de la retenir, que depuis le début, depuis le premier jour, depuis la première fois que j'avais posé les yeux sur elle dans cette bibliothèque poussiéreuse, je n'avais fait que la séq
Chapitre 54LéandreElle est partie avec Raphaël, et je n'ai pas levé le petit doigt pour la retenir, je n'ai pas prononcé un seul mot, je n'ai pas esquissé le moindre geste, je suis resté planté dans le hall, les bras ballants, le regard fixé sur la porte qu'elle venait de franchir, et cette immobilité, cette paralysie qui m'a saisi au moment où elle a glissé sa main dans celle de ce photographe, n'était pas de la lâcheté, n'était pas de l'orgueil, n'était pas de la résignation, c'était pire que tout cela, c'était la certitude que je n'en avais pas le droit, que je n'avais jamais eu le droit de la retenir, que depuis le début, depuis le premier jour, depuis la première fois que j'avais posé les yeux sur elle dans cette bibliothèque poussiéreuse, je n'avais fait que la séq
Chapitre 53NaéliaSept ans de douleur, sept ans de solitude, sept ans à me demander ce que j'avais fait de mal, ce que j'avais bien pu faire pour mériter cet exil, cet abandon, cette trahison, et aujourd'hui, je découvre que tout cela, tout cela que j'attribuais à la malchance, à la fatalité, à la cruauté du destin, était en réalité l'œuvre d'un homme, d'un seul homme, de l'homme que j'aimais, de l'homme qui prétendait m'aimer, de l'homme qui se tenait devant moi, les yeux pleins de larmes, la voix brisée, en me répétant que c'était pour mon bien, que c'était pour me sauver, que c'était un sacrifice qu'il avait fait pour moi, par amour pour moi, et ces mots, ces mots qui auraient dû être une consolation, sont au contraire la pire des insultes, la pire des humiliations, parce qu'ils transforme
Chapitre 52LéandreElle a tout avoué devant Naélia, sans hésiter, sans trembler, sans le moindre scrupule, elle a étalé les documents sur la table, elle a raconté dans le détail ce que j'avais fait, ce que j'avais payé, ce que j'avais orchestré, et elle l'a fait avec une joie mauvaise, avec une jubilation vengeresse, avec cette cruauté souriante qui est la marque des grandes dames de son rang, et moi, j'étais là, debout près de la cheminée, pétrifié, incapable de l'interrompre, incapable de la faire taire, incapable de nier ce qui était écrit noir sur blanc, ce qui était signé de ma main, ce qui constituait la preuve irréfutable de ma trahison.Je n'ai pas pu nier, je ne pouvais pas nier, les faits étaient là, les preuves étaient accablantes, et Na







