LOGINChapitre 37
Élara
Raphaël est mon atout, mon joker, ma carte maîtresse dans cette partie d'échecs que je joue contre ma sœur depuis le jour de sa naissance, et je l'ai compris dès que je l'ai vu franchir les grilles du manoir Bellac, dès que j'ai surpris son regard quand il a posé les yeux sur Naélia, ce regard qui n'était pas seulement celui d'un ami, d'un confident, d'un compagnon d'e
Chapitre 68ÉlaraValère est plus dangereux que je ne le pensais, plus dangereux que tout ce que j'avais imaginé, plus dangereux que tous les alliés que j'avais recrutés jusqu'ici, et quand je l'ai rencontré pour la première fois, dans ce café discret de la vieille ville où il m'avait donné rendez-vous, quand j'ai vu son visage, ses yeux, cette lueur sombre qui brûlait au fond de ses prunelles comme une flamme qui ne s'éteint jamais, j'ai compris que j'avais trouvé bien plus qu'un simple complice, j'avais trouvé un frère d'armes, un frère de haine, un frère de vengeance, un homme qui partageait avec moi cette dévotion absolue à la destruction de Naélia Verne, cette obsession qui nous consumait et nous nourrissait en même temps, cette rage qui était devenue la seule raison de notre existence.
Chapitre 67ValèreJe suis le fils caché d'Armand Duroc, le fruit d'une liaison que mon père a entretenue pendant des années avec une femme qui n'était pas la sienne, une femme qui l'a aimé en secret, qui l'a protégé, qui l'a caché aux yeux du monde, et cette femme, c'était ma mère, une mère qui m'a élevé dans l'ombre, dans le silence, dans la honte, en me répétant chaque jour que je portais le nom d'un homme que les Bellac avaient détruit, que les Bellac avaient ruiné, que les Bellac avaient poussé vers la mort sans jamais avoir à répondre de leurs crimes, et ce nom, ce nom que je porte comme une cicatrice, comme une malédiction, comme une promesse de vengeance, est aujourd'hui la seule chose qui me maintient en vie, la seule chose qui me donne la force de continuer, la seule chose qui me
Chapitre 66LéandreElle a ouvert, et je n'arrive toujours pas à y croire, je n'arrive toujours pas à comprendre comment ma main ne tremblait pas, comment ma voix ne s'est pas brisée, comment mon cœur ne s'est pas arrêté quand le battant a pivoté sur ses gonds et qu'elle est apparue dans l'embrasure, silhouette alourdie par la grossesse, silhouette que la lune découpait sur le seuil comme une icône, comme une madone, comme la plus belle chose que j'aie jamais vue de toute mon existence, et cette beauté, cette beauté qui n'était pas celle des magazines, cette beauté qui était celle de la vie, de l'amour, de l'espoir incarné dans une femme qui portait mon enfant, m'a frappé en pleine poitrine avec une violence qui m'a presque fait vaciller.Elle était là, dans l'embrasure, et sa robe ample ne ca
Chapitre 65NaéliaIl m'a lu des poèmes derrière la porte hier soir, des poèmes qu'il a écrits, des poèmes qui ne sont pas de Baudelaire ni de Verlaine ni d'aucun de ces poètes que nous lisions ensemble dans la bibliothèque du manoir quand nous avions seize ans et que le monde était encore simple, et sa voix était rauque, presque cassée, une voix d'homme qui a trop pleuré, une voix d'homme qui a trop crié dans le silence, une voix d'homme qui a passé des nuits entières à écrire ces vers sur des feuilles volantes en espérant qu'un jour, peut-être, il trouverait le courage de les lire à la femme pour qui ils avaient été écrits.Je ne dormais pas, je ne dormais plus depuis des semaines, depuis des mois, depuis que j'avais quitté le manoir, depuis que j'avais d
Chapitre 64LéandreLa nuit, j'entends des bruits, des bruits ténus, presque imperceptibles, qui traversent la cloison de briques et de plâtre comme des ondes silencieuses, et je les connais maintenant, je les reconnais entre tous, le grincement du sommier quand elle se retourne dans son lit, le froissement des draps quand elle se lève pour boire un verre d'eau, le bruit de ses pieds nus sur le parquet de sa chambre, et chaque bruit est une histoire, chaque craquement est un chapitre, chaque murmure étouffé est une confidence que la nuit me livre sans le vouloir.Elle dort mal, je le sais depuis la première nuit, depuis que j'ai emménagé dans cette maison mitoyenne avec pour seul bagage quelques cartons et pour seule ambition d'être près d'elle sans jamais l'importuner, et je l'entends se lever à deux heures du matin, à trois heures,
Chapitre 63NaéliaIl a acheté la maison voisine, la petite maison mitoyenne à la mienne, celle qui était à vendre depuis des mois et dont les volets gris battaient au vent chaque fois que la tempête montait de la mer, et je l'ai vu par la fenêtre ce matin, en écartant le rideau, alors que je buvais mon thé brûlant les mains serrées autour de la tasse pour me réchauffer, et mon cœur s'est arrêté, ma respiration s'est bloquée, ma main s'est figée sur le tissu comme si le temps lui-même venait de suspendre son cours.Il était là, en train de porter des cartons, de simples cartons bruns qu'il empilait sur le trottoir avant de les rentrer un par un dans la maison vide, et il ne portait pas un costume trois pièces comme au manoir, il ne portait pas cette armure de soie et de lin qui le r







