MasukChapitre 66RosaLes jours suivants, nous sommes inséparables. Ce qui s'est passé cette nuit-là, dans ma chambre, sous la lune, n'a pas seulement scellé notre union physique, il a fondu les dernières glaces, brisé les dernières barrières, ouvert la dernière porte derrière laquelle nous nous cachions encore, l'un de l'autre, l'un à l'autre. Maintenant, il n'y a plus de distance entre nous, plus de retenue, plus de peur. Il n'y a que cette évidence, cette certitude, cette nécessité qui nous lie, qui nous pousse l'un vers l'autre, qui fait que nous ne pouvons plus être séparés, que nous ne voulons plus être séparés, que nous ne concevons plus la vie autrement qu'ensemble, côte à côte, main dans la main.Il m'emmène partout. Sa main ne quitte plus la mienne, ou bi
Chapitre 65LorenzoLa lumière du matin filtre à travers les rideaux de lin, une lumière pâle, douce, presque timide, qui caresse les meubles, le parquet, les draps froissés, comme si l'aube elle-même retenait son souffle pour ne pas troubler ce moment, pour ne pas briser cette paix fragile qui emplit la chambre. Les particules de poussière dansent dans les rais de soleil, montent, descendent, tourbillonnent avec une lenteur infinie, et l'odeur de la cire, du vieux bois, de la lavande, flotte dans l'air, mêlée à celle, plus subtile, plus intime, de nos deux corps enlacés. Je me réveille lentement, les sens engourdis, le corps lourd de sommeil et d'amour, l'esprit embrumé par les souvenirs de la nuit, par les images qui défilent derrière mes paupières encore closes, ses yeux, ses lèvres, sa peau, ses gémissements, son pr&
Chapitre 64RosaLe baiser dans la bibliothèque a tout changé, tout embrasé, tout consumé. Les mots sont restés suspendus dans l'air chargé de poussière et de cire, les livres ont été témoins silencieux de notre abandon, leurs dos de cuir usé luisant faiblement sous la lueur des lampes à huile, leurs pages jaunies frémissant comme si elles retenaient leur souffle, comme si elles aussi attendaient ce qui allait suivre, ce qui allait inévitablement suivre. Le globe terrestre, sur son piédestal de bronze, a cessé de tourner, ou peut-être est-ce le monde entier qui s'est arrêté, suspendu à ce baiser, à ce vertige, à cette chute. Quand nos lèvres se sont séparées, quand nos souffles se sont mêlés dans un halètement commun, il a posé son
Chapitre 63LorenzoLes jours ont passé, et quelque chose a changé entre nous, quelque chose de subtil, d'imperceptible, de puissant comme une marée qui monte sans qu'on s'en rende compte, qui recouvre tout, qui transforme le paysage, qui redessine les contours du monde. Elle est là, toujours là, dans la bibliothèque, dans le jardin, dans les couloirs du palais qu'elle arpente librement, sa clé à la main, sa bague au doigt, le faucon aux ailes déployées qui brille sous la lumière des lampes, et je la regarde, je ne cesse de la regarder, de la chercher, de la trouver, de la perdre et de la retrouver, comme un navigateur perdu en mer cherche l'étoile qui le guidera jusqu'au port.Ce soir, la bibliothèque est plongée dans une pénombre douce, seulement éclairée par les lampes à huile et par la lune qu
Chapitre 62RosaLe vent est tombé, le jardin s'est apaisé, et nous sommes restés longtemps sur le banc de pierre, silencieux, côte à côte, à regarder les nuages glisser dans le ciel blanc, à écouter le merle qui chantait quelque part dans les branches nues des pommiers, à sentir la mousse sous nos doigts, la pierre froide sous nos cuisses, l'air vif de mars sur nos visages. Puis Lorenzo s'est levé, il m'a tendu la main, et je l'ai suivie sans un mot, sans une question, parce que je savais qu'il avait quelque chose à me dire, quelque chose de lourd, quelque chose d'ancien, quelque chose qui pesait sur son cœur depuis trop longtemps et qu'il avait besoin de partager, de déposer, de libérer.Il m'a conduite dans un salon que je ne connaissais pas, un petit salon intime, aux murs couverts de boiseries sombres,
Chapitre 61LorenzoLe printemps tarde à venir cette année, mais il y a dans l'air quelque chose de nouveau, une douceur naissante, un parfum de terre humide et de bourgeons timides qui perce à travers la froideur de mars, qui s'insinue entre les pierres du palais, qui réveille les mousses endormies et fait frissonner les feuilles du lierre. Je l'emmène au jardin intérieur. Je lui prends la main sans un mot, sans explication, sans préambule, et elle me suit comme elle me suit toujours, avec cette confiance absolue qui me terrifie et qui m'émeut, avec cette docilité qui n'en est pas une, qui est un choix, une volonté, une liberté donnée librement. La porte-fenêtre s'ouvre sur le petit enclos de pierre, sur les dalles inégales où poussent des herbes folles, des pissenlits aux fleurs fermées, des plantains aux feuilles larges, des gram
Chapitre 59LorenzoL'aube est pleinement levée maintenant, une lumière blanche et froide qui noie le couloir, qui efface les ombres, qui fait briller les dalles de pierre comme des miroirs ternis. Je me suis relevé, les
Chapitre 58RosaLa nuit a été longue, interminable, un gouffre sans fond peuplé de pensées noires et de questions sans réponses. Après son départ, après ce "trop tard" qui résonne encore dans
Chapitre 56RosaCette nuit-là, je ne dors pas.Le palais s'est refermé sur lui-même comme un poing de pierre, les domestiques ont regagné leurs quartiers, les gardes ont pris leur poste dans les couloirs si
Chapitre 55LorenzoLa fumée de la détonation flotte encore dans l'air confiné de la cave, une volute grise qui s'étire, qui se dilue, qui disparaît lentement dans la lumière crue des ampoules électriques. L







