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Chapitre 3

Author: Meli
last update publish date: 2026-08-19 20:41:37

Chapitre 3

Le lendemain matin, Livia se réveilla avec la désagréable impression de n’avoir fermé les yeux que quelques minutes.

Son corps tout entier lui faisait mal.

Pourtant, elle n’avait pas le temps de s’apitoyer sur son sort.

Après avoir préparé le petit-déjeuner de Grachi et vérifié qu’elle avait bien pris ses médicaments, elle quitta l’appartement pour se rendre à l’université.

Les cours lui semblèrent interminables.

À la pause de midi, son téléphone vibra.

C’était son patron.

— Sinclair, où êtes-vous ?

— À l’université, monsieur. Mon service ne commence qu’à quatorze heures.

— Oubliez quatorze heures. Venez tout de suite. Une collègue est absente.

Livia jeta un coup d’œil à l’amphithéâtre.

Encore deux heures de cours.

Elle ferma les yeux.

— J’arrive.

Elle raccrocha avant de ranger rapidement ses affaires.

Le professeur la vit quitter la salle.

— Mademoiselle Sinclair !

Elle se retourna.

— Oui, monsieur ?

— Vous partez avant la fin ?

— Je suis désolée… je dois aller travailler.

Le professeur soupira.

— À ce rythme, vos résultats vont chuter.

— Je le sais.

— Réfléchissez à vos priorités.

Si seulement c’était aussi simple…

Elle quitta l’université en courant.

Le café ne désemplissait pas.

À peine arrivée, son patron lui tendit un plateau.

— Table neuf.

— Je n’ai même pas eu le temps…

— Les clients attendent !

Sans répondre, Livia enfila son tablier et se mit immédiatement au travail.

Les commandes s’accumulaient.

Les clients entraient sans interruption.

Elle courait d’une table à l’autre, les bras chargés de boissons brûlantes.

Au même moment, plusieurs voitures noires s’arrêtèrent devant le café.

Les conversations s’interrompirent presque aussitôt.

Les regards se tournèrent vers l’entrée.

Un homme descendit de la première voiture.

Grand.

Une carrure imposante.

Un costume gris anthracite parfaitement taillé.

Une montre dont le prix devait dépasser plusieurs années de salaire de Livia.

Son visage était d’une beauté froide.

Des yeux gris acier.

Des traits sévères.

Aucun sourire.

Il avançait avec l’assurance de quelqu’un qui avait l’habitude d’être obéi.

Derrière lui marchaient deux gardes du corps et un homme plus jeune au sourire beaucoup plus chaleureux.

— C’est lui…

— Tu le reconnais ?

— Bien sûr.

— Elias Voss…

— Et son frère, Adam.

Les murmures envahirent le café.

Livia, elle, n’avait rien entendu.

Elle était trop occupée.

Le patron accourut vers les nouveaux arrivants.

— Monsieur Voss ! Quel honneur de vous recevoir.

Elias ne répondit pas.

Il se contenta de retirer ses gants en cuir avant de prendre place près de la baie vitrée.

Adam adressa un sourire poli au personnel.

— Bonjour.

— Bonjour, monsieur.

Le patron se retourna brusquement.

— Sinclair !

— Oui ?

— Occupez-vous personnellement de cette table.

— Très bien.

Elle attrapa un carnet avant de s’approcher.

Sans lever les yeux, elle demanda d’une voix professionnelle :

— Bonjour. Que souhaitez-vous commander ?

Adam sourit.

— Un chocolat chaud pour moi.

Livia nota.

Puis elle tourna son regard vers l’homme assis en face.

Elias ne la regardait même pas.

Ses yeux étaient rivés sur une tablette électronique.

— Monsieur ?

Aucune réponse.

Elle répéta.

— Monsieur ?

Adam donna un léger coup de coude à son frère.

Elias leva enfin les yeux.

Leurs regards se croisèrent.

Pendant une seconde, le temps sembla suspendu.

Les yeux gris d’Elias détaillèrent rapidement la jeune femme.

Simple uniforme noir.

Cheveux châtains attachés à la va-vite.

Aucun maquillage.

Mais un regard étonnamment fier.

Il finit par répondre d’une voix grave.

— Un café noir. Sans sucre.

— Très bien.

Elle repartit aussitôt.

Quelques minutes plus tard, elle revint avec les commandes.

À cet instant précis, un enfant traversa soudainement le café en courant.

— Lucas ! Reviens ici !

Sa mère se leva précipitamment.

L’enfant percuta Livia de plein fouet.

Le plateau bascula.

Le café brûlant se renversa directement sur la veste hors de prix d’Elias.

Un silence de mort envahit le café.

Personne n’osa respirer.

Le patron pâlit.

Adam écarquilla les yeux.

Les gardes du corps firent un pas en avant.

Livia resta figée.

— Mon Dieu…

Elle posa immédiatement le plateau.

— Je suis vraiment désolée.

Elias baissa lentement les yeux vers sa veste trempée.

Son visage demeurait impassible.

Pourtant, l’atmosphère devint glaciale.

Le patron arriva en courant.

— Monsieur Voss ! Je suis profondément désolé !

Il se tourna aussitôt vers Livia.

— Espèce d’idiote !

Avant qu’il ne puisse lever la main sur elle, une voix grave résonna dans tout le café.

— Ne la touchez pas.

Le patron s’immobilisa.

Tous les regards se tournèrent vers Elias.

Il se leva lentement.

Sa grande taille obligea Livia à relever la tête pour le regarder.

— C’était un accident, dit-il d’un ton calme.

Le patron balbutia.

— Mais… votre veste…

— Elle peut être remplacée.

Livia souffla discrètement.

— Je suis vraiment désolée, monsieur.

Elias plongea son regard dans le sien.

— Les excuses ne changent rien aux faits.

Elle soutint son regard.

— Je le sais. Mais je n’ai pas fait exprès.

Une étrange tension s’installa entre eux.

Aucun des deux ne baissait les yeux.

Adam observa la scène avec curiosité.

Habituellement, les gens évitaient de regarder Elias en face.

Cette jeune serveuse, elle, semblait incapable d’avoir peur de lui.

Après quelques secondes, Elias retira calmement sa veste.

— Ce n’est rien.

Il se tourna vers Adam.

— Nous partons.

— Déjà ?

— Oui.

Adam se leva à son tour, non sans adresser un sourire rassurant à Livia.

— Bonne journée.

— Merci… monsieur.

Les deux frères quittèrent le café sous le regard de tous les clients.

À peine la porte franchie, le patron explosa.

— Tu te rends compte de ce que tu viens de faire ?

— Je suis désolée…

— Désolée ? Tu viens de renverser du café sur l’homme le plus influent de cette ville !

— C’était un accident.

— Tu es renvoyée !

Le visage de Livia se décomposa.

— Monsieur, je vous en prie…

— Récupère tes affaires et quitte mon établissement.

— J’ai besoin de ce travail.

— Ce n’est plus mon problème.

Les larmes montèrent aux yeux de Livia, mais elle les ravala.

Sans dire un mot de plus, elle retira lentement son tablier.

Elle adressa un dernier regard au café dans lequel elle avait travaillé pendant près de deux ans.

Puis elle franchit la porte.

Dehors, la pluie recommençait à tomber.

Elle serra son sac contre elle.

Elle venait de perdre la seule source de revenus qui lui restait.

Et elle ignorait encore que cette journée allait bientôt changer le cours de toute son existence.

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