LOGINChapitre 2
Le lendemain, Livia n’avait dormi que trois heures. Chaque fois qu’elle fermait les yeux, le montant inscrit sur le devis de l’hôpital revenait hanter son esprit. Une somme impossible. Une montagne qu’elle ne pouvait gravir seule. Pourtant, abandonner n’était pas une option. Elle termina de se préparer avant de rejoindre la cuisine. Grachi était déjà installée devant un bol de céréales, les cheveux encore en bataille.
En voyant sa sœur, elle lui adressa un immense sourire.
— Bonjour, Liv.
— Bonjour, mon petit monstre.
Grachi plissa les yeux.
— Tu as pleuré.
Livia détourna aussitôt le regard.
— N’importe quoi.
— Tu mens très mal.
Livia s’approcha pour déposer un baiser sur son front.
— Occupe-toi de ton petit-déjeuner.
— Tu vas encore travailler après les cours ?
— Oui.
— Et cette nuit aussi ?
— S’il le faut.
Grachi posa sa cuillère.
— Je n’aime pas quand tu fais ça.
— Je fais simplement ce que je dois faire.
— Tu vas tomber malade à ton tour.
— Je suis plus solide que j’en ai l’air.
Grachi baissa les yeux.
— C’est toujours moi le problème…
Livia s’agenouilla devant elle.
— Écoute-moi bien.
Grachi releva timidement la tête.
— Tu n’es pas un problème. Tu es ma sœur. Tu es la personne la plus importante de ma vie.
Les yeux de l’adolescente s’embuèrent.
— Promis ?
— Je te le promets.
Grachi la prit dans ses bras.
— Je t’aime.
— Moi aussi, Grachi.
À l’université, Livia eut toutes les peines du monde à suivre le cours.
Le professeur expliquait un cas pratique de droit des affaires, mais son esprit était ailleurs.
À la fin de la séance, elle se précipita vers le panneau d’affichage.
Des dizaines d’offres d’emploi y étaient punaisées.
Serveuse.
Caissière.
Baby-sitter.
Employée de ménage.
Elle nota plusieurs numéros avant de sortir son téléphone.
Le premier employeur cherchait une personne disponible à temps plein.
Le deuxième exigeait plusieurs années d’expérience.
Le troisième venait déjà de recruter quelqu’un.
Au bout du huitième appel, sa voix commençait à trembler.
— Désolé, le poste est déjà pourvu.
Encore.
Toujours la même réponse.
Elle glissa son téléphone dans son sac avec un soupir.
— Livia !
Elle se retourna.
Felina courait vers elle, un sandwich à la main.
— Je te cherche depuis dix minutes.
— Désolée.
Felina observa son visage fatigué.
— Tu n’as presque pas dormi.
— Ça se voit tant que ça ?
— Tu as des cernes énormes.
Livia esquissa un faible sourire.
— Merci pour le compliment.
Felina lui donna un léger coup d’épaule.
— Arrête de plaisanter.
— J’essaie juste de ne pas devenir folle.
— Tu cherches encore du travail ?
— Oui.
— Ça donne quoi ?
Livia secoua la tête.
— Rien.
Felina resta silencieuse.
Puis elle fouilla dans son sac.
— Tiens.
Elle tendit quelques billets à son amie.
Livia recula aussitôt.
— Non.
— Prends-les.
— Je ne peux pas.
— Pourquoi ?
— Parce que je finirai par te les devoir.
Felina leva les yeux au ciel.
— Tu es impossible.
— Peut-être.
— Ce n’est pas un prêt.
— Justement.
— Tu m’aiderais si nos rôles étaient inversés.
Livia sourit tristement.
— Sans hésiter.
— Alors laisse-moi faire la même chose.
Livia referma doucement la main de son amie sur les billets.
— Merci… mais je dois m’en sortir seule.
Felina souffla.
— Tu es la fille la plus têtue que je connaisse.
— Je sais.
En début d’après-midi, Livia enchaîna plusieurs entretiens.
Le premier dura moins de cinq minutes.
— Nous recherchons quelqu’un de plus expérimenté.
Le deuxième fut encore pire.
— Vous êtes étudiante. Vous ne serez jamais assez disponible.
Au troisième, le responsable ne prit même pas le temps de lire son CV.
Quand elle ressortit du dernier bâtiment, la pluie s’était mise à tomber.
Elle leva le visage vers le ciel.
Comme si cette journée n’était pas déjà assez difficile.
Son téléphone vibra.
Le numéro de l’hôpital.
Son cœur s’emballa.
— Allô ?
— Bonjour, mademoiselle Sinclair. Nous vous appelons pour confirmer la date du début du traitement de votre sœur.
— Oui…
— Sans acompte, nous serons malheureusement obligés de le reporter.
Livia ferma les yeux.
— Donnez-moi un peu de temps.
— Combien de temps ?
Elle resta silencieuse.
Elle n’en avait aucune idée.
— Une semaine.
— Très bien. Passé ce délai, nous ne pourrons rien garantir.
L’appel prit fin.
Livia resta immobile sous la pluie.
Une semaine.
Seulement une semaine.
Le soir venu, le café était bondé.
Les commandes s’enchaînaient à un rythme infernal.
— Deux expressos !
— Un cappuccino !
— Table six !
Livia courait d’une table à l’autre sans s’arrêter.
Son patron s’approcha.
— Sinclair !
— Oui, monsieur ?
— Tu peux rester deux heures de plus ?
— Bien sûr.
— Les heures supplémentaires ne seront pas payées.
Elle resta figée.
— Pardon ?
— Si ça ne te plaît pas, tu peux partir.
Livia serra les dents.
Elle avait besoin de ce travail.
— Je resterai.
Le gérant s’éloigna sans un mot.
Une collègue murmura près d’elle :
— Il profite vraiment de toi.
Livia esquissa un sourire amer.
— Je n’ai pas vraiment le choix.
Il était presque minuit lorsqu’elle quitta enfin le café.
Épuisée, elle s’assit quelques instants sur un banc.
Elle ouvrit son portefeuille.
Quelques billets.
Quelques pièces.
Rien de plus.
Elle fit rapidement le calcul.
Même en travaillant tous les jours, il lui faudrait des années pour réunir la somme nécessaire.
Une larme glissa sur sa joue.
Pour la première fois de sa vie, elle se sentit complètement impuissante.
Au même instant, à plusieurs kilomètres de là, un homme observait les lumières de la ville depuis les immenses baies vitrées de son bureau.
Costume noir parfaitement ajusté.
Montre hors de prix.
Regard aussi froid que la nuit.
Elias Voss.
Son téléphone sonna.
— Monsieur Voss, votre nouvelle assistante a démissionné.
Il ne manifesta aucune émotion.
— C’était la quatrième en deux mois.
— Oui, monsieur.
Un silence.
Puis sa voix grave retentit.
— Trouvez-moi quelqu’un de compétent. Cette fois, je ne tolérerai aucun échec.
— Bien, monsieur.
Elias raccrocha avant de reporter son regard sur la ville.
Il ignorait encore que la femme qui allait bouleverser sa vie luttait, au même instant, pour sauver celle de sa petite sœur.
Chapitre 40Point de vue de LiviaL’obscurité était totale. Je n’entendais plus que ma propre respiration. Puis celle d’Elias. Et derrière nous, la respiration rapide d’Adam. L’alarme continuait de hurler.– Elias…Ma voix tremblait.– Je suis là.Sa main serrait toujours la mienne.– On doit sortir d’ici.– Je sais.– La porte est verrouillée.– Je vais l’ouvrir.J’entendis Elias tâtonner contre la porte métallique.Puis un bruit sourd.Il venait de frapper.– Ça ne sert à rien.Adam s’approcha.– Laisse-moi essayer.– Tu penses pouvoir faire mieux ?– Non.Adam marqua une pause.– Mais je sais comment fonctionne cette porte.Un silence.Puis un nouveau bruit métallique.– Il y a un système de sécurité secondaire.– Où ?– À droite.Je tendis les mains dans le noir.– Je ne vois rien.– Il faut passer la main sous le panneau.Je m’accroupis.Mes doigts rencontrèrent une petite plaque.– Je l’ai.– Appuie dessus.Je le fis.Rien.– Ça ne marche pas.– Attends.Adam s’agenouilla à côté
Chapitre 39Point de vue de Livia– Vous finiriez par vous retrouver.Les mots d’Adam restèrent suspendus dans l’air. Je regardai Elias. Il ne disait rien. Son visage était fermé, mais je voyais bien qu’à l’intérieur, quelque chose venait de se briser.– Qu’est-ce que ça veut dire ? demandai-je.Adam baissa les yeux.– Je ne peux pas tout vous expliquer ici.Elias eut un rire sans joie.– Encore ça.Adam releva la tête.– Elias…– Non.Elias s’avança vers lui.– Depuis le début, tu savais.– Pas tout.– Mais suffisamment.– Oui.– Et tu m’as laissé croire que nous étions simplement deux frères qui avaient perdu leurs parents.Adam serra la mâchoire.– Parce que c’est ce que maman voulait.– Notre mère est morte, Adam.– Je sais.– Alors arrête de te cacher derrière elle !Adam ne répondit pas.Je n’avais jamais vu Elias aussi en colère contre son frère.Mais Adam ne recula pas.Il semblait porter un poids qu’il n’arrivait plus à supporter.– Elle m’a demandé de te protéger.– De quoi
Chapitre 38 Point de vue de LiviaJe regardai Adam. Puis Nathan.Puis Elias.Personne ne parlait. La dernière phrase de Nathan résonnait encore dans ma tête.« Ton frère sait déjà où elle est. »Je ne comprenais pas. Je n’avais jamais entendu parler d’une deuxième clé. Encore moins d’un secret que quelqu’un aurait caché à Elias. Et surtout… Pourquoi Nathan regardait-il Adam ? Adam avait toujours été le frère cadet d’Elias. Je le connaissais depuis quelque temps maintenant. Il avait toujours été différent de son frère. Plus ouvert. Plus souriant.Plus facile à approcher. Mais je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse être au centre de tout ce mystère. Elias se tourna lentement vers son frère.– Adam.Adam ne répondit pas.– Qu’est-ce qu’il vient de dire ?Silence.– Adam, regarde-moi.Il releva enfin les yeux.Son visage était fermé.– Je ne sais pas de quoi il parle.Nathan eut un léger sourire.– Tu mens toujours aussi mal.Adam serra les poings.– Ferme-la.Je le regardai avec surprise
Chapitre 37 Point de vue de LiviaJe regardai Adam. Puis Nathan. Puis Elias. Personne ne parlait. La dernière phrase de Nathan résonnait encore dans ma tête.« Ton frère sait déjà où elle est. »Je ne comprenais pas. Je n’avais jamais entendu parler d’une deuxième clé. Encore moins d’un secret que quelqu’un aurait caché à Elias. Et surtout…Pourquoi Nathan regardait-il Adam ?Adam avait toujours été le frère cadet d’Elias.Je le connaissais depuis quelque temps maintenant.Il avait toujours été différent de son frère.Plus ouvert.Plus souriant.Plus facile à approcher.Mais je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse être au centre de tout ce mystère. Elias se tourna lentement vers son frère.– Adam.Adam ne répondit pas.– Qu’est-ce qu’il vient de dire ?Silence.– Adam, regarde-moi.Il releva enfin les yeux.Son visage était fermé.– Je ne sais pas de quoi il parle.Nathan eut un léger sourire.– Tu mens toujours aussi mal.Adam serra les poings.– Ferme-la.Je le regardai avec surprise.C’
Chapitre 36 Point de vue de LiviaJe fixais l’écran de mon téléphone sans réussir à détourner les yeux.La photographie représentait ma mère.Elle était plus jeune.Beaucoup plus jeune.Elle se tenait devant une grande maison que je ne reconnaissais pas.À côté d’elle se trouvait un homme.Un homme que j’avais vu sur plusieurs photographies de famille.Mon oncle.Du moins, c’était ce qu’on m’avait toujours raconté.Mon oncle était mort avant ma naissance.C’était ce que ma mère m’avait dit.C’était ce que mon père m’avait dit. C’était ce que tout le monde avait toujours affirmé. Mais l’homme sur cette photographie était bien vivant. Et quelqu’un venait de me dire qu’il avait changé de nom. Je relevai lentement les yeux vers Elias.– Tu connais cet homme ?Il regarda la photographie.Son visage se ferma immédiatement.– Non.– Tu es sûr ?– Oui.– Alors pourquoi tu as cette expression ?Il prit le téléphone de mes mains.Ses yeux parcoururent la photographie.– Parce que je connais cette maison.
Chapitre 35Point de vue de LiviaJe regardais Marine sans réussir à prononcer un seul mot.Pendant des années, elle avait été la personne vers laquelle je me tournais lorsque tout allait mal.Elle connaissait mes peurs.Mes habitudes.Mes rêves.Mes blessures.Elle avait été présente lorsque je n’avais personne.Et maintenant, elle venait de m’avouer que notre rencontre n’était pas un hasard.Que son père lui avait demandé de devenir mon amie. Je sentais quelque chose se fissurer en moi.— Depuis combien de temps ?Ma voix tremblait.Marine baissa les yeux.— Depuis toujours.— Ne me réponds pas comme ça.Elle releva lentement la tête.— Je t’ai rencontrée lorsque nous avions dix-sept ans.— Je sais.— Mon père savait déjà qui tu étais.Je secouai la tête.— Mais moi, je ne savais même pas qui il était.— Je sais.— Alors comment a-t-il pu te demander de devenir mon amie ?Marine inspira profondément.— Parce qu’il te surveillait depuis longtemps.Je sentis mon ventre se nouer.— Il me surve







