MasukChapitre 89
Clara
Je continue de lire, les pages défilent sous mes doigts, l'encre violette trace des phrases qui s'enfoncent dans ma mémoire comme des lames. Le papier est si fin que je vois la page suivante à travers, des ombres de lettres, des fantômes de mots. L'odeur du vieux papier monte vers moi, mêlée à celle du jasmin.
« Je suis un oiseau en cage. »
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Chapitre 89ClaraJe continue de lire, les pages défilent sous mes doigts, l'encre violette trace des phrases qui s'enfoncent dans ma mémoire comme des lames. Le papier est si fin que je vois la page suivante à travers, des ombres de lettres, des fantômes de mots. L'odeur du vieux papier monte vers moi, mêlée à celle du jasmin.« Je suis un oiseau en cage. »La phrase occupe toute une page. Une seule phrase. Rien d'autre. Les lettres sont grandes, appuyées, comme si elle avait voulu crier, comme si elle avait voulu que le monde entier lise ces mots, les comprenne, les retienne.« Les barreaux sont en or. Les murs sont en soie. Les tapis sont en laine précieuse. Mais c'est une cage. Une cage dorée. Et je ne peux pas en sortir. »Je tourne la page. Le papier craque, un b
Chapitre 88ClaraJe tourne les pages du journal, mes doigts effleurant chaque feuille avec une précaution presque religieuse. Le papier est si fragile que j'ai peur de le déchirer, de le réduire en poussière. Chaque tour de page est une exploration, chaque mot une découverte. L'encre violette danse sous mes yeux, parfois claire, parfois foncée, selon l'humeur du moment, selon la force de la main qui l'a posée.Leïla y décrit son mariage comme une prison dorée.Je lis, et les mots me transpercent.« Le jour de mon mariage, j'ai souri. J'ai souri devant les invités, devant les dignitaires, devant les gardes. J'ai souri devant Rahim. Mais à l'intérieur, je pleurais. Je ne voulais pas de cette vie. Je ne voulais pas de ce palais. Je ne voulais pas de cet homme. »
Chapitre 87ClaraLe journal intime de Leïla.Le petit carnet repose entre mes mains. Mes doigts tremblent. La couverture de cuir usé est chaude, presque brûlante maintenant. Comme si les mots enfermés à l'intérieur cherchaient à s'échapper, à brûler celui qui les lit, à se venger des années passées dans l'ombre et le silence.Je tourne les pages.Le papier est épais, granuleux, fabriqué à la main. Des fibres végétales sont encore visibles, incrustées dans la pâte, petites taches claires, sombres, brunes. Les bords sont irréguliers, coupés à la serpette. Jaunis sur les bords, là où l'air a travaillé, là où le temps a passé. Parsemés de taches brunes, rondes, ovales, certaines pe
Chapitre 86ClaraJe continue d'explorer la bibliothèque.Mes doigts glissent sur les reliures. Je tire les volumes, un à un. Je les feuillette. Je les repose. Des traités d'amour courtois, à la prose alambiquée, pleine de métaphores filées et de comparaisons improbables. Des manuels de stratégie militaire, avec des cartes dépliables, des dessins de batailles, des flèches rouges indiquant les mouvements des troupes. Des chroniques de voyages lointains, des récits de navigateurs, des descriptions de peuples étranges, de leurs coutumes, de leurs dieux.Des recueils de recettes médicinales. Des listes d'herbes, de doses, de préparations. Des remèdes contre la fièvre, la toux, les douleurs d'enfantement. Des onguents pour les brûlures, des cataplasmes pour les entorses, des potions pour faire dormir, pour faire rêver, pour faire oublier.Des livres de comptes. Des colonnes de chiffres, des additions, des soustractions. Dépenses, recettes. Gains, pertes. Rien.Des carnets de bord. Le journ
Chapitre 85ClaraLa bibliothèque privée de Leïla est cachée derrière une tenture de velours pourpre, dans un recoin des appartements que je n'avais pas remarqué. Le tissu est épais, lourd, presque raide sous les doigts. Le velours a perdu son éclat d'antan, terni par les années et la poussière. Par endroits, il est usé, presque transparent, là où les mains ont trop tiré, trop frotté. Les franges d'or, autrefois chatoyantes, pendent, ternies, certaines brisées, effilochées.Je pousse la tenture. Le velours glisse sur sa tringle de cuivre, un bruit sourd, étouffé, comme un souffle retenu. Le métal grince contre le métal, un frottement aigu qui déchire le silence. Les anneaux de cuivre, rouillés par endroits, sautent l'un après l'autre sur la tringle. La pouss
Chapitre 84ClaraLes anciens appartements de Leïla.Je n’y suis jamais entrée. Rahim me les avait interdits. « Trop de souvenirs. Trop de douleurs. Pénétrez dans ses appartements, et vous ne pourrez jamais en sortir. » Ses mots résonnent encore dans ma tête, graves, définitifs, presque menaçants. Mais aujourd’hui, il m’a autorisée. Pour prendre des tenues.La grande réception approche. Les couturières ont besoin de voir les robes de Leïla, de prendre les mesures, de copier les coupes, d’adapter les tissus. Je suis le sosie. Je dois ressembler à la morte. Porter ses vêtements. Imiter ses gestes. Respirer son parfum.La porte en bois de cèdre est massive. Sculptée d’arabesques et de versets du Coran. Les lettres arabes, fines, é
Chapitre 29ClaraLes servantes entrent dans la salle du thé pour débarrasser.Elles sont silencieuses, efficaces, invisibles presque. Leurs robes blanches bruissent sur le marbre, leurs babouches glissent sans bruit, leurs mains saisissent les plateaux, les tasses, les coupelles avec une dextérité
Chapitre 25ClaraJe ne sais pas comment j'en suis arrivée là.Une seconde, nous étions en train de nous faire face, nos regards rivés l'un à l'autre, la dispute encore brûlante entre nous. Une seconde, il reculait, ses yeux noirs toujours plantés dans les miens, sa poitrine se soulevant sous la tu
Chapitre 22ClaraLa règle est idiote. Absurde. Humiliante.Je la regarde, cette porte, à quelques mètres de moi. Une simple porte en bois de cèdre sculpté, avec ses motifs géométriques qui dansent sous la lumière des lampes à huile. Elle donne sur la cour intérieure, celle avec la fontaine en étoi
Chapitre 19ClaraLe lendemain matin, je les entends avant de les voir.Des murmures. Des chuchotements. Des mots glissés derrière des portes entrouvertes, étouffés sous des mains coupables, suspendus dans l'air comme des nuages de mauvais augure. Les servantes se taisent quand j'approche, baissent







