MasukChapitre 88
Clara
Je tourne les pages du journal, mes doigts effleurant chaque feuille avec une précaution presque religieuse. Le papier est si fragile que j'ai peur de le déchirer, de le réduire en poussière. Chaque tour de page est une exploration, chaque mot une découverte. L'encre violette danse sous mes yeux, parfois claire, parfois foncée, selon l'humeur du moment, selon la force de la main
Chapitre 136RahimLe bruit.Je suis assis derrière mon bureau, les mains posées à plat sur le bois sombre, les yeux fixés sur le vide, quand je l'entends. Des pas. Des voix. Des portes qui s'ouvrent et se ferment. Un mouvement inhabituel, précipité, comme si la nuit elle-même s'était mise en colère. Mes doigts se crispent sur le bois, mes jointures blanchissent, mon cœur ralentit, puis s'emballe.Un garde entre en trombe. Sa tunique est défaite, son visage est blême, ses yeux sont écarquillés.— Votre Majesté ! La guérisseuse… Yasmina… elle s'est échappée. La cellule est vide. Et Mademoiselle Moreau… elle a disparu.Les mots frappent comme un poing en pleine poitrine. Je me lève. Ma chaise tombe en arri&
Chapitre 135ClaraL'aube n'est pas encore levée, mais le ciel commence à s'éclaircir, une pâleur grise qui perce l'obscurité comme une promesse fragile. La nuit a été longue, trop longue, une nuit de course, de peur, de silence, une nuit où chaque ombre était un danger, chaque bruit une menace, chaque souffle une prière. Mais Yasmina est libre. Elle est partie, enveloppée dans la nuit, son cheval l'emportant vers le désert, vers la liberté, vers la vie.Je reste seule devant le portail.Le vent souffle, soulevant des tourbillons de sable qui dansent dans la lumière naissante. Mes pieds sont glacés sur la pierre, mes doigts sont engourdis, mes cheveux défaits collent à mes tempes. Je suis épuisée, vidée, comme si la nuit avait aspiré toute l'énergie
Chapitre 134ClaraLa nuit est noire. Sans lune. Sans étoiles. Une obscurité totale qui engloutit les tours, les coupoles, les jardins suspendus, comme si le ciel lui-même avait décidé de se taire, de se retirer, de ne pas assister à ce qui allait se passer. Le vent souffle, froid, chargé de sable, et je sens les grains frapper ma peau, mes bras, mon visage, mais je ne ralentis pas. Je marche dans l'ombre, mes pieds nus sur le marbre glacé, ma robe sombre collant à mes jambes, mes cheveux tirés en arrière, mon cœur battant trop vite, trop fort, comme un tambour qui annonce la guerre.Idris est devant moi. Sa silhouette se découpe dans l'obscurité, haute, droite, silencieuse. Il marche sans bruit, ses pieds nus sur le marbre comme les miens, ses vêtements sombres se fondant dans la nuit. Il ne se retourne pas. Il ne ralen
Chapitre 133ClaraLa nuit est tombée sur le palais, épaisse, silencieuse, comme une chape de plomb qui recouvre les tours, les coupoles, les jardins suspendus. Les fontaines se sont tues, les oiseaux ont cessé leurs chants, les lampes à huile brûlent à peine, vacillant dans l'obscurité des couloirs déserts. Je marche dans l'ombre, mes pieds nus sur le marbre froid, ma robe blanche flottant autour de moi comme un linceul, et je sens dans ma poitrine une douleur sourde, une douleur qui ne me quitte plus, une douleur qui s'est installée depuis que Rahim a refusé d'agir, depuis qu'il a choisi le silence, depuis qu'il a choisi le trône.Mais je n'ai pas le temps de pleurer. Pas encore. Pas maintenant. Yasmina est en prison, innocente, et chaque heure qui passe est une heure de trop. Elle est là-bas, dans le froid, dans l'obscurité, &agra
Chapitre 132ClaraJe ne frappe pas. Je pousse la porte et j'entre, mes pieds nus sur le marbre froid, mes doigts serrés sur les preuves que j'ai réunies avec Idris, ces preuves qui pèsent dans ma main comme des armes, comme des promesses, comme des vérités qui ne peuvent plus être étouffées. Il est là, debout derrière son bureau, les mains posées à plat sur le bois sombre, les épaules voûtées, le visage fermé comme une porte qu'il refuse d'ouvrir. Les bougies vacillent autour de lui, projetant des ombres sur ses traits fatigués, sur ses yeux qui évitent les miens. Il sait pourquoi je suis là. Il sait ce que je vais lui demander. Il sait que je vais le forcer à choisir.Je pose les preuves sur le bureau. Le papier froissé, les notes d'Idris, les témoignages recueillis, to
Chapitre 131RahimLa porte se referme derrière Clara. Le bruit est sourd, comme un glas, comme un adieu. Je reste figé devant mon bureau, les doigts posés sur les preuves, les yeux fixés sur le vide, le cœur en charpie. La pièce est silencieuse, trop silencieuse, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle.Je suis paralysé.Le mot tourne dans ma tête, s'enfonce, s'incruste. Paralysé. Comme un animal pris dans un piège. Comme un arbre dont les racines se sont enracinées dans la pierre. Je ne peux pas bouger. Je ne peux pas décider. Je ne peux pas agir.Clara a raison. Les preuves sont là. Claires. Net. Irréfutables. Kael a empoisonné les tisanes. Kael a tué notre enfant. Kael a piégé Yasmina. Tout mène à lui, comme une rivi&egrav
Chapitre 1ClaraLa chaleur du désert m'enveloppe comme un manteau de soie brûlante dès que je pose le pied hors de la voiture climatisée. Le trajet depuis l'aéroport m'a semblé interminable, chaque kilomètre m'éloignant un peu plus de tout ce que je connais pour m'enfoncer dans un monde qui semble
Chapitre 4ClaraJe ne dors pas cette nuit-là. Pas une seconde. Pas un instant.Allongée dans mon lit à baldaquin, les yeux grands ouverts dans l'obscurité, je repasse en boucle les événements de la journée. Sa voix. Ses mots. Ses règles absurdes. Et ce regard, ce regard qui m'a transpercée comme un
Chapitre 3ClaraSes yeux rencontrent les miens.Et le monde s'arrête.Je n'ai jamais rien vu de pareil. Ces yeux ne sont pas simplement sombres, ils sont noirs. D'un noir si profond, si absolu, qu'ils semblent absorber la lumière autour d'eux comme des puits sans fond creusés dans son visage. Mais
Chapitre 2ClaraJe passe l'heure suivante à me préparer avec un soin méticuleux. J'ai choisi une robe sobre mais élégante, bleu marine, qui souligne ma silhouette sans être provocante. Mes cheveux sont relevés en un chignon strict qui dégage mon visage. Un maquillage léger, des bijoux discrets. Je







