LOGINLa salle du petit-dĂ©jeuner sentait le cafĂ© et la lumiĂšre froide d'octobre.Je m'assis. Ace Ă©tait dĂ©jĂ lĂ .Tu as dormi , dis-je.Ce n'Ă©tait pas une question. Il avait les yeux trop nets pour quelqu'un qui aurait passĂ© la nuit Ă se retourner.Un peu , dit-il.Moi non. Il leva les yeux de sa tasse. Rien ne bougea sur son visage, mais quelque chose s'ajusta, imperceptiblement, comme une serrure qu'on tourne sans ouvrir la porte. Je sais , dit-il. Comment tu sais ça ? Parce que tu es arrivĂ© avant moi. Je regardai mon cafĂ©. Il avait raison. J'Ă©tais arrivĂ© Ă six heures vingt-deux, ce qui Ă©tait une façon de ne pas rester dans ma chambre Ă fixer le plafond en comptant les minutes. Et alors, dit-il. Ăa compte comme un aveu ? Ăa compte comme une coĂŻncidence , dis-je.Il ne rĂ©pondit pas. Nos genoux se touchĂšrent sous la table. Je ne m'Ă©cartai pas. Lui non plus. La table Ă©tait assez grande pour que ce soit dĂ©libĂ©rĂ© de la part des deux.Tu vas parler du couloir , dis-je.Non. Bien. Pas
Le couloir sentait la sueur froide et le bĂ©ton. La foule Ă©tait partie. Les lumiĂšres de service bourdonnaient, jaunĂątres, honnĂȘtes.Je marchais vite.Ashford. Je ne m'arrĂȘtai pas. Draven. Ralentis. J'ai une douche Ă prendre. Elle peut attendre. Je m'arrĂȘtai. Pas parce qu'il me l'avait demandĂ©. Parce que sa voix faisait ça , elle posait quelque chose de lourd dans ma cage thoracique et je perdais l'usage de mes jambes. Je me retournai. Tu veux quoi. Ce n'Ă©tait pas une question. Il le sut. Ce soir. C'Ă©tait un match de hockey, Draven. Deux points. Demi-finale. On a gagnĂ©. Rentre chez toi. Tu sais que c'Ă©tait autre chose. Je sais que t'es capitaine d'une Ă©quipe qui vient de se qualifier et que tu traĂźnes dans un couloir vide Ă parler Ă ton ailier au lieu d'aller boire avec le reste. Je bois pas. Figure de style. Ashford. Quoi. Il fit un pas vers moi. Juste un. Tu as entendu ce qu'ils criaient. Je croisai les bras. La foule crie tout le temps. Pas comme ça. Les gen
Ashford. La voix d'Ace me trouva dans le couloir avant mĂȘme que j'aie fini de lacer mon deuxiĂšme patin. Quoi, dis-je sans lever les yeux. Tu dors Ă droite ce soir. Je joue Ă gauche depuis trois ans. Ce soir, tu dors Ă droite. Je levai les yeux. Il me regardait avec cette expression qu'il avait , pas un ordre, pas une question, quelque chose entre les deux qui ne laissait pas vraiment de place pour la nĂ©gociation. Pour quelle raison, dis-je. Parce que leurs dĂ©fenseurs anticipent ta gauche depuis le premier match. Ryker, assis deux casiers plus loin, leva la tĂȘte de son tĂ©lĂ©phone. Il a raison. J'ai regardĂ© les stats cette nuit. Trois interceptions sur cinq, toutes cĂŽtĂ© gauche. Toi aussi tu t'y mets, dis-je Ă Ryker.Je fais juste de la mĂ©decine prĂ©ventive. Ce n'est pas de la mĂ©decine. L'analyse de donnĂ©es, c'est prĂ©ventif de la dĂ©faite, donc techniquement Ryker. Je me tais. Ace n'avait pas bougĂ©. Il attendait, les bras croisĂ©s, son Ă©quipement Ă moitiĂ© enfilĂ©, et il avai
La salle de réunion sentait le caoutchouc brûlé et le café froid. Dimitri se tenait devant le tableau blanc, bras croisés, et il n'avait pas encore dit un mot depuis que le dernier joueur avait franchi la porte. Personne ne sort, dit-il enfin.Je regardai Ryker. Ryker me regarda. Ni l'un ni l'autre ne bougea.Dimitri, commença Osei depuis le fond.J'ai dit : personne ne sort.Ace était adossé contre le mur du fond, les yeux sur moi. Il ne disait rien. Il n'avait pas besoin. Qu'est-ce qui se passe, fit Marchetti, il y a un problÚme avec les demi-finales ? Il y a un problÚme avec la ligue, dit Dimitri.Un silence tomba. Le genre de silence qui a du poids. Sois plus précis, dit Osei. Morrow a envoyé une demande de vérification d'identité biologique à la direction. Ciblée. Nominative.Je sentis quelque chose se solidifier dans ma gorge. Je ne bougeai pas. Sur qui ? demanda Marchetti.Dimitri ne répondit pas immédiatement. Il me chercha du regard à travers la piÚce. Sur Ashford.Que
Il me bloqua le passage dans le couloir des vestiaires Ă vingt-deux heures passĂ©es, quand j'Ă©tais convaincu que tout le monde Ă©tait parti. Ashford.La voix de Dimitri Voss n'avait rien d'une question.Je m'arrĂȘtai. Je ne me retournai pas tout de suite. Je pris le temps d'inspirer, de recalculer, de dĂ©cider quel visage mettre. Voss. Tu traĂźnes tard. Toi aussi.J'avais besoin de glace, dis-je.Tu patines Ă onze heures du soir pour te calmer les nerfs. Insomnies. C'est documentĂ©.J'ai lu le document, dit-il. Pas le mĂȘme que celui pour tes insomnies.Je me retournai enfin. Il Ă©tait appuyĂ© contre le mur, les bras croisĂ©s, le document de Morrow pliĂ© en deux dans sa main droite. Son visage Ă©tait illisible. Dimitri Voss avait toujours Ă©tĂ© illisible. C'Ă©tait ce qui m'avait mis mal Ă l'aise dĂšs le premier jour. OĂč tu as eu ça ? lui demandai-je. Lena en a distribuĂ© des copies Ă Vex ce matin. J'en ai pris une. Elle n'Ă©tait pas destinĂ©e Ă circuler. Non. Mais me voilĂ quand mĂȘme.Je croisai
Le document attendait sur le banc de vestiaire, glissĂ© sous mon Ă©quipement de protection comme une lame sous un oreiller. Enveloppe beige. Sceau officiel de la Ligue en haut Ă gauche. Mon prĂ©nom *K. Ashford* , tapĂ© avec cette prĂ©cision chirurgicale qui signifie que quelqu'un a pris le temps de hair proprement. Lena, dis-je sans lever les yeux de l'enveloppe. Je suis dĂ©jĂ lĂ , dit-elle.Tu savais. Depuis vingt minutes. Et tu as attendu que je le trouve moi-mĂȘme. Tu aurais dĂ©testĂ© que je te le tende. Elle avait raison. Je l'aurais haĂŻe pour ça. Je dĂ©chirai le rabat, lentement, parce que mes mains ne tremblaient pas et je refusais qu'elles commencent. Le papier Ă l'intĂ©rieur Ă©tait Ă©pais, officiel, le genre qu'on utilise quand on veut que les mots pĂšsent quelque chose de physique.*Demande formelle de vĂ©rification de dĂ©signation biologique. NumĂ©ro de dossier 2024-LH-0391. DĂ©lai de conformitĂ© : soixante-douze heures.* Soixante-douze heures, dis-je.Oui, dit Lena.C'est Morrow. Ăvid







