LOGINJe suis Kael Ashford OmĂ©ga, fantĂŽme de la patinoire, invisible par choix. Dans un monde oĂč les OmĂ©gas sont interdits de hockey professionnel, j'ai passĂ© trois ans Ă masquer mon odeur, Ă bander mon corps, et Ă me battre pour intĂ©grer l'Ă©quipe la plus Ă©litiste de la ligue. Ma cible : Ace Draven, le capitaine Alpha intouchable dont l'ombre Ă©crase chaque joueur qui ose le dĂ©fier. Mon objectif ,le dĂ©trĂŽner, briser la rĂšgle, et prouver que les OmĂ©gas ont leur place sur la glace. Mais la nuit avant la finale du championnat, ma chaleur Ă©clate , et Ace me plaque contre le mur du vestiaire, sa voix grave et dĂ©vastatrice : « Tu m'appartiens. » Le pire ? Mon loup le savait dĂ©jĂ . Il l'a toujours su.
View MoreAshford. Casier numéro sept.
L'homme qui me tendit la clé ne leva pas les yeux. Pas besoin. Il avait le ton de quelqu'un habitué à ce que les gens obéissent sans qu'on leur explique pourquoi.
Merci , dis-je.
Vestiaire Ă gauche. Essais sur glace Ă quatorze heures.
Je sais lire un planning.
Il leva les yeux cette fois. Je lui souris. Il retourna à son écran.
Le couloir des Loups de Fer sentait la transpiration froide, le caoutchouc et quelque chose de mĂ©tallique que je ne sus pas nommer tout de suite. Je le sus trois secondes plus tard : c'Ă©tait l'adrĂ©naline collective d'une vingtaine d'Alphas qui vivaient dans le mĂȘme espace depuis trop longtemps. Je la reconnus parce qu'elle me dĂ©rangeait. Elle dĂ©rangeait toujours ce que j'avais enfoui.
Je poussai la porte du vestiaire.
Nouveau.
La voix venait d'un grand type aux cheveux noirs qui m'observait depuis son banc avec l'expression de quelqu'un évaluant un cheval malade. Dimitri Voss. Co-capitaine. J'avais fait mes devoirs.
Perspicace , dis-je.
Tu joues oĂč ?
Ailier gauche.
On a déjà un ailier gauche.
Vous aviez.
Un silence. Deux. Dimitri croisa les bras.
T'as du culot pour quelqu'un qui n'a pas encore chaussé les patins ici.
Et toi t'as de la nostalgie pour quelqu'un dont le nom n'est plus sur la feuille de match.
Quelqu'un, dans le fond du vestiaire, étouffa un rire. Je ne me retournai pas.
Solano , dit Dimitri sans me quitter des yeux.
Présent.
Ryker Solano Ă©mergea d'entre deux rangĂ©es de casiers avec l'Ă©nergie d'un chien qui entend le mot "promenade". Grand, brun, des yeux trop vifs pour un mĂ©decin. Il me tendit la main avant mĂȘme que Dimitri finisse de parler.
Ryker Solano. Médecin, confident, meilleur ami officieux de quiconque sait tenir une conversation. Toi c'est Ashford ?
Kael.
Kael. Super. T'as mangé ce matin ?
Pardon ?
Glycémie. Si t'as pas mangé avant les essais, Vex va te faire recommencer jusqu'à ce que tu t'effondres, et aprÚs c'est moi qui ramasse. Donc. T'as mangé ?
Oui.
Parfait. Bienvenue chez les Loups. Dimitri t'aime déjà , c'est son visage quand il est content.
Ferme-la, Solano.
Tu vois ? Affectueux.
Je posai mon sac sur le banc devant le casier sept. Autour de moi, les conversations reprirent ,pas totalement, pas naturellement, mais elles reprirent. Je savais ce que ça voulait dire. On m'observait sans en avoir l'air. Je l'avais toujours su faire, repĂ©rer le moment exact oĂč une piĂšce dĂ©cide si elle vous tolĂšre ou pas.
Cette piÚce n'avait pas encore décidé.
T'as quoi comme contrat ?
La question venait d'un type que je n'avais pas encore identifiĂ©, adossĂ© au mur du fond avec une bouteille d'eau et un sourire trop facile pour ĂȘtre sincĂšre.
Quatre ans , dis-je.
Quatre ans. Pour un ailier qui débarque de...
Montréal.
Montréal. Il prit une gorgée. Ils t'ont viré ou t'es parti ?
Ni l'un ni l'autre.
C'est pas une réponse.
Non, effectivement.
Ryker intervint entre nous avec la subtilité d'un pare-chocs.
Marcus, laisse le gars respirer deux minutes, il vient d'arriver.
Je pose juste des questions.
Tes questions ont des dents.
Toutes les bonnes questions en ont.
Je refermai mon casier et me retournai vers Marcus, quel que soit son nom complet, avec le sourire que je réservais aux gens qui pensaient que l'intimidation était une conversation.
T'as raison. J'ai quitté Montréal. On voulait me repositionner en défense. J'ai dit non. Ils ont dit contrat. J'ai dit avocat. Le contrat a disparu. Je suis ici.
Marcus me regarda une longue seconde.
T'as les papiers pour ça ?
T'as une raison de douter de moi ?
J'ai pas de raison de pas douter.
Bonne politique. Médiocre ambiance.
Dimitri, depuis son coin, émit un son qui ressemblait presque à un rire. Je notai mentalement que c'était une information.
Ryker me tira par le coude vers la porte des toilettes au fond du vestiaire.
Viens, je te fais le tour du propriétaire.
Le tour du propriétaire c'est les toilettes ?
C'est l'endroit oĂč personne n'Ă©coute. StratĂ©gique.
Je le suivis. La porte se ferma derriÚre nous. Ryker s'appuya contre le lavabo et croisa les bras avec une expression qui n'était plus du tout celle du moulin à paroles de tout à l'heure.
T'as besoin de quelque chose avant les essais ?
Je le regardai.
Précise ta question.
Je suis médecin.
Je sais.
Alors tu sais que ce que tu me dis ici reste ici.
Je posai mon sac sur le rebord du lavabo. Je l'ouvris. Je sortis la petite trousse noire sans le regarder.
T'en avais depuis combien de temps ? demanda-t-il.
De quoi tu parles ?
De la trousse. Et de la façon dont t'es entré dans ce vestiaire.
Je ne répondis pas. Je sortis la seringue. Il ne bougea pas.
âKaelâ.
C'est légal.
Je sais que c'est légal.
Alors on n'a pas de problĂšme.
Je veux juste savoir si le dosage est correct. Si t'as trop ou pas assez avant des essais à pleine intensité, ton corps va
Mon corps, je m'en occupe depuis quatre ans sans aide.
Il se tut. Je fis l'injection. Proprement, rapidement, sans trembler. Parce que ça faisait quatre ans que je le faisais proprement, rapidement, sans trembler.
D'accord , dit-il doucement.
D'accord.
Mais si quelque chose change , dosage, fréquence, réaction , tu me le dis. Pas à Vex. Pas à la ligue. à moi.
Je rangeai la trousse. Je le regardai enfin.
Pourquoi tu ferais ça ?
Parce que je suis médecin. Et parce que t'as l'air du genre à aller jusqu'à l'effondrement avant de demander de l'aide, et ça me donne du travail supplémentaire.
Je ne souris pas. Mais quelque chose, quelque part dans ma poitrine, desserra d'un cran.
Solano.
Kael.
Si tu parles Ă qui que ce soit,
Je suis médecin.
C'est pas une réponse suffisante.
C'est la seule que j'ai.
Nous retournĂąmes dans le vestiaire.
Je le sentis avant de le voir. Avant mĂȘme que la porte s'ouvre. Une odeur de forĂȘt aprĂšs la pluie, de quelque chose de froid et de lourd, comme l'air juste avant un orage. Mon estomac se contracta d'une façon que je ne lui permis pas de prolonger.
La porte s'ouvrit.
Ace Draven entra.
Il n'était pas grand d'une façon qui criait. Il était grand d'une façon qui occupait l'espace comme une décision. Cheveux sombres, mùchoire serrée, l'expression de quelqu'un dont l'attention était une ressource rare et qui n'en gaspillait pas. Le vestiaire changea de température. Pas métaphoriquement. Physiquement. Les voix baissÚrent d'un demi-ton sans que personne s'en rende compte.
Il s'arrĂȘta.
Il renifla l'air.
Pas ostensiblement. Pas d'une façon que quelqu'un d'autre aurait remarquée. Une inspiration légÚrement plus longue que la normale, les narines imperceptiblement frémissantes.
Je me figeai.
Ne bouge pas. Ne réagis pas. Le suppresseur fonctionne. Le suppresseur fonctionne toujours.
Ses yeux balayĂšrent la piĂšce.
Ils s'arrĂȘtĂšrent sur moi.
Ryker, Ă ma gauche, murmura quelque chose. Je ne l'entendis pas.
Ace Draven traversa le vestiaire sans se presser, salua deux joueurs d'un signe de tĂȘte, posa sa main sur l'Ă©paule de Dimitri pendant exactement deux secondes communication silencieuse de capitaine et continua vers son casier.
Il passa Ă moins de deux mĂštres de moi.
Il ne s'arrĂȘta pas. Il ne dit rien. Il n'accĂ©lĂ©ra pas non plus.
Mais il ne me quitta pas des yeux jusqu'à ce que l'angle géographique l'y contraigne.
Ashford , dit-il enfin. Dos tourné. Casier ouvert.
Ma voix sortit Ă peu prĂšs normale.
Draven.
Essais Ă quatorze heures.
Je sais.
Bien dormi ?
La question était étrange. Je ne sus pas pourquoi sur le moment. Je le sus deux secondes aprÚs : personne ne posait ce genre de question à un nouveau le premier jour. C'était trop personnel. Trop ciblé.
Suffisamment.
Il ne répondit pas. Il sortit son équipement. La conversation était close ,selon lui.
Ryker s'approcha de mon oreille.
Il te parle.
Ăa m'Ă©chappe pas.
Il parle Ă personne le premier jour.
Statistique intéressante.
Kael.
Ryker.
Tu vas bien ?
Je regardai Ace Draven aligner son Ă©quipement avec la prĂ©cision de quelqu'un qui avait le mĂȘme rituel depuis des annĂ©es. Je regardai ses mains. Larges, stables, certaines.
Parfaitement.
L'entraĂźneur Vex entra Ă treize heures quarante-cinq avec la liste du jour et une expression qui n'invitait pas Ă la conversation.
Ashford.
Présent.
Tu joues cet aprĂšs-midi comme si t'avais quelque chose Ă perdre.
J'ai toujours quelque chose Ă perdre.
Bien. Il ne leva pas les yeux de sa liste. Draven.
Chef.
Il est avec toi sur la glace. Ăvaluation directe.
Un silence de deux secondes exactement.
Compris.
Vex sortit. Dimitri me lança un regard qui voulait dire quelque chose que je n'eus pas le temps de déchiffrer. Ryker était déjà en train d'ouvrir la bouche.
Ăvaluation directe. C'est pas standard.
Non.
Ăa veut dire qu'Ace va te surveiller personnellement sur la glace pendant deux heures.
Je sais ce que ça veut dire.
T'as l'air calme.
Je suis calme.
T'aurais tort de l'ĂȘtre.
Je fermai mon casier. Je pris mon casque. Je me retournai une derniĂšre fois.
Ace Draven Ă©tait dĂ©jĂ debout, Ă©quipĂ©, prĂȘt. Il me regardait depuis l'autre cĂŽtĂ© du vestiaire avec cette expression qui ne donnait
rien, absolument rien, sauf une chose.
Il savait exactement ce qu'il cherchait.
Et je compris, avec la certitude froide et définitive d'un diagnostic, que le suppresseur dans mes veines était la seule chose qui se dressait entre ce que j'étais et ce que cet homme avait déjà décidé de trouver.
La nouvelle arriva un vendredi.Pas par Marek directement, par Finn, qui appela à sept heures du matin avec la voix de quelqu'un qui avait attendu par politesse que sept heures arrivent avant d'appeler parce que c'était la limite minimum acceptable.Je décrochai à la premiÚre sonnerie.Il dit : Kael. Je dis : Hm. Il dit : Marek a appelé hier soir. Je dis : Je sais. Il dit : Comment tu sais. Je dis : T'as attendu sept heures ce matin pour appeler. Donc c'était hier soir. Il dit : T'aurais pas dormi si je t'avais appelé hier soir. Je dis : Non. Il dit : Alors j'ai attendu. Je dis : Merci. Il dit : De rien. On resta silencieux une seconde.Puis il dit : Kael. Je dis : Hm. Il dit : Je suis pris. Je ne dis rien.Pas parce que je ne savais pas quoi dire, parce que les mots étaient là et que j'avais besoin d'une seconde pour les trouver dans le bon ordre.Je dis : Finn. Il dit : Oui. Je dis : T'es pris. Il dit : Oui. Je dis : Dans la ligue. Il dit : Oui. Je dis : Officiel
Je l'Ă©crivis la nuit avant les essais.Pas parce que j'avais dĂ©cidĂ© de l'Ă©crire, ça se passa comme les choses vraies se passaient souvent, sans dĂ©cision formelle, juste le moment et les mots qui Ă©taient lĂ .Ace dormait.Je m'assis Ă la table de la cuisine avec mon carnet, pas un document sur mon tĂ©lĂ©phone, pas quelque chose de tapĂ©, un carnet papier que j'avais depuis des annĂ©es et que j'utilisais rarement, pour les choses qui avaient besoin d'ĂȘtre Ă©crites Ă la main.Je pris un stylo.Je regardai la page blanche.Dehors la neige avait repris depuis le soir, la mĂȘme neige douce de dĂ©cembre, pas agressive, juste lĂ , le monde qui continuait dans sa façon.Je commençai.Finn,Je n'ai pas Ă©crit ça pour que tu le lises demain matin. Je l'ai Ă©crit parce que c'est ce soir, la veille, et que j'ai besoin de dire des choses que je ne saurais pas dire Ă voix haute.T'aider n'a jamais Ă©tĂ© un sacrifice. Je veux que tu le saches, pas parce que c'est poli de le dire, mais parce que c'est vrai et qu
La question avait Ă©tĂ© posĂ©e sur la glace.La rĂ©ponse aussi devait ĂȘtre sur la glace, pas parce qu'Ace l'avait exigĂ©, pas parce que c'Ă©tait une rĂšgle, mais parce que c'Ă©tait lĂ qu'on Ă©tait qui on Ă©tait et que certaines choses voulaient ĂȘtre dites Ă l'endroit juste.J'avais dit oui Ă minuit dans l'arĂšne vide.Simplement. Sans qualification.La bague Ă©tait sur ma main.Et maintenant, le lendemain matin, six heures, la glace fraĂźche, quelque chose avait changĂ© dans la façon dont j'occupais cet espace.Pas radicalement. Pas visiblement de l'extĂ©rieur.Mais diffĂ©remment.Ace dit, en sortant de la patinoire : Tu patines diffĂ©remment ce matin. Je dis : Oui. Il dit : Plus large encore dans les courbes. Je dis : Je sais. Il dit : Moins de tension dans les mains. Je regardai mes mains.La bague sous le gant.Je dis : Oui. Il dit : Ryker. Je le regardai.Il dit : Il va voir. Je dis : Je sais. Il dit : Quand. Je dis : Avant midi. Il dit : Il est dĂ©jĂ en route probablement. Je dis : Il
C'Ă©tait un mercredi.Pas une date particuliĂšre, pas un anniversaire, pas un seuil, pas la fin de quelque chose ou le dĂ©but d'autre chose. Un mercredi de dĂ©cembre avec la neige qui avait commencĂ© dans l'aprĂšs-midi et qui continuait doucement, le genre de neige qui ne s'accumulait pas mais qui rendait les rues diffĂ©rentes, plus silencieuses.Ace dit, Ă dix-neuf heures : Habille-toi.Je dis : On sort. Ce n'Ă©tait pas une question.Il dit : Oui.Je dis : OĂč. Il dit : Tu verras. Je le regardai.Il me regardait avec ses yeux habituels, calmes, certains, avec cette lĂ©gĂšre qualitĂ© particuliĂšre qu'ils avaient parfois, le signe qu'il avait quelque chose en tĂȘte qu'il ne dirait pas d'avance.Je m'habillai.On prit un taxi.Pas loin, vingt minutes dans la ville enneigĂ©e, les lumiĂšres de dĂ©cembre, les rues plus calmes que d'habitude.Le taxi s'arrĂȘta devant un bĂątiment que je reconnus immĂ©diatement.L'arĂšne du championnat.Je regardai Ace.Il descendit du taxi.Je descendis.Il marcha vers l'ent












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