LOGINDix ans plus tard.La ferme suisse n'était plus une ferme. C'était une ville, une communauté florissante de plusieurs milliers d'âmes. Des écoles, des hôpitaux, des centres de formation, des jardins, des ateliers. Tout ce dont on avait rêvé, tout ce qu'on avait construit, était devenu réalité.Les Gardiens étaient désormais une organisation internationale, reconnue, respectée. Des antennes dans une cinquantaine de pays, des milliers de volontaires formés, des centaines de missions accomplies chaque année. Le réseau que nous avions combattu était mort, ses racines pourries, ses branches brûlées.Mais l'héritage vivait.Emily et moi avions pris notre retraite. Officiellement, du moins. Nous vivions dans une petite maison au bord de la rivière, à l'écart de l'agitation. Des fleurs dans le jardin, des livres sur les étagères, des photos sur les murs. Des photos de tous ceux que nous avions sauvés, de tous ceux qui avaient grandi, de tous ceux qui étaient devenus des Gardiens à leur tour.
Le soleil se levait sur les montagnes, baignant la ferme d'une lumière dorée. Les enfants couraient dans les jardins, les oiseaux chantaient, et la vie continuait, paisible et rythmée.Kofi et Awa étaient partis depuis trois semaines. Leur mission : infiltrer un réseau de trafiquants opérant dans les Balkans. Une mission dangereuse, complexe, qui nécessitait discrétion et précision.Fatou était restée à la ferme pour coordonner. Elle surveillait les communications, les yeux rivés sur les écrans.— Ils ont envoyé un message, dit-elle un matin, sa voix tendue.— Quoi ? demandai-je.Elle lut à voix haute.« Infiltration réussie. Localisation des enfants confirmée. En attente de l'ordre. »— Ils attendent notre feu vert, dit Emily.— Alors donne-leur, répondis-je.Fatou tapa quelques touches.« Feu vert. Soyez prudents. »—La réponse arriva six heures plus tard.« Mission réussie. Vingt-huit enfants libérés. Une garde neutralisée. Awa blessée légèrement. Rentrons demain. »Mon cœur se se
Deux années s'étaient écoulées depuis la chute de La Veuve. La ferme suisse était devenue une ville florissante, un phare d'espoir au cœur des montagnes. Les enfants qui y avaient grandi étaient maintenant des adultes, des jeunes hommes et femmes qui portaient en eux l'héritage de ceux qui les avaient sauvés.Parmi eux, un jeune homme se distinguait. Il s'appelait Kofi. Il avait été sauvé du Sahel, à l'âge de six ans, lors de notre première mission en Afrique. Il était maintenant âgé de dix-neuf ans, grand, athlétique, avec des yeux qui avaient vu la peur mais qui brillaient désormais de détermination.— Je veux partir en mission, dit-il un soir.Nous étions réunis autour de la table, comme nous le faisions chaque semaine. Emily, moi, Leïla, Min, Fatou (de retour d'Afrique pour quelques semaines), et les plus jeunes.— Tu es prêt, Kofi ? répondit Emily.— Alors je veux y aller, dit-il.— Où ? demanda Fatou.— Le Corbeau a parlé d'un réseau au Soudan. Des enfants disparaissent, des vil
Les semaines qui suivirent l'explosion en Biélorussie furent marquées par une tension sourde. La Veuve était vivante, blessée mais vivante, et elle avait disparu dans la nuit comme une ombre. Le Corbeau avait perdu sa trace. Elle était devenue un fantôme, un murmure, une menace suspendue au-dessus de nos têtes.Valeria était obsédée par sa recherche. Elle passait des nuits entières dans la salle de commandement, analysant des données, recoupant des informations. Elle ne dormait plus, ne mangeait plus, ne parlait plus. Elle était devenue une machine, animée par une seule pensée : trouver La Veuve.— Elle va s'épuiser, dit Fatou un soir.— Je sais, répondis-je. Mais on ne peut pas la forcer à s'arrêter. Elle doit faire son deuil, à sa façon.— Et si elle se détruit ?— Alors on sera là pour la relever.Un matin, Valeria vint me trouver. Elle avait les yeux rouges, les traits tirés, mais il y avait une lueur dans son regard.— J'ai trouvé quelque chose, dit-elle.— Quoi ?— Un message. C
Trois mois s'étaient écoulés depuis la mort d'Alexei Volkov. La ferme suisse avait retrouvé son rythme paisible, mais quelque chose avait changé. Une tension subtile, une ombre dans les regards, un silence dans les rires.Valeria avait changé. Elle était devenue plus silencieuse, plus réfléchie. Elle passait des heures seule, assise sous le vieux chêne, un carnet à la main. Elle écrivait, effaçait, réécrivait. Elle cherchait des mots, des sens, une vérité qu'elle n'arrivait pas à saisir.— Elle ne va pas bien, dit Fatou un soir.Nous étions dans la cuisine, préparant le dîner. Les enfants jouaient dans le jardin, leurs rires flottant dans l'air.— Elle vient de tuer un homme, répondis-je. Le seul membre de sa famille qui lui restait. Même s'il était un monstre, ça laisse des traces.— Je sais, dit Fatou. Mais elle s'isole. Elle ne parle plus. Elle ne mange plus.— Elle a besoin de temps.— Et si le temps ne suffit pas ?Je posai la louche et regardai Fatou.— Alors on sera là pour ell
L'hiver s'était installé sur la ferme, mais à l'intérieur, une énergie nouvelle animait les Gardiens. Les informations récoltées par Valeria et Min lors de la mission allemande avaient ouvert des pistes inattendues.Des noms. Des adresses. Des connexions avec des comptes bancaires, des sociétés écrans, des transactions que le Corbeau avait mises des années à déchiffrer. Mais la pièce manquante était toujours là, insaisissable. L'identité du successeur de Volkov.— On a quelque chose, dit Valeria en entrant dans la salle de commandement.Elle tenait un dossier épais, ses yeux brillant d'excitation.— J'ai recoupé les données avec des archives que Le Corbeau m'a envoyées. Il y a une signature. Sur les comptes, sur les ordres de transfert. Une signature que je reconnais.— De qui ? demanda Emily.— De ma mère.Le silence tomba.— Ta mère ? fis-je.— Elle a travaillé pour le Cercle, avant que je ne naisse. J'ai retrouvé ses traces, il y a quelques années. Elle s'appelait Irina Volkov. Ell







