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Chapitre 5 : Le penthouse d'Isabella

Author: Rarejewel
last update publish date: 2026-07-25 09:26:06

Isabella préparait ce dîner depuis quatre jours.

Elle avait appelé le traiteur elle-même, lui avait donné un nouveau menu, lui avait dit d'oublier tout ce qu'il avait en dossier. Elle avait déplacé le couvert de la salle formelle vers l'espace ouvert près des fenêtres, parce qu'elle voulait que les invités voient la vue. Elle avait commandé des centres de table blancs, hauts et architecturaux. Des lignes nettes. Rien à voir avec les fleurs souples et douces qui traînaient sur le buffet le jour où elle avait franchi la porte pour la première fois.

À dix-huit heures trente, le traiteur était visiblement mal à l'aise.

« La verrerie », dit le chef traiteur, quand elle demanda ce qui posait problème. C'était un homme prudent, du genre à choisir ses mots comme s'il désamorçait quelque chose. « Mme Ashford avait des préférences précises inscrites dans notre dossier. Du cristal pour les dîners de plus de six personnes. Les verres bordeaux pour le rouge, l'autre service pour le blanc. On a toujours travaillé selon cet arrangement. »

« Je veux les hauts, les modernes », dit Isabella. « Ceux avec les tiges fines. »

« Ceux-là ne sont pas sur le compte, malheureusement. » Il le dit avec douceur, ce qui était plus agaçant que s'il l'avait dit sèchement. « Mme Ashford a fixé les préférences du compte il y a trois ans. On n'a jamais rien apporté d'autre. »

Isabella le regarda un instant. « Eh bien, je vous dis autre chose maintenant. »

« Bien sûr. » Il hocha la tête et retourna vers la cuisine. Mais elle surprit le regard qu'il échangea avec la femme qui dressait la desserte. Rapide, en biais. Le regard de gens qui connaissaient l'original et toléraient poliment la révision.

Elle partit trouver Roman.

...

Il était dans le bureau, déjà en veste, ordinateur fermé, prêt comme il l'était toujours, assemblé, présent, et pourtant, d'une certaine façon, encore un peu ailleurs.

« Le traiteur fait des histoires », dit-elle.

« Ils vont s'arranger. » Il consulta sa montre. « Qui a confirmé pour ce soir ? »

Elle énuméra les noms. Il hocha la tête à chacun sans rien ajouter. Sera, avait-elle appris, ajustait la liste des invités en silence autrefois. De petites suggestions que Roman adoptait sans réaliser qu'elles en avaient été. Isabella ne fonctionnait pas ainsi. Elle posait ce qu'elle voulait sur la table et le disait clairement.

« L'éclairage de la salle à manger ne va pas », dit-elle. « Trop jaune. Quelqu'un peut arranger ça ? »

Roman leva les yeux. « Il y a un panneau dans le couloir. Sera l'avait calibré pour le soir. »

Le nom resta suspendu dans la pièce une demi-seconde.

« Je vais me débrouiller », dit Isabella.

Elle n'y arriva pas. La lumière resta chaude et ambrée toute la soirée, du genre qui rétrécit une pièce, comme se trouver à l'intérieur de l'idée que quelqu'un d'autre se fait du confort.

...

Les invités arrivèrent à sept heures.

Isabella était douée pour ça. Elle l'avait toujours été. Elle accueillait les gens à la porte, la main tendue, le sourire facile, se souvenait des bons détails, posait les bonnes questions. Elle avait cette chaleur qui remplissait n'importe quel espace, présente et vive dans le bon sens du terme, attirant naturellement la pièce vers elle.

Le dîner avançait. Le vin se retrouvait dans les mauvais verres mais personne ne le fit remarquer. La conversation passa des affaires à la rénovation de la maison de lac d'un membre du conseil, puis à un film sur lequel tout le monde avait un avis. Isabella maintenait la table en vie. Elle était vraiment douée pour ça.

Roman, à l'autre bout, faisait ce qu'il faisait toujours dans ce genre d'occasion, participer correctement sans jamais laisser personne s'approcher de quoi que ce soit de réel.

Felix Carrow arriva vingt minutes en retard, veste légèrement froissée, légèrement essoufflé, comme Felix arrivait partout. Il serra la main de Roman, se laissa tomber sur sa chaise, et balaya la table du regard comme il balayait toujours les pièces, cherchant l'arrangement précis de personnes auquel il s'attendait.

« Où est Sera ? » Il le dit sans réfléchir, déjà en train de tendre la main vers son verre. « Elle sépare toujours les gens qui ne se supportent pas. La dernière fois, je me suis retrouvé à côté de Mercer pendant trois heures, j'ai failli... » Il leva les yeux. Trouva Isabella qui l'observait depuis l'autre bout de la table. Son visage traversa quatre expressions différentes en deux secondes environ. « Oh. » Il prit son verre. « Désolé. C'est vrai. Désolé. »

La mâchoire de Roman se contracta. Une seule fois. Très légèrement.

« Parlez-moi de cette maison de lac », dit Isabella au membre du conseil assis à sa gauche, et la table se remit en mouvement, fluide et immédiate, parce qu'elle était douée pour ça.

Mais Roman s'était surpris à regarder la porte du couloir quand Felix était arrivé. La façon dont ses yeux s'y étaient portés automatiquement, avant même que son cerveau ne réagisse, cherchant quelque chose qui n'était plus là.

Il l'avait déjà fait une fois avant ça aussi, quand le premier couple était arrivé et que la porte d'entrée s'était ouverte.

Il s'arrêta après la remarque de Felix. Il fit attention à s'arrêter.

...

Les derniers invités partirent juste avant dix heures.

Isabella se déplaçait dans l'appartement portée par l'énergie résiduelle d'une soirée réussie, déjà en train de la remodeler dans sa tête en l'histoire qu'elle raconterait demain. Elle avait porté toute la soirée à bout de bras. Elle le savait, et ça faisait du bien de le savoir. Elle se laissa tomber sur le canapé et retira ses talons, l'un après l'autre.

« C'était réussi », dit-elle.

« Oui », dit Roman.

« Felix était gênant. »

« Il ne le pensait pas méchamment. »

« Je sais. » Elle le regarda. Il se tenait près de la fenêtre avec son verre, ni assis, ni installé nulle part en particulier. « Tu viens t'asseoir ? »

« Dans une minute. »

Elle l'observa un instant. Elle était fatiguée, la soirée avait pris ce qu'elle avait à donner, et elle n'allait pas dépenser ce qui lui restait à tirer sur quelque chose qu'elle ne voyait pas clairement dans le noir.

Elle lui souhaita bonne nuit, l'embrassa sur la mâchoire, et alla se coucher.

...

Roman resta debout devant la fenêtre.

Il faisait tourner son verre lentement dans sa main. L'appartement était silencieux, le traiteur parti, chaque surface redevenue nette et immobile.

Après chaque dîner qu'ils avaient jamais organisé ici, il avait rejoint le lit et trouvé Sera déjà là, en train de lire, parfois déjà endormie. Il ne lui avait jamais demandé comment s'était passée la soirée de son côté de la table. Si ça avait été du travail. Si elle avait été fatiguée. Si le traiteur avait été difficile.

Son téléphone vibra sur la table de chevet.

Il tendit la main vers lui, machinalement.

« L'héritière de Montague Industries refait surface : qui est Seraphina Montague ? »

Il resta là, dans le noir, avec son nom qui brillait sur l'écran.

Son pouce resta suspendu au-dessus, un long moment.

Puis il ouvrit l'article.

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