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Chapitre 6 : La migraine

Author: Rarejewel
last update publish date: 2026-07-28 23:57:08

La réunion de sept heures s'éternisa.

Comme toujours. Roman le savait et avait cessé de lutter contre ça deux ans plus tôt. Il arrivait à six heures quarante-cinq avec son café et sans petit-déjeuner, comme tous les jeudis, et s'asseyait en bout de table de conférence jusqu'à ce que la salle se vide enfin, à neuf heures et quart.

Il enchaîna directement avec un point avec Hartwell. Puis un appel juridique. Puis une pile de documents qui attendait depuis mardi. Priya déposa un café sur le coin de son bureau vers dix heures. Il en but la moitié, froid, sans même s'en rendre compte.

À onze heures quatre, la pression arriva derrière son œil gauche.

Ça commençait toujours là. Pas aiguë. Juste une poussée constante, comme un pouce qui appuie de l'intérieur, assez précise pour qu'il sache exactement ce qui se préparait. Il avait trente minutes, peut-être quarante, avant que ça ne passe de gérable à ce genre de douleur qui fait ressentir la lumière d'un écran comme un choc physique en plein visage.

Il ouvrit le tiroir de son bureau.

Le mot autocollant se trouvait dans le coin supérieur gauche, là où il l'avait recollé quatre jours plus tôt. Son écriture à elle. Petite et régulière. *Aspirine, en haut à gauche. Tu oublies toujours.*

Il vérifia le coin supérieur gauche du tiroir. Une coupelle de trombones. Deux stylos. Rien d'autre.

Il vérifia le fond. Un câble de chargeur. Des tickets de parking qu'il n'avait jamais jetés. Il ouvrit le deuxième tiroir. Des dossiers, une clé USB, un porte-cartes de visite. Il essaya le troisième. Encore des dossiers.

Il se laissa retomber contre le dossier de sa chaise et pressa deux doigts contre son orbite gauche.

Il se leva et alla jusqu'au meuble derrière son bureau où il gardait ses affaires personnelles. Des antiacides, une cravate de rechange, des pastilles pour la gorge d'un rhume attrapé en février. Il déplaça tout d'un côté. Vérifia derrière les pastilles. Rien.

Priya apparut dans l'embrasure avec une révision de contrat.

« Tu as quelque chose contre le mal de tête ? » demanda-t-il.

Elle le regarda de cette façon qu'avait son assistante quand elle hésitait à dire quelque chose. Elle décida de ne rien dire. « De l'ibuprofène. J'en garde à mon bureau. »

« S'il te plaît. »

Elle revint avec deux comprimés et un verre d'eau. Il les avala, la remercia, se rassit, et savait déjà que ça ne suffirait pas. L'ibuprofène convenait pour le genre ordinaire. Ce n'était pas le genre ordinaire. C'était la migraine spécifique du jeudi, celle qui venait de sauter le petit-déjeuner sous pression, et la seule chose qui marchait pour ça était un médicament sur ordonnance qu'il n'avait pas eu à faire remplir lui-même une seule fois en trois ans, parce qu'il avait toujours simplement été là quand il en avait besoin.

Il posa la main sur son œil gauche et appela Isabella.

« Roman ! Quel timing parfait. Tu es libre ce soir ? J'ai trouvé ce nouvel endroit dans l'ouest dont tout le monde parle, je me disais qu'on pourrait... »

« J'ai une migraine », dit-il. « La mauvaise sorte. Tu sais où est mon médicament sur ordonnance ? Pas le générique. Le spécifique. »

Un silence. « Dans l'armoire de ta salle de bain ? »

« Je suis au bureau. »

« Oh. » Un autre silence, plus court. « Prends juste du Tylenol, chéri. Ça ira. »

Il regarda le mot autocollant dans son tiroir ouvert. « D'accord », dit-il. « Je vais me débrouiller. »

Il raccrocha.

Il demanda à Priya d'annuler sa réunion de midi. Puis il ferma la porte de son bureau, éteignit le plafonnier, et s'assit dans le noir, une main plaquée sur son œil gauche.

Vingt minutes. La pression atteignit son maximum, se maintint, puis commença très lentement à refluer, pas disparue, mais réduite à quelque chose avec lequel il pouvait fonctionner. L'ibuprofène faisait ce qu'il pouvait, ce qui n'était pas suffisant, mais c'était toujours ça.

Il resta assis dans le silence et pensa au fait qu'elle avait su que c'était toujours l'œil gauche. Il ne le lui avait jamais dit. Il ne se souvenait même pas de l'avoir dit à qui que ce soit. Elle avait simplement remarqué, à un moment donné pendant ces trois années à le voir rentrer la main sur le visage, de quel côté c'était toujours. Elle lui avait porté ce genre d'attention, et il n'avait même pas su que ça se passait.

Il resta assis avec cette pensée un long moment.

...

Il quitta le bureau à six heures. Priya haussa un sourcil et ne dit rien.

Isabella était sortie pour la soirée, un dîner entre amies. Le penthouse était silencieux quand il rentra. Il posa sa veste et alla d'abord dans la chambre, vérifia l'armoire de la salle de bain par réflexe, trouva ses affaires sur une étagère et un espace vide sur l'autre. Il vérifia le tiroir de la table de chevet. Rien.

Il n'était pas sûr de ce qu'il faisait. Le médicament avait été au penthouse, il l'avait dit à Isabella, mais les choses avaient bougé depuis le départ de Sera. Pas d'un coup. Progressivement. Isabella avait posé ses produits sur l'étagère de la salle de bain. Les étiquettes des placards de la cuisine avaient été à moitié décollées et jamais remplacées. Les choses avaient été déplacées sans être relogées nulle part en particulier.

Il alla à la cuisine. La bouilloire était en marche avant même qu'il ait décidé de l'allumer. Il resta debout au comptoir à l'attendre, sans vraiment voir la pièce.

Ses yeux se posèrent sur le placard au-dessus de la machine à café par habitude, celui qu'il avait regardé Isabella fouiller lors de sa première matinée ici. Il l'ouvrit. Déplaça une tasse pour atteindre celle derrière.

Ses doigts touchèrent quelque chose.

Un rectangle plat, léger, coincé contre le fond de l'étagère, derrière la deuxième rangée de tasses. Il déplaça deux tasses et tendit la main.

Une plaquette de comprimés. Son ordonnance. Une dose restante, le papier alu encore intact. L'étiquette de la pharmacie, au dos, portait son nom.

Il resta debout au comptoir de la cuisine à la regarder.

Elle avait laissé une réserve ici. Derrière les tasses, hors de vue, quelque part où ça ne serait ni déplacé ni jeté par accident, quelque part où ça pourrait simplement exister discrètement, au cas où il en aurait besoin après son départ. Elle avait stocké une seconde réserve dans un endroit qu'elle avait choisi précisément parce que c'était le genre d'endroit qu'il finirait par regarder, pas tout de suite, mais éventuellement.

Elle avait su qu'il en aurait besoin et qu'il ne l'aurait pas.

Elle avait prévu ça.

Roman resta debout un long moment, la plaquette de comprimés posée dans sa paume ouverte, la cuisine silencieuse autour de lui, la bouilloire qui commençait à siffler sur le comptoir derrière lui.

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