ログインFofana marcha,.en prenant son temps.Elle ne prit pas d’escorte. Elle laissa son manteau gris au bateau, garda juste la dague à la ceinture, celle qu’elle ne quittait jamais. Les gardes voulurent protester. Elle les regarda une fois. Ils se turent. L’île de Chakee ne se visitait pas. Elle s’endurait. Le chemin partait du quai et grimpait en lacets serrés vers les falaises du nord. Les premières pentes étaient nues, balayées par le vent. La roche volcanique noire affleurait partout, tranchante comme des dents. Chaque pas soulevait une odeur de sel sec et de roche ancienne. Puis, à mi-pente, le paysage changea. La bruyère apparut. D’abord en touffes isolées, violettes et tenaces, accrochées aux crevasses. Puis en nappes entières qui recouvraient les flancs de la montagne comme un tapis mal taillé. Le vent faisait onduler la bruyère, et l’odeur amère, terreuse, montait dans les narines. Le même ciel bas, la même lumière grise qui ne décide jamais si elle veut pleuvoir ou se d
Les événements qui s'étaient déroulés dans cette meute considérée comme étant la plus cruelle de toutes n'avait laissé personne indifférent. La reine Lycane Fofana arriva sur l’île de Chakee avec une humeur massacrante. Comme d’habitude. Le bateau accosta dans la crique nord avant l’aube. L’air sentait le sel et la mangrove humide. Des torches fumaient sur les quais, tenues par des gardes qui ne parlaient pas. Ils s’inclinèrent bas quand elle descendit, mais leurs yeux ne croisèrent pas les siens. Fofana n’aimait pas Chakee. Et en même temps, elle l’aimait trop pour l’admettre. C’était chez elle. C’était aussi le lieu où tout avait pourri. L’île était belle, à la manière des jolies choses qui savent mordre. Des falaises recouvertes de bruyère tombaient dans une mer trop bleue. Les jungles intérieures montaient en terrasses, pleines de fruits exotiques... et de bêtes qui chassaient la nuit. Les habitations de pierre corallienne s’accrochaient aux pentes comme des c
Le bureau du Surveillant Instructeur Jenkins ne sentait pas seulement l’encre ni le vieux cuir. Il sentait aussi le fer froid. Tous les bagarreurs étaient là. Sous leurs uniformes, l’odeur du sang séché se mêlait à celle de l’eau de mer et de la sueur. Devant, mis en avant pour l’exemple : Konia, Rax, Sukann, Arrow. Derrière, en bloc compact, les autres : Biko, Lila, Soren, Juma, Tarek, Narna. Et six louveteaux de deuxième année, dont Selazia, les mains bandées dans des compresses humides, le visage pâle, soutenue par une camarade. Le Surveillant Jenkins était assis derrière son bureau, dans sa chaise haute, droit, les avant-bras posés à plat. Il les regardait.Ses yeux étaient sombres comme deux cailloux de rivière polis par trop de courants. Quand il bougeait, on entendait le frottement discret de ses os. Un loup ancien. Un loup plus discret que l'air, avec une patience indicible. Il les laissa attendre. Le silence fit son travail. Les respirations se
Elle fut tirée de son sommeil agité sans ménagement... Le monde du désert, des sept Djinns, de l’or et du collier d’Akua s’effaça d’un coup. Les runes, la chaleur, la voix de Saffron… tout fut balayé. On aurait dit qu'on la traînait. Les derniers relents du mystérieux rêve étaient encore vivaces dans ses yeux lourds, collés de sable imaginaire. Une seconde elle sentait la chaleur contre sa peau, la seconde d’après elle sentait l’air glacé du dortoir et l’eau. De l’eau. Particulièrement froide. Un seau entier déversé sur son visage et sa poitrine, puis un autre sur tout le corps, sans préavis. L’eau lui coupa la respiration. Le choc thermique lui glaça la colonne vertébrale jusqu’aux dents. La surprise, la douleur et la fureur de Shyria se mêlèrent dans son esprit en un cocktail dangereux, un éclair jaune qui monta derrière ses yeux. Elle hurla. Un cri rauque, pas humain, pas tout à fait louve. Ses mains battirent l’air, cherchant à frapper, à repousser, à se libérer. Ma
la vision s'étiole... Konia revint dans le désert de son songe sans le vouloir, comme on revient à un endroit où l’on a oublié quelque chose d’important. La boule de cristal était derrière elle, éteinte, terne, comme si elle avait donné tout ce qu’elle avait à donner. L’image du palais en flammes, du corps d’Akua, du rire d’Indé, s’était incrustée sous ses paupières. Elle ne voulait plus regarder. Elle s’éloigna donc. Ses pas ne faisaient pas de bruit. Le désert de rêve ne gardait pas d’empreintes. L’air vibra alors. Ce n’était pas le vent. C’était une présence. Plusieurs présences. Lourdes, anciennes, comme si le désert lui-même se redressait pour regarder. Konia leva les yeux. Elle croisa alors le regard de plusieurs individus. Sept, compta Shyria. Ils n’étaient pas humains. Ils ne faisaient pas semblant de l'être. Des Djinnarous. Riches. Royaux. Dangereux. Leurs vêtements n’avaient rien à voir avec les habits des djinns de Zanzibar ou des marchands
Une autre scène encore. Cette fois, plus familière à Konia. La nuit du coup d’État. Le palais brûlait. Les flammes léchaient les colonnes de marbre blanc et noircissaient les sculptures de bois d'acacia. Le toit de la grande salle s’était effondré au tiers, projetant une pluie d’étincelles sur la cour intérieure. L’air sentait le sang, le bois brûlé, et quelque chose de plus âcre : le poison. Les loups renégats couraient partout, sous forme humaine comme sous forme lupine. Leurs pelages étaient souillés de cendre, leurs yeux brillaient d’une fièvre qui n’avait rien de loyal. Ils tuaient. Ils pillaient. Ils riaient enfonçant leurs griffes dans la gorge des anciens Cetas qui n’avaient pas eu le temps de sortir leurs dagues. Les cadavres des Cetas gisaient le long des couloirs, tordus, une mousse verte aux babines
Raïhm et Panou se tenaient aux côtés de la petite Lycane, qui avait un sommeil agité. La nourrice Panou avait été la première à se réveiller, alertée par les mouvements brusques de la petite. Suivie de Raïhm. Elle n'avait pas eu besoin de le réveiller, le prince Lycan, avec ses sens surdéveloppés,
La liberté. Le savoir. Deux choses qui lui étaient particulièrement chères. Indé Fils était étendu sur le sable chaud d'une plage de Loumm, une île vierge située à plus de 30 km de l'île Zanzibar. Il regardait le ciel bleu clair, les yeux fermés, laissant la chaleur du soleil pénétrer dans son cor
Yara, fille d’Indé, trottinait à travers les couloirs obscurs du Palais‑Royal, son pelage gris‑câlé éclaté par la lueur pâle des torches qui vacillaient sur les murs de pierre. Le souffle court, les oreilles dressées, elle glissait comme une ombre entre les colonnes sculptées, évitant les éclats de
C'était un tableau inattendu. Raïhm s'immobilisa devant la scène qui se déroulait devant lui. Il ne s'attendait pas à voir la nourrice Panou, tête baissée, assise à l'escalier de la petite véranda, et encore moins... À voir une grande louve de pelage gris et aux yeux d'un jaune or rempli de pui







