LOGINUne autre scène encore. Cette fois, plus familière à Konia. La nuit du coup d’État. Le palais brûlait. Les flammes léchaient les colonnes de marbre blanc et noircissaient les sculptures de bois d'acacia. Le toit de la grande salle s’était effondré au tiers, projetant une pluie d’étincelles sur la cour intérieure. L’air sentait le sang, le bois brûlé, et quelque chose de plus âcre : le poison. Les loups renégats couraient partout, sous forme humaine comme sous forme lupine. Leurs pelages étaient souillés de cendre, leurs yeux brillaient d’une fièvre qui n’avait rien de loyal. Ils tuaient. Ils pillaient. Ils riaient enfonçant leurs griffes dans la gorge des anciens Cetas qui n’avaient pas eu le temps de sortir leurs dagues. Les cadavres des Cetas gisaient le long des couloirs, tordus, une mousse verte aux babines
Elles s’arrêtèrent devant un restaurant magnifique, encastré dans un mur de corail couvert de bougainvilliers. Pas une grande salle, non. Une cour ouverte, avec des tables basses en bois de manguier, des nappes blanches, des lanternes en verre bleu qui cliquetaient au vent. Des palmiers nains faisaient de l’ombre. L’air sentait le cacao grillé, le baobab, la menthe. Un serveur les vit arriver et ne posa aucune question. Il s’inclina, comme on s’incline devant une vieille cliente qu’on ne nomme pas. « Pour vous, Majesté, » dit-il en posant deux verres taillés sur la table basse. « Pour vous, Khan, » ajouta-t-il en s’inclinant vers Saffron. On leur servit très respectueusement du jus de baobab parfumé au cacao. Le
La scène changea sans bruit, comme une marée qui remonte. Saffron se levait, et faisait deux pas vers le bureau. Les runes sur ses avant-bras cessèrent de bouger. Elles devinrent droites, rigides, comme des épines dressées. « Roi Kofi, » dit-elle, et son ton n’était plus celui qu’elle avait employé pour Khary. Il n’y avait plus de douceur. « Parlons de ton cercle. Leur fais-tu confiance ?» Kofi ne répondit pas tout de suite. Il laissa son regard ambre glisser de Saffron à Akua, puis revenir. Un Alpha n’aime pas qu’on parle de sa meute comme d’un troupeau qu’on compte. « Mon cercle est loyal, » dit-il enfin. « Je choisis mes guerriers moi-même. Je connais leurs pères, leurs mères, leurs enfants, leurs animaux de compagnie. » Saffron inclina la tête. Le turban doré prit la lumière et la rejeta en éclats qui dansèrent sur le mur blanc. « Le désert aussi connaît chaque grain de sable, » murmura-t-elle. « Et pourtant, une tempête en soulève un pour te crever l’œil. »
Or, Konia vit la scène devenir plus colorée, plus vivante. Puis une scène revenue du passé se déroula dans le bureau sous ses yeux. Elle savait que ce n'était que mentalement qu'elle y était, pas physiquement. La lumière changea. Le bleu éclatant du ciel de rêve céda la place à la lumière dorée de l’après-midi zanzibarienne. Les murs blancs cassés reprirent leur chaleur. L’odeur de jasmin devint plus nette, mêlée à celle de l’encre et du bois d’acajou. Kofi était assis à son bureau, droit, les coudes posés sur l’acajou poli. Il n’avait pas encore les traits tirés de fatigue. Ses yeux étaient calmes. Alpha, mais pas encore roi usé par la guerre. La Reine Lycane Akua était debout à ses côtés. Grande, fine, le dos droit comme une lame. Sa main reposait sur le dossier du fauteuil de Kofi,
Puis la scène surréaliste changea encore. Le rythme des tourbillons se fit plus saccadé. La musique hésita une seconde, comme un musicien surpris. Les lumières perdirent leur régularité. Les pierres précieuses clignotèrent. Et des éclairs apparurent au milieu des tourbillons. Comme des éclairs d’orage. De l’électricité brute. Mais colorés. Un trait violet jaillit du tourbillon d’améthyste et mordit l’air jusqu’au tourbillon de saphir. Un éclair or fendit le diamant. Un éclair noir, irisé, courut entre l’opale et le rubis. On aurait dit qu'ils communiquaient. Ils ne faisaient pas de bruit. Ils ne sentaient pas l’ozone. Ils vibraient. Chaque trait faisait trembler le sable sous les pattes de Konia, comme si la terre elle-
Konia se tournait et se retournait dans sa couche. Le tissu frais lui collait à la peau couverte d'une fine sueur... Elle ne sut dire si c’était elle ou Shyria qui rêvait Tout ce qu'elle voyait, c'est qu'elle marchait dans un désert, différent de celui qu'elle voyait souvent dans ses songes. Elle était sous forme lupine. Mais pas la Lycane énervée des nuits de chaînes, ni celle à l'esprit marqué des combats et vengeance. Celle-ci était une Lycane puissante, le poitrail large, le pelage gris clair brillant sous la lumière. Chaque muscle répondait à l’instinct de courir, de chasser, de tenir sa meute. Sous ses pattes, le sable n’était pas celui qu’elle connaissait. D’habitude, dans ses songes, le désert de Zanzibar sentait le sel et la verdure. Il y avait la plage tout près, les vagues qui léchaient le rivage, l’oasis avec ses palmiers dattiers dont les feuilles claquaient au vent. Il y avait la chaleur, l’odeur des dattes mûres, le chant des oiseaux près de l’eau. Ici,
L'homme qui observait la maison de Raihm ne savait pas qu'il était lui-même observé. Raihm, qui était sorti pour prendre l'air, l'avait repéré et s'était approché de lui sans faire de bruit. L'homme, absorbé dans ses pensées, ne remarqua pas Raihm qui s'approchait de lui par derrière. Ce fut se
Raïhm, le prince Alpha, s’appuya contre la balustrade de fer forgé, les griffes légèrement enfoncées dans le métal froid, tandis que Tano, le fils du Bêta Tindiko, se tenait à ses côtés, les oreilles dressées, le regard perdu dans le panorama qui s’étendait à leurs pieds. « Tano, » commença Raïhm
Yara, fille d’Indé, trottinait à travers les couloirs obscurs du Palais‑Royal, son pelage gris‑câlé éclaté par la lueur pâle des torches qui vacillaient sur les murs de pierre. Le souffle court, les oreilles dressées, elle glissait comme une ombre entre les colonnes sculptées, évitant les éclats de
La liberté. Le savoir. Deux choses qui lui étaient particulièrement chères. Indé Fils était étendu sur le sable chaud d'une plage de Loumm, une île vierge située à plus de 30 km de l'île Zanzibar. Il regardait le ciel bleu clair, les yeux fermés, laissant la chaleur du soleil pénétrer dans son cor







