LOGINLa porte s'ouvrit sur Jade Renard vingt-trois minutes plus tard, ce qui pour Jade constituait une performance d'une ponctualité remarquable. Elle portait un manteau léopard qui n'appartenait qu'à elle, un sac en bandoulière débordant de ce qui semblait être la moitié d'une épicerie italienne, et cette énergie particulière qu'elle dégageait en
Le vendredi matin arriva avec cette lumière franche et sans ambiguïté des fins de semaine qui ne demandaient pas la permission d'être là.Clara entra dans Santé-Vita à sept heures quarante, salua Lucie qui rayonnait comme tous les vendredis matin avec cette énergie particulière des gens qui aimaient les vendredis d'un amour sincère et sans réserve, prit l'ascenseur, longea le couloir. La lumière du bureau d'Alexandre était allumée, comme toujours, comme si la nuit précédente n'avait rien changé à ses habitudes, comme si les habitudes étaient encore la chose qui comptait le plus.Elle entra dans son propre bureau,
La maison de Bellevue était éclairée quand Alexandre remonta l'allée des platanes.Il la regarda depuis le portail, les mains dans les poches, sans se presser. Les fenêtres du salon, la chambre au premier, cette distribution familière des lumières qui lui disait tout sur ce qui l'attendait à l'intérieur avant même qu'il ait poussé la porte. Ambre était rentrée dans la journée, probablement, d'un voyage ou d'un shooting, avec ses valises et son parfum et cette légèreté désinvolte qu'elle apportait partout comme un bagage qu'elle ne remarquait plus tellement il était naturel.Il entra.
Ils restèrent là.Personne ne parla. Personne ne bougea vers les documents encore ouverts sur le bureau, vers le dossier Yamamoto et ses trois clauses à régler avant neuf heures le lendemain matin. Ces choses-là existaient toujours, elles attendraient, elles avaient la patience des choses qui n'avaient pas d'autre choix.Clara regardait Alexandre et Alexandre regardait Clara dans la lumière basse du bureau. Ce silence entre eux n'avait plus rien à voir avec les silences professionnels des couloirs et des salles de réunion. C'était un silence lourd, magnétique, qui avait balayé le reste du monde pour s'installer à sa place, avec l'évidence tranquille d
Alexandre posa le dossier sur le bureau de Clara, l'ouvrit à la première page, et dit sans préambule ce que Clara avait compris en entendant ses deux coups à la porte, que ce jeudi soir n'allait pas se terminer de sitôt."Yamamoto a envoyé des modifications de dernière minute sur trois clauses fondamentales. Il veut une réponse demain matin neuf heures."Clara regarda les pages. Les modifications étaient substantielles, pas des ajustements de forme mais des repositionnements stratégiques sur la durée, les droits dérivés et les conditions de sortie, exactement les trois points sur lesquels la négociation avait été la plus tendue dep
La semaine qui suivit Grandval ressembla à toutes les semaines de l'extérieur et ne ressembla à aucune de l'intérieur.Clara arrivait à sept heures quarante-cinq, saluait Lucie, prenait l'ascenseur, longeait le couloir jusqu'à son bureau, allumait son ordinateur, ouvrait ses emails. Elle travaillait sur le dossier Yamamoto, avançait sur les documents pour Heliox, répondait aux sollicitations avec la précision habituelle qui ne lui faisait jamais défaut même quand tout le reste était moins ordonné qu'elle ne l'aurait voulu. En surface, rien n'avait changé. En profondeur, tout continuait à bouger avec cette lenteur inexorable des choses qui avaient décidé de prendre leur place et qui n'avaient pas besoin d'&ec
Le samedi matin trouva Clara dans son appartement avec son café, le bracelet sur la table basse, et le silence de Claireville derrière les fenêtres.Elle n'avait pas appelé Jade. Elle n'avait pas ouvert son ordinateur. Elle n'avait pas fait les courses qu'elle repoussait depuis trois semaines ni relu les notes de Marc Villeneuve ni cherché de nouvelles informations sur la personne dont elle avait le nom sur le bout de papier.Elle avait juste fait du café et s'était assise sur le canapé et avait regardé le plafond.Le plafond de son appartement était blanc et bas et parfaitement ordinaire,







