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Chapitre 2 : Face à Face

Author: Nad
last update publish date: 2026-08-10 04:40:50

Chapitre 2 : Face à Face

Le couloir semblait s'étirer à l'infini devant Clara, les murs blancs et les portes en bois sombre se succédant dans une symétrie parfaite. Le silence était assourdissant, seulement brisé par le claquement régulier de ses talons sur le sol en marbre. Clara avança d'un pas mesuré, s'efforçant de contrôler sa respiration, de calmer les battements désordonnés de son cœur. Elle était si proche du but. Si dangereusement proche.

Elle s'arrêta devant la porte du fond. Une plaque en laiton indiquait sobrement "Alexandre de Saint-Victor, PDG". Clara prit une profonde inspiration, lissa une dernière fois sa jupe d'un geste machinal et frappa trois coups secs. Trois coups qui résonnèrent dans le couloir silencieux comme autant de coups de pistolet.

"Entrez", répondit une voix masculine de l'autre côté de la porte.

Une voix grave, posée, qui n'admettait pas la contradiction. Clara tourna la poignée et poussa la porte.

Le bureau était immense, baigné d'une lumière froide et bleutée qui filtrait à travers de larges baies vitrées. Claireville s'étendait en contrebas, miniaturisée et silencieuse, comme une maquette exposée pour le seul plaisir de celui qui régnait ici. Des étagères chargées de dossiers couraient le long des murs, entrecoupées de quelques œuvres d'art sobres et coûteuses. Tout dans cette pièce respirait le pouvoir, la maîtrise, le contrôle absolu.

Et au centre de tout cela, debout derrière un imposant bureau en acajou, se trouvait l'homme qu'elle était venue détruire.

Alexandre de Saint-Victor était exactement tel qu'elle se le rappelait des photos de presse. Grand, élancé, le visage ciselé aux traits durs comme taillés dans le marbre. Ses cheveux d'un noir de jais étaient légèrement décoiffés, comme s'il avait passé la main dedans un peu trop souvent ce matin-là. Mais ce qui frappait le plus, ce qui retenait le regard et refusait de le lâcher, c'était ses yeux. D'un bleu si pâle qu'ils en paraissaient presque gris, ils semblaient transpercer quiconque avait le malheur ou le courage de les affronter.

Il se leva et contourna son bureau avec une aisance naturelle, la main tendue vers elle. "Mademoiselle Morel, je présume. Alexandre de Saint-Victor."

Clara serra sa main, s'efforçant de ne pas tressaillir à ce contact. La poignée d'Alexandre était ferme et froide, comme l'homme lui-même semblait l'être. Elle soutint son regard sans ciller, refusant de se laisser intimider.

"Tout le plaisir est pour moi, Monsieur de Saint-Victor", répondit-elle avec un sourire poli et mesuré. "C'est un honneur de rejoindre une entreprise aussi prestigieuse que Santé-Vita."

Il l'étudia un long moment, ses yeux pâles la scrutant avec une acuité qui mit Clara mal à l'aise malgré elle. Puis il fit un geste en direction du fauteuil placé face à son bureau. "Asseyez-vous, je vous en prie."

Il reprit sa place derrière son bureau, croisa les mains devant lui et la regarda avec cette même intensité qui semblait être sa façon naturelle d'observer le monde. "Votre CV est impressionnant, Mademoiselle Morel", dit-il finalement. "Mais j'avoue être curieux. Pourquoi quitter un poste aussi confortable pour devenir mon assistante ?"

Clara s'était préparée à cette question. Elle l'avait répétée des dizaines de fois, jusqu'à ce que la réponse sorte naturellement, sans hésitation, sans faille. "J'ai toujours admiré Santé-Vita", répondit-elle avec une conviction parfaitement dosée. "Votre engagement envers l'innovation, votre volonté de repousser les limites de la science pour améliorer la vie des gens. Quand j'ai vu que vous recherchiez une assistante, j'ai su que je devais saisir cette opportunité."

Alexandre l'étudia un long moment, ses doigts tapotant légèrement le bureau dans un rythme lent et régulier. Clara retint son souffle intérieurement, maintenant son sourire avec une discipline de fer. Allait-il voir à travers son mensonge ? Allait-il deviner ce qui se cachait derrière cette façade soigneusement construite ?

Mais finalement, il hocha la tête, apparemment satisfait. "Votre enthousiasme est rafraîchissant, Mademoiselle Morel. J'espère que vous le conserverez. Travailler pour moi n'est pas une sinécure, je vous préviens. J'attends de mes collaborateurs qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes, à chaque instant, sans exception."

"Je n'ai pas peur du travail", répondit Clara, soutenant son regard. "Je suis prête à relever le défi."

Un sourire effleura les lèvres d'Alexandre, fugace et énigmatique. Il ne ressemblait à rien de chaleureux. "Nous verrons cela." Il se leva, signifiant clairement que l'entretien était terminé. "Inès, mon assistante de direction, va vous conduire à votre bureau et vous mettre au courant de votre emploi du temps. Bienvenue chez Santé-Vita, Mademoiselle Morel."

Clara se leva à son tour, le remerciant d'un signe de tête. Elle se dirigea vers la porte, le cœur battant la chamade dans sa poitrine. Elle avait réussi. Elle était dans la place.

Mais alors qu'elle posait la main sur la poignée de la porte, la voix d'Alexandre s'éleva derrière elle, la figeant sur place.

"Une dernière chose, Mademoiselle Morel."

Elle se retourna lentement, son regard interrogateur.

Les yeux d'Alexandre étaient rivés sur elle, intenses et perçants. "Je ne crois pas aux coïncidences. Et votre arrivée ici, au moment précis où j'ai le plus besoin d'une assistante de confiance... c'est presque trop beau pour être vrai." Il marqua une pause, laissant le silence peser entre eux. "J'espère que vous êtes aussi fiable que vous le prétendez. Je n'aime pas les surprises."

Sur ces mots, il se détourna, reportant son attention sur les documents étalés sur son bureau, comme si elle avait déjà cessé d'exister. Clara resta un instant immobile, le souffle coupé, avant de se ressaisir et de quitter la pièce, refermant doucement la porte derrière elle.

Ce n'est qu'une fois dans le couloir qu'elle s'autorisa à respirer à nouveau. Une jeune femme l'attendait, se tenant droite comme un i, les mains croisées devant elle, le visage lisse et fermé. Elle avait à peine vingt-cinq ans, des cheveux châtains coupés court et des yeux noisette qui ne trahissaient rien.

"Mademoiselle Morel", dit-elle d'une voix nette et professionnelle. "Je suis Inès Collet, secrétaire de Monsieur de Saint-Victor. Je vais vous conduire à votre bureau."

Elle tourna les talons sans attendre de réponse, s'attendant visiblement à être suivie. Clara emboîta le pas à cette jeune femme dont la froideur semblait presque aussi redoutable que celle de son patron.

La partie ne faisait que commencer.

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