LOGINLes larmes coulent sur ses joues.
Des larmes silencieuses, des larmes qui roulent sur ses rides, qui suivent les sillons creusés par les années, par les regrets, par les nuits sans sommeil, il ne les essuie pas, il ne les cache pas, il les laisse couler, il les laisse tomber sur la nappe en plastique, sur les fleurs jaunes, sur le café renversé.— Pardonne-moi, Charlotte, je ne voulais pas te faire de mal.Les mots sortent de sa bouche comme un souffle, comme une pr— AlexandreLe manoir est silencieux, d'un silence de fin de journée, doux, apaisé, un silence que je n'avais pas connu depuis des années. Je suis assis dans le salon, dans le grand fauteuil de cuir que mon père occupait autrefois, celui que je n'avais jamais osé occuper, et je regarde le feu qui crépite dans la cheminée en projetant des ombres dansantes sur les murs. Charlotte est à côté de moi, sur le canapé, Thomas dans ses bras, et elle lui parle doucement, elle lui chante une chanson que je ne connais pas, une chanson qui parle d'amour et de bonheur. Et moi je les regarde, ma femme et mon fils, et je me dis que je suis l'homme le plus chanceux du monde, que j'ai failli tout perdre, que j'ai tout, et que je ne laisserai plus jamais rien m'échapper, plus jamais.Je prends une respiration, je pose mon verre sur la table, et je dis d'une voix douce, hésitante, celle d'un homme qui n'a pas l'habitude de parler de lui :— Charlotte. Je veux te parler d
— Alexandre La salle de conférence de presse est pleine à craquer, bondée de journalistes, de caméras, de micros tendus comme des canons braqués sur la table, et je me tiens debout derrière le bois, les mains à plat, sentant sous mes paumes le poids de ce dossier que Charlotte a trouvé dans le grenier, ce dossier que Thomas avait constitué pièce par pièce, ce dossier qui contient la vérité que nous attendions depuis des mois. La vérité qui va tout changer. La vérité qui va détruire Ferland. La vérité qui va me libérer de cinq ans de cauchemar. Charlotte est à côté de moi, elle porte Thomas dans ses bras, notre fils, notre petit miracle, et il dort paisiblement, inconscient du monde qui l'entoure, inconscient de la tempête qui va éclater dans quelques secondes. Sophie est là aussi, dans le premier rang, avec M. Gauthier, avec les avocats, avec tous ceux qui nous ont soutenus sans jamais douter. Et je les regarde, tous, un par un, et je me dis
— CharlotteLe grenier du manoir est un endroit que je n'avais jamais visité. Un endroit poussiéreux, sombre, encombré de malles, de cartons, de meubles recouverts de draps blancs. J'y monte avec une lampe de poche, un chiffon, et une détermination sans faille. Alexandre est à l'hôpital avec Thomas, notre fils, notre petit miracle, et moi, je suis là, dans ce grenier, à chercher. À chercher quoi ? Je ne sais pas. Une preuve. Un document. Quelque chose qui pourrait confondre Ferland. Quelque chose qui pourrait nous aider à le faire payer. Je ne sais pas ce que je cherche. Mais je cherche.Je passe des heures à fouiller. Les malles. Les cartons. Les tiroirs. Je trouve des choses sans importance. Des photos de famille. Des vieux vêtements. Des livres. Des papiers. Et puis, dans un coin, sous une couverture, je trouve une malle. Une vieille malle en bois, avec des ferrures en cuivre, et une serrure rouillée. Elle est couverte de poussière. Elle n'a pas été ouverte
— CharlotteLa douleur me réveille en pleine nuit. Une douleur vive, lancinante, qui me tord le ventre, qui me coupe le souffle, qui me fait crier. Je me redresse dans le lit. Je pose ma main sur mon ventre. Il est dur, tendu, et je sens quelque chose qui coule entre mes cuisses, quelque chose de chaud, quelque chose d'humide. Du sang. Ou du liquide amniotique. Je ne sais pas. Je ne veux pas savoir. Je secoue Alexandre. Il dort à côté de moi. Il ouvre les yeux. Il me voit. Il voit mon visage. Il voit ma peur. Et il se redresse d'un bond.— Charlotte. Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui se passe ?— Le bébé. Il arrive. Il arrive maintenant. Maintenant. Maintenant.Il ne perd pas une seconde. Il se lève. Il s'habille. Il m'aide à me lever. Il m'aide à marcher. Il m'emmène à la voiture. Il conduit comme un fou. Les rues défilent. Les lumières. Les feux rouges. Les klaxons. Il ne s'arrête pas. Il ne ralentit pas. Il conduit comme si sa vie en dép
— CharlotteL'étude de Ferland est au centre-ville, dans un immeuble de verre et d'acier, au trentième étage. Nous montons dans l'ascenseur, Alexandre et moi, et le silence est total. Les portes s'ouvrent. Le couloir est silencieux, moquetté, éclairé par des lampes discrètes. La porte de l'étude est en chêne massif, avec une plaque de cuivre gravée : Me J. Ferland, avocat. Alexandre pose sa main sur la poignée. Il hésite. Il me regarde. Et je hoche la tête. Il ouvre la porte.Ferland est là. Assis derrière son bureau, les pieds sur la table, un cigare à la main, un sourire aux lèvres. Il nous voit. Son sourire s'élargit. Il ne semble pas surpris. Il semble même s'attendre à notre visite. Il retire ses pieds de la table. Il écrase son cigare dans un cendrier en cristal. Il se lève. Il nous regarde. Et il dit, sa voix est douce, trop douce, une voix de miel et de venin :— Monsieur Lavoie. Madame Lavoie. Quelle surprise. Je ne m'attendais pas à vous voi
— CharlotteLe dossier est posé sur la table. Un dossier épais, couvert de poussière, aux pages jaunies, aux coins cornés. Sophie l'a trouvé dans les archives de Lavoie Industries. Un dossier qui date de l'époque de l'accident. Un dossier qui concerne Ferland. Un dossier que personne n'avait ouvert depuis cinq ans. Je l'ouvre. Je le lis. Et je sens la colère qui monte. La colère et l'horreur. Parce que ce que je lis, c'est pire que ce que j'imaginais. C'est pire que tout. Ferland était l'avocat du père d'Alexandre à l'époque de l'accident. Il gérait les affaires les plus sensibles. Les affaires les plus sales. Et il avait tout à gagner à la mort de Thomas. Parce que Thomas était l'héritier désigné. Parce que Thomas allait prendre la tête de l'entreprise. Parce que Thomas allait découvrir les détournements de fonds de Ferland. Parce que Thomas allait le dénoncer. Parce que Thomas allait le détruire. Alors Ferland l'a tué. Il a tué Thomas pour sauver sa peau. Il a tué Th







