LOGINChapitre 5, Seulement des soupçons
Point de vue de Sélyane Arvenys
Je restai plusieurs secondes sans bouger après le départ de cet homme. Le silence de la bibliothèque me paraissait soudain beaucoup plus lourd. Quelques minutes auparavant, j’avais seulement des soupçons. Maintenant, j’avais la certitude que quelqu’un essayait de m’arrêter. Et cela ne faisait que renforcer ma détermination. Je refermai doucement le dossier d’Elvire Cassandre et le glissai dans mon sac. Je n’allais pas rester ici. Pas parce que j’avais peur. Mais parce que je venais de comprendre une chose importante. Je n’étais plus en train de chercher une vieille histoire. J’étais en train de déranger des personnes qui avaient passé dix ans à protéger un secret. Lorsque je sortis de la bibliothèque, le froid de Genève me frappa immédiatement.Les rues étaient animées, les passants marchaient rapidement, chacun occupé par sa propre vie. C’était étrange de penser qu’au milieu de cette ville si calme, certaines personnes pouvaient cacher des vérités aussi dangereuses.
Je sortis mon téléphone et composai un numéro. Il décrocha après seulement deux sonneries.
– Vous avez changé d’avis ?
Sa voix. Calme. Contrôlée. Comme toujours.
Je serrai les lèvres.
– Non.
Un silence.
– Alors pourquoi m’appelez-vous, mademoiselle Arvenys ?
Je regardai la rue devant moi.
– Parce que j’ai trouvé quelque chose.
Cette fois, il ne répondit pas immédiatement.
– Qu’avez-vous trouvé ?
Je souris légèrement. Enfin une réaction.
– Vous étiez la dernière personne à avoir vu Elvire Cassandre vivante.
Le silence qui suivit était différent. Plus lourd. Je pouvais presque imaginer son visage changer.
– Où avez-vous obtenu cette information ?
– Donc c’est vrai.
– Je n’ai pas dit ça.
– Vous n’avez pas nié non plus.
Il soupira.
Pour la première fois, j’entendis une émotion dans sa voix. De la fatigue.
– Sélyane, vous ne comprenez pas dans quoi vous mettez les pieds.
– Alors expliquez-moi.
– Ce n’est pas aussi simple.
Je m’arrêtai de marcher.
– Les choses ne sont jamais simples quand quelqu’un essaie de cacher la vérité.
Un nouveau silence.
Puis il répondit :
– Venez à mon bureau.
Je fronçai les sourcils.
– Vous acceptez enfin de parler ?
– Non.
Sa réponse me surprit.
– Alors pourquoi voulez-vous me voir ?
Sa voix devint plus basse.
– Parce qu’il y a certaines choses que je préfère vous dire moi-même.
L’appel se termina. Je regardai mon téléphone. Lior Veydran venait de m’inviter à revenir. Et cette fois, il n’essayait pas de me faire partir. Une heure plus tard, j’étais de nouveau devant son bureau. Mais l’homme que je trouvai devant moi n’était pas le même que les jours précédents. Il semblait plus fatigué. Plus humain. Lior était debout près de la fenêtre, les mains dans les poches.
– Vous êtes venue.
– Vous m’avez appelée.
Il hocha légèrement la tête.
– Asseyez-vous.
Je pris place face à lui. Il resta silencieux pendant plusieurs secondes. Comme s’il cherchait les bons mots.
– Il y a dix ans, j’étais jeune avocat.
Je l’écoutai attentivement.
– Elvire Cassandre n’était pas seulement une héritière.
– Alors qui était-elle ?
Son regard se perdit dans le vide.
– Une personne qui voulait révéler quelque chose.
Je fronçai les sourcils.
– Quoi ?
– Je ne sais pas exactement.
Je haussai un sourcil.
– Vous ne savez pas ?
– Non.
Il s’approcha du bureau.
– Elvire m’a contacté quelques jours avant sa disparition. Elle pensait que quelqu’un de son entourage lui cachait des informations.
– Et vous l’avez aidée ?
Son visage se crispa légèrement.
– J’ai essayé.
Cette réponse m’interpella.
– Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ?
Lior détourna le regard.
– Elle a disparu.
– Et vous étiez la dernière personne à l’avoir vue.
Il ne répondit pas. Son silence était une réponse.
Je me levai lentement.
– Vous m’avez menti.
Il me regarda.
– Je vous ai caché une partie de la vérité.
– Ce qui revient au même.
Il ne protesta pas.
Et c’était peut-être ce qui m’énervait le plus.
– Pourquoi ne pas avoir parlé à la police ?
Une ombre passa dans ses yeux.
– Parce qu’à cette époque, personne ne voulait vraiment connaître la vérité.
– Et vous ?
Il me fixa.
– Moi, j’ai essayé.
Je soutins son regard. Pour la première fois, je ne voyais plus seulement un homme arrogant et mystérieux. Je voyais quelqu’un qui portait un poids depuis des années. Mais je refusais encore de lui faire confiance. Pas complètement.
– Il manque quelque chose dans votre histoire.
Il baissa légèrement les yeux.
– Oui.
– Quoi ?
Sa voix fut presque un murmure.
– La raison pour laquelle Elvire avait peur.
Un frisson me parcourut.
– De qui avait-elle peur ?
Lior releva les yeux vers moi. Mais avant qu’il puisse répondre, son téléphone sonna. Il regarda l’écran. Son expression changea immédiatement.
– Je dois partir.
Je fronçai les sourcils.
– Lior…
Mais il avait déjà pris sa veste.
– Rentrez chez vous, Sélyane.
– Vous recommencez.
Il s’arrêta devant la porte.
Puis il me regarda.
– Cette fois, ce n’est pas un conseil.
Son regard était sérieux.
– C’est une demande.
Je n’eus pas le temps de répondre. Il quitta la pièce. Je restai seule dans son bureau. Mais quelque chose attira mon attention. Sur son bureau, une vieille photographie dépassait légèrement d’un dossier. Je m’approchai. Je la pris entre mes doigts. Mon cœur s’arrêta. Sur la photo, il y avait trois personnes. Lior. Elvire. Et une troisième personne que je connaissais. Je regardai le visage sur la photo. Impossible. Cette personne ne pouvait pas être liée à cette histoire. Pas elle. Je reposai la photo lentement. Parce que je venais de comprendre une chose. L’affaire Elvire Cassandre n’était pas seulement liée à Lior Veydran. Elle était liée à mon propre passé.
Chapitre 40Point de vue de l’auteurLa porte secrète s’ouvrit dans un grincement lent.Personne ne bougea.Le compte à rebours continuait de défiler.00:5400:53Sélyane fixa l’ouverture noire.– Le troisième enfant est là ?Lior ne répondit pas.– Lior !– Je ne sais pas.– Tu viens de dire qu’il est vivant.– C’est ce que Maëlys m’a dit.– Et tu as gardé ça pour toi pendant tout ce temps ?– J’avais trois ans, Sélyane !Sa voix claqua dans la pièce.Il passa une main sur son visage.– Je ne me souvenais même pas de cette conversation. Les souvenirs me sont revenus lorsque j’ai vu cette clinique.Sélyane se tut.Elle savait qu’il disait vrai.Mais elle était épuisée par les secrets.Elias s’approcha de la porte.– Nous devons sortir d’ici.Kaëron regarda le compteur.00:41– On n’a plus le temps.– Il faut trouver le dossier, répondit Elias.Sélyane se précipita vers la table.Elle ouvrit le dossier portant son nom.À l’intérieur se trouvaient plusieurs feuilles.Des documents médic
Chapitre 39 Point de vue de l’auteur– Bienvenue chez toi.La voix résonna dans le tunnel.Sélyane s’arrêta net.Lior leva son arme.Kaëron éclaira l’obscurité avec sa lampe.– Montrez-vous.La silhouette avança lentement.Un homme d’une cinquantaine d’années apparut dans la lumière.Il portait un long manteau sombre et tenait un vieux dossier contre lui.Sélyane ne le connaissait pas.Mais son regard…Elle avait déjà vu ces yeux.Sur une photographie.– Qui êtes-vous ?L’homme regarda Lior.– Je pourrais te poser la même question.Lior fronça les sourcils.– Je m’appelle Lior Veydran.L’homme eut un sourire étrange.– Non.Il se tourna vers Sélyane.– Lui, c’est celui qu’ils ont appelé Lior Veydran.Puis il la fixa.– Et toi, tu es celle qu’ils ont appelée Sélyane Arvenys.Sélyane sentit un frisson.– Alors qui sommes-nous ?L’homme s’approcha du mur.– Les deux enfants que personne n’aurait dû séparer.Il posa le dossier sur une vieille table.– Je m’appelle Elias.Kaëron resta méf
Chapitre 38 Point de vue de l’auteurLa voix résonna encore dans le couloir.– Remettez-nous les deux héritiers… et Maëlys restera en vie.Sélyane sentit la main de sa mère se resserrer autour de la sienne.Lior s’était placé devant elles.Gabriel, lui, tenait son arme fermement.– Vous n’aurez personne, lança-t-il.Un rire froid répondit derrière la porte.– Tu n’as toujours rien compris, Gabriel.– Montrez-vous.– Avec plaisir.Des pas se rapprochèrent.Lents.Calmes.Puis une silhouette apparut derrière la vitre de la porte.Un homme âgé, vêtu d’un costume noir, les observait.Il n’avait pas l’air d’un homme venu se battre.Il avait l’air d’un homme venu récupérer quelque chose qui lui appartenait.– Monsieur Cassandre, murmura Soren.Sélyane regarda Gabriel.– C’est lui ?Gabriel hocha légèrement la tête.– Le dernier des Cassandre.L’homme sourit.– Pas le dernier.Il posa une main contre la vitre.– Pas encore.Lior leva son arme.– Qu’est-ce que vous voulez ?– Les enfants.–
Chapitre 37 Point de vue de l’auteurLa porte se referma derrière eux dans un grincement sinistre. À l’intérieur, l’air était froid et humide. La clinique semblait abandonnée depuis des années, mais quelque chose clochait. Les couloirs étaient plongés dans l’obscurité. Pourtant, une faible lumière brillait au bout du bâtiment. Sélyane avança lentement. Lior marchait juste derrière elle.Gabriel et Soren fermaient la marche, tandis que Kaëron surveillait les alentours.– Ne vous éloignez pas, murmura Gabriel.Sélyane ne répondit pas.Elle avait l’impression de connaître chaque couloir.Chaque porte.Chaque escalier.Elle s’arrêta devant une chambre.La porte était entrouverte.Son cœur se mit à battre plus vite.– C’est ici.Lior regarda la plaque rouillée.Chambre 217.– Comment tu peux le savoir ?– Je ne sais pas.Elle poussa doucement la porte.Une vieille chambre apparut.Deux lits étaient encore présents.Deux petits berceaux.Sélyane s’approcha du premier.Ses doigts tremblaien
Chapitre 36Point de vue de l’auteurLe silence qui suivit la coupure fut plus terrifiant que les coups de feu. Sélyane fixait le téléphone tombé au sol. Elle avait enfin entendu la voix de sa mère. Après vingt-cinq années de questions. Vingt-cinq années à croire qu’elle avait été abandonnée. Et en quelques secondes, tout venait encore de lui échapper.– Elle est en danger.Gabriel ramassa son arme.– Oui.– Alors on va la chercher.– Non.Sélyane se tourna vers lui.– Pardon ?– Tu ne sais pas dans quoi tu mets les pieds.– C’est ma mère !– Justement.– Vous venez de me dire qu’elle ne m’a jamais abandonnée. Elle a essayé de me parler. Elle m’a appelée.Sa voix se brisa.– Je ne vais pas rester ici pendant qu’ils lui font du mal.Gabriel la fixa longuement.– C’est exactement ce qu’ils veulent.Lior s’approcha.– Où est-elle ?Gabriel ne répondit pas immédiatement.Soren prit la parole.– Je peux retrouver l’endroit où l’appel a été passé.Kaëron sortit son téléphone.– Donne-moi le
Chapitre 35 Point de vue de l’auteur– Et j’étais là.Ces quatre mots frappèrent Sélyane plus violemment qu’une balle.Elle regarda Lior sans comprendre.– Tu étais là ?Il baissa les yeux.– Oui.– Quand ma mère a été enlevée ?– Oui.– Et tu ne m’as jamais rien dit ?Lior resta silencieux.Sélyane recula lentement.Elle avait envie de hurler.De le frapper.De pleurer.Mais aucun son ne sortait de sa gorge.– Depuis le début…Sa voix tremblait.– Depuis le début, tu savais qu’elle était vivante.– Je ne savais pas où elle était.– Mais tu savais qu’elle avait été enlevée.– Oui.– Et tu m’as regardée chercher ma mère pendant tout ce temps.– Je voulais te protéger.Elle eut un rire amer.– Encore cette excuse.Lior fit un pas vers elle.– Sélyane…– Ne m’approche pas.Il s’arrêta.Gabriel observait la scène en silence.Soren, lui, avait posé le coffre sur une table.– Lior n’est pas responsable de tout ce qui s’est passé, dit-il.Sélyane se retourna brutalement.– Vous voulez le dé







