Mag-log inCHAPITRE 4
BELGIQUE
VOIX EXTERNE
La nuit avait été longue pour Judy. Elle n’avait presque pas dormi. Après avoir acheté son billet d’avion, elle avait passé une bonne partie de la nuit à préparer ses affaires. Elle avait ouvert plusieurs fois son armoire, hésitant sur ce qu’elle devait emporter. Finalement, elle avait pris quelques vêtements, ses documents importants, son téléphone, son chargeur et quelques affaires personnelles. Elle avait regardé sa chambre une dernière fois avant de fermer sa valise. Elle quittait la Suisse.
Mais cette fois, contrairement à son départ de Belgique quelques années plus tôt, elle ne partait pas avec la peur de ne pas savoir ce que l’avenir lui réservait. Elle avait une destination. La maison de sa grand-mère. Le manoir dont elle ignorait presque tout.
Judy avait également pensé à Nash pendant toute la nuit. Elle aurait pu l’appeler. Elle aurait pu lui annoncer qu’elle avait pris un billet pour rentrer en Belgique. Mais elle avait décidé de ne rien lui dire. Elle voulait lui faire une surprise.
Elle imaginait déjà son visage lorsqu’il la verrait devant lui. Peut-être qu’il resterait quelques secondes sans comprendre. Peut-être qu’il la prendrait simplement dans ses bras. Cette pensée lui avait arraché un petit sourire malgré la fatigue. Elle voulait le voir. Elle voulait retrouver quelqu’un qui lui rappelait qu’elle n’était pas seule.Vers l’aube, elle avait finalement réussi à fermer les yeux quelques heures. Son sommeil avait été léger et constamment interrompu par ses pensées. À plusieurs reprises, elle s’était réveillée en pensant à sa grand-mère. Le manoir. Pourquoi l’avait-elle gardé secret pendant toutes ces années ? Pourquoi ne lui avait-elle jamais parlé de cet endroit ? Et surtout, pourquoi avait-elle attendu sa mort pour lui révéler son existence ?
Judy n’avait aucune réponse. Elle savait seulement qu’elle devait aller voir. Lorsqu’elle se réveilla définitivement, son téléphone indiquait qu’elle devait bientôt partir pour l’aéroport. Elle se leva difficilement . Ses yeux étaient fatigués et son corps lui demandait encore du repos, mais elle n’avait pas le temps de s’écouter. Elle prit une douche rapide, s’habilla et vérifia une dernière fois ses affaires. Avant de quitter son appartement, elle resta quelques secondes devant la porte. Elle inspira profondément.
– C’est parti.
Puis elle sortit. Quelques heures plus tard, Judy était assise dans l’avion qui la ramenait en Belgique. Elle regardait par le hublot. Sous elle, les nuages semblaient s’étendre à perte de vue. Elle pensa à sa vie en Suisse. À l’université. À son travail au restaurant. Aux humiliations qu’elle avait supportées pendant quatre mois. À son professeur. À ses difficultés en mathématiques. À la veille. Tout semblait déjà appartenir à une autre vie. Elle posa son front contre le hublot. Elle ne savait pas encore ce qui l’attendait en Belgique. Mais pour la première fois depuis longtemps, elle avait l’impression de reprendre le contrôle de sa vie.
L’avion atterrit finalement à l’aéroport de Bruxelles dans la soirée. Lorsque Judy descendit de l’avion, la fatigue était devenue beaucoup plus lourde. Elle récupéra sa valise et traversa l’aéroport en regardant autour d’elle. Elle était de retour. Après plusieurs années passées loin de son pays, elle foulait à nouveau le sol belge. Elle sortit du bâtiment avec sa valise à la main. L’air frais de la nuit lui frappa immédiatement le visage. Elle regarda l’heure sur son téléphone. Il était tard. Très tard même. Judy soupira.
Elle avait initialement pensé a appeler Nash, mais elle changea d’avis. Et surtout, elle ne voulait pas lui gâcher sa surprise. Elle devait se rendre à son hôtel. Elle passerait la nuit tranquillement et, dès le lendemain matin, elle pourrait commencer ses recherches. Elle se dirigea vers la file des taxis.
Après quelques minutes d’attente, elle monta dans l’un d’eux.
– Bonsoir, mademoiselle.
– Bonsoir.
Le chauffeur lui adressa un sourire à travers le rétroviseur. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, avec quelques cheveux gris et un visage fatigué.
– Vous allez où ?
Judy lui donna l’adresse d’un hôtel situé dans la ville.
– Très bien.
Le taxi démarra. Judy posa sa tête contre le siège et ferma les yeux quelques secondes. Elle était épuisée. Elle voulait simplement dormir. Le chauffeur roulait tranquillement dans les rues presque désertes. La ville était plongée dans l’obscurité. Quelques magasins étaient encore éclairés, mais la majorité des commerces avaient déjà fermé. Judy regardait les lumières défiler derrière la vitre. Elle pensa encore à Nash. Elle sourit légèrement. Elle ne lui avait vraiment rien dit. Il devait probablement penser qu’elle était encore en Suisse. Elle imaginait déjà sa réaction.
– Tu vas être surpris demain…
Elle murmura ces mots avec un petit sourire. Mais elle ignorait que son arrivée en Belgique allait prendre une tournure qu’elle n’aurait jamais pu imaginer.
À plusieurs rues de là, une voiture noire roulait à vive allure. À l’intérieur, trois personnes étaient particulièrement tendues. Arlow conduisait. Boone était assis à côté de lui. Hera se trouvait à l’arrière.
Ils venaient de remarquer une voiture qui les suivait depuis plusieurs minutes.
– Elle est toujours derrière nous ? demanda Arlow.
Boone regarda dans le rétroviseur.
– Oui.
– Depuis combien de temps ?
– Au moins dix minutes.
Hera se pencha légèrement entre les deux sièges.
– Ce n’est pas une coïncidence.
Arlow serra la mâchoire.
– Je sais.
Il accéléra. La voiture noire derrière eux fit exactement la même chose.
– Merde, souffla Hera.
Boone regarda une nouvelle fois derrière lui.
– Ils se rapprochent.
Arlow changea brutalement de direction. Il prit une autre rue. Puis une autre. Mais la voiture les suivait toujours.
– Ils veulent nous coincer, dit Boone.
– Pas question.
Arlow accéléra davantage. La circulation était faible à cette heure. Mais devant eux se trouvait un taxi.
– Putain ! s’exclama Hera.
Arlow tenta de le dépasser. Le taxi changea légèrement de trajectoire au même moment. Tout se passa en quelques secondes. Le véhicule noir passa trop près du taxi. Arlow donna un coup de volant pour éviter la collision directe. Mais son mouvement força le taxi à dévier brutalement. Le chauffeur tenta de reprendre le contrôle. Trop tard. Le taxi heurta violemment un poteau sur le côté de la route. Le choc fit sursauter Judy. Sa tête heurta légèrement la vitre. La valise tomba au sol.
– Mon Dieu !
Le chauffeur tenta immédiatement de freiner. Le véhicule s’immobilisa quelques mètres plus loin.
– Mademoiselle ! Vous allez bien ?
Judy resta silencieuse quelques secondes. Elle était complètement sonnée. Elle porta une main à son front.
– Je… je crois.
Le chauffeur détacha immédiatement sa ceinture.
– Vous êtes blessée ?
– Je ne sais pas.
La portière de la voiture noire s’ouvrit. Arlow sortit précipitamment. Boone et Hera descendirent derrière lui. Ils avaient compris ce qui venait de se passer.
– Merde…
Hera regarda le taxi.
– Il y avait quelqu’un dedans.
Boone s’approcha rapidement du véhicule.
– Il faut vérifier.
Arlow ouvrit la portière arrière. Judy était toujours assise à l’intérieur. Une petite coupure se trouvait sur son front. Elle avait également quelques égratignures sur les bras.
– Mademoiselle, vous m’entendez ?
Judy leva les yeux vers lui.
– Oui.
– Vous avez mal quelque part ?
– Un peu à la tête.
Arlow regarda le chauffeur.
– Vous ?
– Ça va.
Boone vérifia rapidement son état.
– Rien de grave.
Hera s’accroupit près de Judy. Son regard s’arrêta sur le sang qui coulait légèrement sur son front.
– Elle doit aller à l’hôpital.
Judy secoua la tête.
– Non… ça va.
– Vous venez d’avoir un accident.
– Mais…
– Pas de mais.
Judy la regarda. Il y avait quelque chose d’étrange chez cette femme. Elle semblait froide au premier regard, mais sa voix était étonnamment calme.
– On vous emmène.
Judy voulut protester, mais elle était trop étourdie.
Arlow regarda Boone.
– On prend le taxi ?
Boone secoua la tête.
– Il est trop endommagé.
Arlow réfléchit rapidement.
– Alors on les emmène avec nous.
Ils aidèrent Judy à sortir du taxi. Elle marcha difficilement jusqu’à la voiture noire.
Hera resta près d’elle.
– Doucement.
– Merci.
Hera ne répondit pas. Quelques minutes plus tard, ils étaient en route vers l’hôpital. Judy était assise à l’arrière avec Hera. Elle tenait un mouchoir contre son front.
– Je suis désolée, murmura-t-elle.
Hera fronça les sourcils.
– Pourquoi vous êtes désolée ?
– Je vous cause des problèmes.
Hera la regarda quelques secondes.
– Vous n’avez rien fait.
Judy baissa les yeux.
– Je ne comprends même pas ce qui s’est passé.
Hera ne répondit pas. Elle non plus n’avait pas envie de lui expliquer. Après tout, cette fille n’avait rien à voir avec leurs affaires. Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent à l’hôpital. Les médecins prirent immédiatement Judy en charge.
Après plusieurs examens, ils confirmèrent qu’elle n’avait rien de grave. Quelques égratignures. Une légère blessure au front. Un état de fatigue important . Mais rien qui nécessite une hospitalisation prolongée. Le chauffeur de taxi fut également examiné. Il allait bien. Arlow et Boone attendirent jusqu’à ce qu’ils soient certains que tout était réglé.
Puis Arlow regarda Hera.
– Tu restes avec elle.
Hera leva les yeux.
– Pourquoi moi ?
– Parce que tu es une femme et qu’elle sera probablement plus à l’aise.
Hera soupira.
– Et vous ?
– On doit régler certaines choses.
Boone hocha la tête.
– On reviendra demain.
Arlow regarda Judy.
– Vous ne devez pas vous inquiéter. Tout sera payé.
Judy voulut protester.
– Ce n’est pas nécessaire.
– Si.
Il posa une enveloppe sur la petite table près du lit.
– Prenez-la.
– Mais…
– Pour les frais médicaux et le reste.
Judy regarda l’enveloppe. Elle était beaucoup trop épaisse.
– Il y a beaucoup d’argent là-dedans.
Arlow se contenta de la regarder.
– Gardez-le.
Puis il partit avec Boone. Hera resta seule dans la chambre avec Judy. La nuit passa lentement. Hera, contrairement à son habitude, resta presque toute la nuit éveillée. Judy finit par s’endormir.
Au petit matin, elle ouvrit lentement les yeux.
Elle regarda autour d’elle. Hera était assise sur une chaise, son téléphone entre les mains.
– Bonjour.
Hera releva immédiatement la tête.
– Bonjour.
Judy sourit légèrement.
– Vous êtes encore là ?
– Oui.
– Vous n’avez pas dormi ?
– Un peu.
Judy la regarda.
– Merci.
Hera haussa simplement les épaules.
– Ce n’est rien.
Pourtant, quelque chose avait changé. Hera, qui était habituellement très peu bavarde, se retrouva à discuter avec Judy pendant plusieurs minutes. Elles parlèrent de choses simples.
–Qu’est ce que vous faisiez à une heure pareille dehors ? Quel âge avez-vous ? C’était pour un homme ?
– Je viens d’atterrir ici , mon Dieu ma valise, il est resté là-bas. Quelques heures plus tôt j’étais à Genèse en suisse et je…..
Judy se tut aussitôt pour sa propre sécurité. Elle ne connaissait rien de cette femme aux cheveux multicolores. Hero compris sa réaction et pour mettre Judy à l’aise , elle commença à parler de tout et de rien , ce qui marcha vraiment car Judy s’ouvrit à elle
Hera apprit que Judy étudiait encore. Elle apprit également qu’elle avait quitté la Belgique quelques années plus tôt. Et sans même s’en rendre compte, elle se mit à lui poser des questions.
Lorsque Arlow et Boone arrivèrent plus tard dans la matinée, ils s’arrêtèrent devant la porte. Ils entendirent Hera parler. Boone regarda Arlow. Arlow regarda Boone. Tous les deux semblaient surpris.
Hera parlait rarement autant. Ils entrèrent.
– Bonjour.
Judy tourna la tête.
– Bonjour.
Hera les regarda.
– Vous voilà.
Boone regarda Judy.
– Comment allez-vous ?
– Beaucoup mieux.
Arlow hocha la tête.
– Tant mieux.
Un médecin entra quelques instants plus tard.
– Bonjour.
– Bonjour, docteur, répondit Judy.
Il vérifia son dossier.
– Vos examens sont bons. Il n’y a rien d’inquiétant.
Judy poussa un soupir de soulagement.
– Vous pourrez sortir dès que votre perfusion sera terminée.
Hera intervint immédiatement.
– J’attendrai avec elle.
Judy tourna la tête.
– Ce n’est pas nécessaire.
– Je vais vous accompagner.
– Je peux me débrouiller seule.
Hera la fixa.
– Vous êtes certaine ?
Judy sourit.
– Oui.
– Très bien.
Arlow regarda Judy.
– Dans ce cas, nous allons vous laisser.
Avant de partir, il posa une nouvelle enveloppe sur la table. Judy ouvrit de grands yeux.
– Encore ?
– Prenez-la.
– Mais je ne peux pas accepter autant d’argent.
– Vous pouvez.
– Je…
– Considérez cela comme une compensation pour l’accident et aussi votre valise au cas où vous ne trouverez pas .
Judy hésita.Finalement, elle hocha la tête.
– Merci.
Arlow se tourna vers la porte. Boone le suivit.
Hera resta quelques secondes.
– Je peux au moins avoir votre nom ?
Judy sourit.
– Judy.
Hera attendit.
– Votre nom de famille ?
Judy hésita légèrement.
– Brook.
Hera hocha la tête.
– D’accord, Judy Brook.
Elle lui adressa un petit sourire avant de sortir. Heureusement pour elle, le taximan a ramené sa valise après. Quelques heures plus tard, la perfusion de Judy se termina. Elle quitta l’hôpital. Elle récupéra ses affaires et retourna à l’hôtel qu’elle avait réservé la veille.
Une fois dans sa chambre, elle posa sa valise sur le sol. Elle resta debout quelques secondes. Puis elle se laissa tomber sur le lit. Quelle journée. Elle passa une main sur son front. Son voyage ne s’était décidément pas déroulé comme prévu. Elle avait voulu retrouver la Belgique tranquillement. Et elle avait fini dans un hôpital à cause d’un accident.
Judy ferma les yeux.Demain, elle irait dans ce petit village. Elle trouverait le manoir. Elle verrait enfin la maison que sa grand-mère lui avait laissée.
– Demain, murmura-t-elle.
Elle s’endormit quelques minutes plus tard. À plusieurs kilomètres de là, une autre voiture roulait en direction du manoir. Arlow conduisait. Boone était assis à côté de lui. Hera se trouvait à l’arrière. Lorsqu’ils arrivèrent, Hugo était déjà dans le salon. Tania était également présente. Hugo leva les yeux lorsqu’ils entrèrent.
– Vous êtes en retard.
Arlow retira sa veste.
– On a eu un problème.
– Quel genre de problème ?
– Une voiture nous suivait.
Hugo se redressa légèrement.
– Et ?
– On a réussi à la semer.
Boone ajouta :
– Mais il y a eu un accident.
Hugo fronça les sourcils.
– Quel accident ?
– Un taxi.
Hera s’installa sur le canapé.
– On l’a percuté indirectement.
Hugo les regarda.
– Des blessés ?
Arlow répondit :
– Une femme.
Hugo resta silencieux quelques secondes.
– Grave ?
– Non.
– Alors c’est réglé.
Hera le fixa.
– C’est tout ?
Hugo lui lança un regard froid.
– Qu’est-ce que tu veux que je dise ?
– Je ne sais pas. Peut-être demander comment elle va ?
– Elle est sortie de l’hôpital ?
– Pas encore quand nous sommes partis.
Hugo haussa les épaules.
– Elle peut mourir.
Hera ouvrit grand les yeux.
– Sérieusement ?
– C’est elle qui était dehors aussi tard.
– Ce n’est pas une raison.
– Pour moi, si.
Hera soupira.
– Tu es vraiment sans cœur.
Hugo ne répondit pas. Il s’installa dans son fauteuil.
Arlow et Boone échangèrent un regard. Ils connaissaient suffisamment Hugo pour savoir qu’il ne fallait pas insister.
Mais Hera, elle, n’avait jamais été particulièrement douée pour se taire.
– Cette fille était différente.
Hugo leva les yeux vers elle.
– On s’en fout.
– Non.
– Hera.
– Je n’ai jamais vu une fille aussi innocente.
Tania, qui était assise un peu plus loin, se redressa légèrement. Hera continua.
– Elle était belle aussi.
Hugo soupira.
– Tu comptes parler de cette fille toute la soirée ?
– Peut-être.
– Pourquoi ?
– Parce qu’elle était vraiment particulière.
Tania croisa les bras. Elle n’aimait pas la façon dont Hera parlait de Judy. Elle n’aimait surtout pas le fait qu’Hera puisse discuter aussi facilement avec Hugo.
Elles étaient pourtant toutes les deux des femmes qui gravitaient autour de lui, mais Hera avait avec lui une proximité que Tania n’avait jamais eue.
Hera poursuivit :
– Elle était douce. Polie. Elle s’excusait même alors qu’elle n’avait rien fait.
– Et alors ?
– Elle m’a remerciée plusieurs fois.
Hugo leva les yeux au ciel.
– Tu es fascinée par une inconnue maintenant ?
– Je dis simplement qu’elle était différente des femmes qu’on rencontre habituellement.
Tania lança un regard à Hera.
– Tu vas finir par nous raconter toute sa vie.
Hera ricana.
– Pourquoi ? Tu es jalouse ?
Tania se tut. Hugo observa les deux femmes.
– Ça suffit.
Un silence s’installa. Hugo se pencha légèrement vers l’avant.
– Nous avons des choses plus importantes à régler.
Arlow hocha la tête.
– Banks.
Le visage de Hugo redevint immédiatement sérieux.
– Oui.
La conversation revint sur leur mission.
Ils parlèrent des déplacements prévus, des hommes de Banks, des prochaines livraisons et des précautions à prendre. Mais après quelques minutes, Hera reprit la parole.
– Au fait…
Hugo lui lança un regard menaçant.
– Quoi encore ?
Elle sourit.
– Cette fille…
– Quoi ?
Hera ricana.
– Pour une soumise, elle serait parfaite pour toi.
Le silence tomba immédiatement dans la pièce.
Arlow regarda Hera. Boone resta immobile. Tania fixa Hugo. Même Saga, présente un peu plus loin, tourna la tête. Hera, elle, continuait de sourire comme si elle venait simplement de raconter une plaisanterie. Hugo la fixa longuement. Pendant une seconde, il eut réellement envie de sortir son arme et de lui mettre une balle dans la tête.
Mais c’était Hera. Son amie. Alors il se contenta de serrer la mâchoire.
– Tu es complètement folle.
Hera éclata de rire. Hugo se leva. Il attrapa un paquet de cigarettes posé sur la table. Il en sortit une, l’alluma et inspira profondément. La fumée envahit lentement ses poumons. Son regard se perdit dans le vide. Il ne connaissait pas cette fille.
Il ne connaissait même pas son visage correctement. Et pourtant, les paroles d’Hera lui revinrent en tête.
Une fille innocente , douce, polie et fragile . Hugo eut un léger ricanement intérieur.
Cette fille ne supporterait même pas cinq secondes de ses coups. Il tira une nouvelle fois sur sa cigarette. Puis il chassa cette pensée de son esprit. Cette fille ne représentait rien. Rien du tout. Il avait des affaires à régler. Des ennemis à surveiller. Un territoire à protéger. Et surtout, un empire à faire fonctionner.
Il n’avait aucune raison de penser à une inconnue rencontrée par accident sur une route.
A SUIVRE…………………
CHAPITRE 30VOIX EXTERNELa soirée s’était terminée en beauté. Après toutes les épreuves qu’ils avaient traversées, toutes les disputes, les secrets, les menaces, les peurs et les hésitations, Hugo et Judy avaient enfin cessé de lutter contre ce qu’ils ressentaient. Cette nuit-là, ils s’étaient retrouvés sans mensonges.Sans Nash. Sans le tribunal. Sans l’héritage. Sans Banks. Sans cette peur constante de ce que demain pouvait leur réserver.Il n’y avait plus qu’eux. Hugo avait pris soin de Judy avec une attention presque surprenante venant d’un homme comme lui. Lui qui avait toujours été autoritaire, froid et habitué à contrôler chaque situation avait passé la nuit à s’assurer qu’elle allait bien.Comme si elle était faite de verre. Comme si le moindre geste brusque pouvait la briser. Et Judy, de son côté, avait cessé de se poser des questions.Elle avait simplement profité de cet instant avec l’homme qu’elle avait finalement choisi.La nuit avait été longue. Tendre. Intense. Et lorsqu
CHAPITRE 29VOIX EXTERNEUne semaine s’était écoulée depuis l’audience au tribunal. Une semaine durant laquelle Hugo et Judy s’étaient évités. Ils vivaient toujours sous le même toit, mais quelque chose avait changé entre eux.Lorsqu’ils se croisaient dans les couloirs du manoir, ils se contentaient de se saluer.– Bonjour.– Bonjour.Puis chacun poursuivait son chemin.Aucune discussion.Aucune question.Aucun rapprochement.Hugo avait décidé de laisser Judy réfléchir comme il le lui avait promis.Il ne voulait pas la pousser. Il ne voulait pas influencer son choix.Et surtout, il ne voulait pas qu’elle reste auprès de lui uniquement parce qu’elle avait peur de partir.Alors il s’était plongé dans le travail. Il quittait le manoir tôt le matin et rentrait souvent très tard. Il passait des heures à la concession, enchaînait les rendez-vous, les réunions et les dossiers. Lorsqu’il n’était pas à la concession, il s’occupait de ses affaires.Tout était bon pour occuper son esprit.Tout, sauf Ju
CHAPITRE 28VOIX EXTERNEAprès leur discussion de la veille, Hugo et Judy étaient retournés chacun dans leur chambre. Hugo avait tenu parole. Il lui avait laissé du temps pour réfléchir. Il aurait pu rester devant sa porte, lui poser encore des questions, chercher à savoir ce qu’elle avait décidé. Mais pour une fois, il avait préféré ne rien imposer. Judy, de son côté, avait passé une grande partie de la nuit à réfléchir.Elle repensait à tout ce qui s’était passé depuis son retour en Belgique. Elle était partie de Suisse avec une seule idée en tête : récupérer le manoir de sa grand-mère. Elle n’avait jamais imaginé rencontrer Hugo.Elle n’avait jamais imaginé découvrir son monde. Elle n’avait jamais imaginé avoir peur de lui. Et encore moins ressentir quelque chose qu’elle n’arrivait plus à comprendre. Pourtant, une chose restait certaine. Elle aimait toujours Nash.Mais désormais, son cœur était rempli de questions auxquelles elle ne trouvait aucune réponse. Le lendemain matin, Hugo
CHAPITRE 27VOIX EXTERNECette nuit-là, Hugo et Judy avaient franchi une limite qu’ils avaient pourtant essayé d’éviter pendant des semaines. Ils avaient cessé de lutter contre ce qu’ils ressentaient. Ils avaient cessé de prétendre que leur proximité n’était qu’une conséquence des circonstances . Pour Judy, cette nuit avait été différente de tout ce qu’elle avait connu auparavant.Elle n’aurait jamais imaginé pouvoir ressentir autant d’émotions en même temps. De la tendresse. Du trouble. Une profonde sensation de sécurité lorsqu’elle se trouvait dans les bras de Hugo. Et surtout, quelque chose qu’elle ne savait pas encore nommer. Elle avait toujours aimé Nash. Elle ne pouvait pas effacer cela. Mais cette nuit-là, elle avait découvert une sensation nouvelle. Une sensation qui lui avait fait peur autant qu’elle l’avait bouleversée. Hugo, lui aussi, avait été surpris par ce qu’il avait ressenti. Lui qui avait toujours gardé une distance avec les femmes n’avait jamais imaginé qu’une seul
CHAPITRE 26VOIX EXTERNE L’opération était terminée. Banks avait perdu. Après des heures de tension, de tirs et de poursuites, Hugo et ses hommes avaient enfin réussi à mettre fin à cette menace qui pesait sur eux depuis trop longtemps. Pourtant, alors que tout le monde s’attendait à rentrer directement au manoir, Hugo resta silencieux devant les véhicules. Il regarda ses hommes. Puis le chemin qui menait au manoir. Il pensa à Judy. À son visage. À la façon dont elle l’avait regardé avant son départ. À cette petite voix qui lui avait demandé de faire attention à lui. Il baissa les yeux vers ses vêtements. Ils étaient sales après l’affrontement. Sa veste portait les traces de la poussière de l’entrepôt. Ses mains étaient encore marquées par le combat. Il soupira.– On va à l’appartement.Saga, qui venait d’ouvrir la portière de son véhicule, se retourna.– À l’appartement ?– Oui.– Pas au manoir ?Hugo secoua la tête.– Pas maintenant.Hera le regarda quelques secondes.– Pourquoi ?
CHAPITRE 25 VOIX EXTERNE Hugo resta immobile devant le rideau rouge. Il savait que Judy se trouvait juste derrière. Il pouvait presque l’imaginer en train de se regarder dans le miroir, de remettre ses cheveux en place, peut-être même de rougir en découvrant la nuisette qu’elle venait d’essayer. Il aurait pu attendre. Il aurait pu écarter le rideau. Il aurait pu lui parler. Mais quelque chose en lui lui criait de partir. Il serra la mâchoire, puis se détourna. Il ne devait pas la rejoindre. Pas maintenant. Il se dirigea vers la caisse. La caissière leva les yeux vers lui avec un sourire professionnel.– Bonjour monsieur.Hugo sortit sa carte bancaire et la posa sur le comptoir.– Je vais payer les achats de la jeune femme qui est actuellement dans la cabine.La caissière fronça légèrement les sourcils.– Celle derrière le rideau rouge ?– Oui.– Vous êtes avec elle ?Hugo la fixa.– Non.Il marqua une courte pause avant de poursuivre.– Et elle ne doit surtout pas savoir que c’est m







