FAZER LOGINChapitre 99KaelanL’opération dure dix heures.Je ne les compte pas. Je ne peux pas. Je suis quelque part entre la vie et la mort, dans un espace noir où le temps n’existe plus. Des bribes me parviennent. Des voix. Des lumières. Des mains qui me fouillent. Des instruments qui cliquettent. Des mots que je ne comprends pas. « Hémorragie. » « Drainer. » « Il tient. » « Il lâche. » Je ne sais pas. Je ne sais plus.Je ne sens plus mon corps. Ni la douleur. Ni les scalpels. Ni les aiguilles. Juste ce vide. Ce noir. Et cette voix. Cette voix qui revient. Par intermittence. Comme une marée. Comme une prière. Comme une promesse.Lyséa.Elle est là. Derrière les murs. Derrière les machines. Derrière la mort. Je l’entends.
Chapitre 98LyséaPronostic vital engagé.Les mots flottent dans le couloir de l’hôpital. Ils entrent dans mes oreilles. Ils descendent dans ma gorge. Ils s’installent dans ma poitrine. Et ils restent là. Comme une lame. Comme un poison. Comme une condamnation.Je suis assise sur une chaise en plastique. Devant la porte de la réanimation. La même chaise depuis trois jours. Le même couloir. La même lumière blanche. Les mêmes bruits. Les machines. Les pas. Les voix étouffées. Les portes qui s’ouvrent et se ferment. Les blouses blanches qui passent. Qui ne me regardent pas. Qui ne me parlent pas. Qui n’osent pas.Je ne pars pas. Je refuse de partir. Camille a essayé. Elle m’a suppliée. Elle m’a dit de rentrer. De dormir. De manger. De penser à Liam.
Chapitre 97KaelanLe noir.Pas un noir ordinaire. Pas celui qu’on ferme les yeux. Pas celui de la nuit. Un noir total. Absolu. Un noir qui n’a ni fond ni bords. Un noir qui m’avale. Un noir qui me tient.Je ne sens plus mon corps. Ni mes jambes. Ni mes bras. Ni ma poitrine. Rien. Juste le noir. Et le silence. Un silence épais. Un silence de tombe. Un silence qui bourdonne.Puis des voix. Étouffées. Lointaines. Comme si elles parlaient derrière une porte. Derrière un mur. Derrière la vie. Des mots que je ne comprends pas. Des ordres. Des chiffres. Des noms. Le mien ? Peut-être. Je ne sais pas. Je ne sais plus.Des lumières percent. Par moments. Brèves. Aveuglantes. Puis le noir revient. Un cercle de lumière. Une lampe. Un visage penché sur moi. Puis plus rien. Le noi
Chapitre 96LyséaSes cheveux sont collés de sang. Sa tête repose sur mes genoux. Le sang coule encore, tiède, visqueux, il imbibe ma robe blanche, ma robe de mariée, et je ne sens rien. Je ne sens que sa main dans la mienne. Molle. Froide. Sans force.— Kaelan. Kaelan, ouvre les yeux.Il ne bouge pas. Sa poitrine se soulève à peine. Un souffle minuscule. Un souffle qui s’accroche. Un souffle qui lutte.— Ne me laisse pas. Ne me laisse pas.Ma voix est brisée. Elle ne ressemble pas à ma voix. Elle ressemble à un cri étouffé, à un râle, à une prière. Autour de nous, le jardin est un champ de ruines. Les roses blanches sont rouges. Les oliviers sont couchés. Le quatuor à cordes a fui. Les invités ont fui. Les agents courent. Ils crient. Ils donnent des ordres. Je ne les entends pas. Je n’entends que le silence. Le silence de Kaelan. Le silence de son cœur qui bat trop lentement.— Tu m’as promis. Tu m’as promis que tu ne me laisserais pas. Tu m’as promis que tu mourrais avant moi. Tu m’
Chapitre 95LyséaLa cérémonie est sublime.Le jardin de la maison des Vagues est baigné de lumière dorée. Les roses blanches, les lavandes, les oliviers. Le quatuor à cordes joue une mélodie douce. Nos proches sont là. Camille. Quelques amis fidèles. Liam, debout à côté de nous, tenant les alliances dans un petit coussin de velours. Vingt agents de sécurité, invisibles mais présents, postés aux quatre coins du domaine.Kaelan est devant moi. Costume sombre. Chemise blanche. Col ouvert. Pas de cravate. Pas de masque. Juste lui. Ses yeux gris. Son sourire. Ses mains qui tremblent un peu. Les miennes aussi.Le prêtre parle. Des mots d’amour. De fidélité. De pardon. Je n’écoute pas vraiment. Je regarde Kaelan. Je le bois. Je me
Chapitre 94Kaelan et Lyséa— On avance la cérémonie.Elle me regarde. Elle est assise sur le canapé, les jambes repliées sous elle, une tasse de thé froid entre les mains. Elle n’a pas dormi. Moi non plus. La phrase d’Elena tourne dans nos têtes comme un poison.— Avancer ? répète-t-elle.— Oui. Dans deux semaines. Pas dans deux mois. On ne va pas attendre qu’elle sorte de prison pour vivre. On ne va pas lui donner ce plaisir.Elle pose sa tasse. Elle se lève. Elle marche vers la fenêtre. Elle regarde la mer. Ses épaules sont tendues. Je le vois. Chaque bruit la fait sursauter. Une porte qui claque. Une voiture qui passe. Un cri de mouette. Elle sursaute. Elle ne le dit pas. Mais je le vois.— Tu as peur, dis-je.







