MasukOui, je gagnerais beaucoup plus. Mais je devrais supporter de voir Steven Watson tous les jours. Non merci. Rien que d’imaginer son regard bleu de glace posé sur moi, je sens ma un frisson me parcourir. Cet homme est une leçon vivante sur ce qu’il ne faut jamais recommencer. Il est tellement arrogant. J’ai froid rien qu’à penser à la façon dont il me jugeait, comme si je n’étais qu’un dossier mal classé dans son univers de contrôle absolu.
Et pourtant, mon cerveau a la mauvaise idée de se souvenir de sa voix posée et dangereusement séduisante, à son visage qu’on dirait sculpté et à son corps de… Il faut que j’arrête d’y penser… _ Hey, la serveuse ! cria un type en costume depuis l’une des tables VIP. Je pose le plateau et m’approche avec un sourire professionnel calibré. _ Que puis-je vous apporter ? Il me détaille de la tête aux pieds avec un sourire qui sent la bile. Ses amis rient; on dirait une bande de hyènes en col blanc. _ Apporte-nous une bouteille de gin et de la vodka, ordonne-t-il. _ Bien sûr, je reviens tout de suite, réponds-je d’une voix légère comme si je vendais des cartes postales et non des boissons. _ Wow, elle est sexy, lance le second alors que je me retourne. Je serre le plateau contre ma poitrine surtout pour ne pas le lui coller sur la tronche. Option non autorisée par le règlement de l’Eldorado et par ma propre prudence. _ Dan, crie-je au barman en passant près du bar. Une bouteille de gin et une de vodka, s’il te plaît. Il me regarde, un demi-sourire complice. _Tu t'en sors ? demande-t-il en attrapant les bouteilles. _ Jusqu’à présent, je n’ai frappé personne, réplique-je. Ce qui, convenons-en, est déjà une victoire. Il me sourit, me donne les bouteilles et je remonte vers la table. _ Voilà pour vous, messieurs, dis-je en posant le plateau. Le type en costume, le « croûton » comme je l’ai surnommé mentalement, se penche et, prétendant m’aider, glisse la main vers moi. Au début c’est une caresse de connard, puis sa main veut devenir propriétaire. J’essaie en vain de me défaire de ses maudites mains. _ Allez, ma jolie. Ne fais pas ta timide… murmure-t-il. Sa paume se referme sur mon poignet et il me tire vers lui. Je sens ma panique monter. Je peux rire, crier, ou passer pour la serveuse docile mais je choisis autre chose. J’introduis mes doigts dans le tissu de ma chemise, plante mon coude dans son sternum et le repousse d’un coup sec. Sa main lâche et il renâcle, surpris de rencontrer une résistance qu’il n’avait pas prévue. _ Je suis désolée, mais je ne suis que serveuse, dis-je avec mon sourire le plus froid. Les filles sur scène se feront un plaisir de vous divertir ; moi, je m’occupe des boissons. Un silence glacial traverse la table. Le reste du club palpite comme si rien n’avait changé, mais quelques regards se tournent. Dan a cessé de polir le comptoir; il a l’air prêt à intervenir. Le croûton tente un juron, puis, humilié, se racle la gorge et rabat sa fierté dans son verre. L’un de ses amis lance un rire forcé mais aucun d’eux n’en fait une scène. Mais, c’est une petite victoire dont je ne veux pas me vanter. Je replace le plateau sur mon bras, inspire profondément pour faire redescendre l’adrénaline, et murmure, plus pour moi que pour eux : _ Quelle bande de crétin !! Puis, je m’éloigne, la tête froide. Lorsque je reviens au bar, je lance presque le plateau sur le comptoir. Dan lève un sourcil sans rien dire. Il sait que c’est mon signal de “ne me parle pas pendant les dix prochaines secondes si tu tiens à ta vie”. Je prends une grande inspiration et essaie de calmer le tremblement ridicule dans mes mains. _ Tout va bien ? demande-t-il finalement d’une voix basse. _ Parfaitement, répondis-je entre mes dents. Je viens juste de me souvenir pourquoi je déteste les costards et les gin-tonics. Dan esquisse un sourire en coin. _ Je peux aller leur dire de dégager si tu veux. _ Non. Laisse. Je crois que j’ai déjà fait forte impression, dis-je en récupérant une serviette pour essuyer un verre. Un silence s’installe entre nous, confortable malgré tout. Les notes d’un vieux morceau de jazz remplacent la musique de scène, comme une pause respirable dans le chaos du club. Je pousse un long soupir. _ Je vais faire un tour, dis-je finalement. J’ai besoin de... respirer un peu d’air qui n’a pas été recyclé par cinquante clients en rut. Dan hoche la tête, compréhensif. _ Prends ton temps, mais reviens avant que Marla te cherche. Elle déteste quand on disparaît sans prévenir. _ Promis. Je ne ferai qu’un tour d’inspection très professionnel. Je quitte le bar en glissant entre les tables avec mon plateau sous le bras. Je prends par la porte de service et sors du club. Enfin, pour la première fois de la soirée, je respire. Je ferme les yeux un instant et laisse le bruit du club s’éteindre derrière moi. Mais à peine ai-je inspiré une bouffée d’air qu’une voix pâteuse me coupe la respiration. _ Hé, la serveuse… Qu’est-ce que tu fais toute seule ici ? Je me retourne et tombe sur un client déjà bien entamé qui chancelle à quelques pas. _ Rentrez, monsieur, dis-je calmement. Le club ferme bientôt. _ Je me disais que tu as besoin de compagnie. _ De compagnie ? C’est vous qui avez besoin de quelqu’un pour vous escorter chez vous. Vous n’êtes visiblement pas en état de rentrer. _ Fais pas la maligne, grogne-t-il en avançant d’un pas. Je sens mon estomac se nouer. Mon cerveau calcule déjà la distance jusqu’à la porte de service. Mais avant que je puisse bouger, il m’attrape brusquement par le bras et me plaque contre le mur. J’essaie de me débattre quand il colle son corps hyper dégueu contre le mien mais je n’y arrive pas. _ Essaie de rester docile sinon tu auras beaucoup plus mal, dit-il avec son haleine puant d’alcool. Je n’ai pas le temps de crier. Une autre main surgit de nulle part et se pose sur l’épaule de l’homme avant de le tirer vers l’arrière et lui coller un coup de poing à la figure. Un craquement sec retentit, suivi d’un cri de douleur tandis que le client tombe à la renverse. Je recule, choquée. L’air quitte mes poumons dès que je pose les yeux sur mon sauveteur. Non, ce n’est pas possible. Et pourtant… si. Steven Watson est bien là, juste devant moi, en costume trois pièces comme s’il venait de sortir d’une réunion d’affaires et non d’entrer dans l’enfer de Chicago. Pendant un instant, j’ai l’impression que le temps s’arrête. Le client geint et tente de se redresser, mais Steven ne le regarde même pas. Ses yeux bleus sont rivés sur moi. Et dans son regard, il y a tout. De la fureur, de la surprise, du jugement… et quelque chose d’indéfinissable que je préfère ne pas nommer. _ C’est fini, dit-il d’une voix grave. On s’en va. _ Quoi ?… arrivé-je à articuler, la tête bourdonnante. _ Tu viens à Miami avec moi. _ Tu ne peux pas juste débarquer et… Il ne m’écoute pas. En un geste sûr et autoritaire, il me saisit par le bras et m’attire vers lui. Son parfum, son souffle et sa présence intimidante, tout revient d’un seul coup. Il se penche et me soulève comme si je ne pesais rien. Je lutte, mais il ne me dépose pas. Merde ! Comment diable ai-je pu croire, une seconde, que je ne le reverrais jamais ? ***TROIS ANS PLUS TÔT ***Le lendemain matin, Diana quitta l'appartement de bonne heure.Steven l'avait suppliée de rester la veille.Il lui avait expliqué qu'il ne voulait pas vivre loin d'elle. Qu'il avait besoin de la voir, de la savoir près de lui. Mais Diana avait refusé de changer d'avis.Cette opportunité professionnelle représentait beaucoup pour elle.Même si cela signifiait quitter la ville.Même si cela signifiait quitter Steven.Avant de partir, elle avait déposé un dernier baiser sur ses lèvres.Puis elle était partie.Steven n'avait pas essayé de la retenir davantage.Il savait que cela ne servirait à rien.Cependant, lorsqu'elle franchit la porte, il eut l'impression qu'une partie de lui s'en allait avec elle.Toute la matinée, il resta assis dans le salon.Le silence de l'appartement lui paraissait insupportable.Chaque objet lui rappelait Diana.Son parfum flottait encore dans l'air.Son mug préféré était toujours sur la table.Son plaid était encore posé sur le canapé.Steven passa une main s
**Steven Watson** Je serre Loretta contre moi une dernière fois, avec une étrange impression que quelque chose se termine définitivement. Son corps tremble légèrement entre mes bras. Elle enfouit son visage contre ma chemise, comme pour dissimuler ses larmes, mais je les sens malgré tout. Elle ne veut pas que je la voie pleurer, alors je ne dis rien. Je la laisse juste s’accrocher encore quelques secondes. Puis, doucement, elle se détache. Elle me tourne le dos un instant, essuie précipitamment ses joues, et prend une inspiration comme pour reprendre contenance. Quand elle me fait à nouveau face, ses yeux sont encore embués mais elle tente de sourire. Son frère est déjà à Dallas donc elle part seule. Je lui ai proposé de l’y emmener en jet privé pour lui éviter ces adieux larmoyants... mais elle a refusé. Elle veut faire ça à sa manière. _ Tu vas me manquer, dis-je finalement, la gorge un peu serrée. Elle laisse échapper un petit rire étouffé. _ Pas autant que tu vas me
**Diana Moran** L’amour... Je ne pensais pas qu’une émotion pouvait être aussi apaisante et en même temps aussi intense. Cette sensation de compter plus que tout pour quelqu’un... et de ressentir la même chose en retour. Se réveiller dans ses bras, sentir sa chaleur, sa présence... savoir, sans même ouvrir les yeux, que l’on est en sécurité. Je pourrais m’y habituer. Non... je m’y suis déjà habituée. Je dirais même que je suis devenue accro à lui. Allongée sur le flanc, le dos collé contre le torse de Steven, je profite du petit moment de calme entre le sommeil et l'éveil. Sa respiration régulière me caresse lentement la nuque tandis que ses doigts glissent lentement sur mon ventre et remontent avec une douceur paresseuse... jusqu’à se poser sur ma poitrine. J'en frissonne. Lorsqu’il pince légèrement mon mamelon, un gémissement m’échappe à mon insu. _ Steven... ah... Ma voix est encore endormie. Il se rapproche encore et dépose un baiser lent sur mon cou. ses lèvres effl
Ses yeux s’écarquillent mais ce n’est pas à cause de la peur. Mais je comprends trop tard. Dans un geste brusque, elle attrape le premier objet à portée, une lourde boîte en verre posée sur la commode, et me la jette en plein visage. _ Merde ! Je recule d’un pas, aveuglée une fraction de seconde. Mais c'est suffisant pour qu'elle se jette sur moi. Sa main heurte violemment mon poignet. Mon arme m’échappe, glisse sur le sol et disparaît sous la table basse. _ Non ! Nous nous précipitons toutes les deux dans la même direction, essayant de prendre l'arme. Elle m’agrippe par les cheveux et tire violemment en arrière. Un cri m’échappe à mon insu tandis que je perds l’équilibre et m'écroule sur le sol. _ Tu pensais vraiment que ce serait aussi facile ? crache-t-elle. Je tente de me dégager, mais elle est déjà sur moi. Ses doigts se referment autour de ma gorge et serrent tellement fort que je sens mon souffle se couper. Je plante mes ongles dans son bras et la griffe, mais elle
Sa voix se brise légèrement sur la fin. Elle détourne le regard et essuie rapidement une larme qui s’échappe de son œil. _ Je suis humaine, Steven... murmure-t-elle, plus bas. Et même si j’essaie d’accepter que tu aimes quelqu’un d’autre... ça ne change rien au fait que je sois toujours amoureuse de toi. Le silence qui suit est assourdissant. Je ne sais pas quoi dire. C'est vrai que dernièrement, tout ce qui m'importait était Diana, même devant elle. _ Je ne te demande pas de ne pas l’aimer, ajoute-t-elle, plus doucement. Et je ne te demande pas de ne pas l’embrasser... Je te demande juste de respecter ma douleur. Je la regarde, sans trouver la force de détourner les yeux. Je me sens vraiment coupable de lui faire ça. Je passe lentement une main dans mes cheveux, cherchant mes mots. _ Loretta... Je ne voulais pas te faire du mal. Elle lâche un rire sans joie et essuie une nouvelle larme. _ Mais, tu le fais. Je baisse les yeux un instant. _ Tu as raison, finis-je par
**Diana Moran** Deux jours sont passés depuis le jour où j'ai expliqué mon plan à Steven. Inutile de vous dire que ces deux jours ont été les plus longs et les plus stressants de ma vie. J'avais l’impression d’être entrée dans quelque chose qui me dépasse complètement. Mais on a commencé et il faut aller jusqu'au bout. Faire venir les Murphy à Miami ne sera pas une mince affaire, et on le savait. Mais le faire sans éveiller le moindre soupçon relevait presque de l’impossible. Malgré tout, c’est exactement ce que nous avons entrepris. Et pour y parvenir, il a fallu que Steven, Loretta, moi et les autres trouvions le plan parfait. Oui, Loretta s'est joint à nous. Elle a catégoriquement refusé au départ mais elle a fini par changer d’avis lorsque Steven lui a exposé les conséquences possibles s'ils s'attaquaient directement à Amanda. Elle a accepté à condition que ce soit elle qui tue Amanda. C'était ça où il n'y a pas de plan alors je n’ai pas cherché à discuter. Nous nous som
**Diana Moran** DE NOS JOURS Non mais il se prend pour qui, sérieux ? Débarquer à Chicago comme un roi en conquête, me dire de tout laisser tomber pour le suivre à Miami ? Il a complètement perdu la tête. Peut-être qu’il pense que son nom, Steven Watson, est une espèce
Je tente de le contourner, mais il se décale juste assez pour bloquer mon passage. Je sens la chaleur de son corps et la proximité étouffante de sa présence. _ Des documents importants, vraiment ? reprend-il avec un air sceptique. C’est donc pour ça que vous mettez l’appartement sens dessus
_ Vous avez exactement trois secondes pour m’expliquer ce que vous faites ici avant que je n’appelle la police. Elle sursaute violemment, se retourne, et laisse tomber une pile de documents. Je reste figé dès que mon regard croise le sien. Elle a de grands yeux noirs, des lèvres roses pul
**Steven Watson** TROIS ANS PLUTÔT Le hall d’immeuble sent le café froid et la lessive bon marché. Je reste figé devant l’ascenseur en panne, mon bagage à la main, contemplant le panneau scotché de travers. Il est écrit : “En maintenance depuis le 14 mars”. Là, n







