LOGINJe tente de le contourner, mais il se décale juste assez pour bloquer mon passage. Je sens la chaleur de son corps et la proximité étouffante de sa présence.
_ Des documents importants, vraiment ? reprend-il avec un air sceptique. C’est donc pour ça que vous mettez l’appartement sens dessus dessous ? Je pince les lèvres, à deux doigts d’exploser. _ Vous avez toujours été aussi insupportable, ou c’est un talent récent ? Son sourire s’élargit, presque amusé. _ Oh… Parce que vous me trouvez insupportable ? _ Je viens de le dire. _ C’est drôle, vous êtes la première personne qui me fait cette remarque. _ Ecoutez, je suis là pour le travail alors… _ Steven Watson, se présente-t-il finalement, comme si cela suffisait à justifier tout comportement déplacé. Je suis le frère de Sarah. Je reste figée. Le frère ? Le PDG charismatique et arrogant dont Sarah parle toujours avec autant de frustration que de respect. Le requin de Miami, l’homme d’affaires redouté par tous… et apparemment, le roi autoproclamé de cet appartement. Et moi qui ai pensé que c’était son petit ami… Quelle conne ! Je croise les bras, essayant de masquer le trouble ridicule qui s’empare de moi. _ Le fameux Steven Watson, donc. Sarah m’a beaucoup parlé de vous. _ C’est amusant, répond-il d’un ton faussement léger. Parce qu’elle, elle n’a absolument rien dit à votre sujet. Je serre les poings. _ Peut-être qu’elle voulait me préserver. _ Ou peut-être qu’elle a jugé inutile de mentionner une présence trop… insignifiante. Son regard descend brièvement sur moi et je sens la chaleur grimper le long de ma nuque. Je sais que je devrais me sentir vexer pour ce qu’il vient de dire mais… Je le dévisage à mon tour et mon regard s’attarde sur ses abdos en béton _ Pourriez-vous, par pure décence, enfiler un vêtement ? dis-je avec toute la froideur dont je suis capable. Il arque un sourcil. _ Ma tenue vous gêne ? _ Votre absence de tenue, corrige-je sèchement. Il esquisse un sourire presque paresseux. _ Vous avez l’air bien concentrée pour quelqu’un que cela dérange. _ S’il vous plaît. J’ai vu des mannequins mieux bâtis que ça. Son regard s’assombrit. _ Sérieusement ? _ Bien évidemment, réponds-je avec un ton qui se veut détacher. Il laisse tomber le balai et s’approche encore plus de moi. Assez pour que je sens l’odeur de son savon. _ Et tous ces mannequins vous faisaient rougir comme ça ? Je me mords la langue pour ne pas répondre. Il est en train de me provoquer et le pire, c’est que ça fonctionne. Dieu merci, mon téléphone vibre à ce moment-là, et je le prends pour lire le message. « Martins envisage de s’en aller. » Merde, je n’ai pas le temps pour ces idioties. Je repose le téléphone sur la table et fixe Steven. _ Je ne suis pas là pour jouer à ce jeu-là, dis-je en soupirant. _ Je ne vois pas de quoi vous parlez, réplique-t-il. Je roule des yeux. _ Bon, on va faire simple, je reprends calmement. Je dois trouver ces documents, c’est très important. Alors, soit vous me laisser passer, soit ... _ Soit quoi ? Vous allez me frapper ? J’aimerais bien voir ça. Il n’en a pas mare d’être aussi condescendant ? Je soupire et ajoute calmement : _ J’allais dire soit j’appelle Sarah. _ J’aurais préférez que vous essayiez de me frapper mais faites donc. _ Bien, vous l’aurez cherché. Je compose le numéro de Sarah, le regard rivé dans celui de Steven. Elle décroche aussitôt. _ Diana ? Tu les as ? _ Non, réponds-je en fixant Steven. _ Quoi ? Mais pourquoi ? Y a-t-il un problème ? _ Oui, ton frère. Il m’empêche d’y accéder. Je l’entends grommeler un juron pendant deux secondes. Puis, elle soupire et dit d’une voix tendue : _ Mets le téléphone sur haut-parleur. Steven s’avance et, sans me demander la permission, m’arrache littéralement le téléphone des mains. _ Je refuse de laisser une étrangère fouiner chez toi, Sarah. Peu importe son titre. _ Steven, répond-elle d’un ton las. Tu es en train de nous faire perdre du temps pour rien. Laisse-la prendre ce dont elle a besoin. _ Sarah… _ Non… Les documents sont dans ma chambre, dans une chemise marron. Laisse Diana les chercher sinon on va perdre un gros client. Il serre la mâchoire. _ Je vais les chercher moi-même, lâche-t-il. Je souffle de soulagement. Il laisse s’écouler deux secondes avant d’ajouter, lentement : _ Quand je serai habillé. Et il raccroche. J’écarquille les yeux. Il est hors de question que j’attende jusqu’à ce qu’il se change. Il a tout son temps mais moi non. Je tends la main, il me rend le téléphone son sourire arrogant. _ Attendez-moi ici, m’ordonne-t-il. Et ne touchez à rien. Puis, il me tourne le dos et emprunte le couloir. Je le regarde s’éloigner, partagé entre colère et incrédulité. Est-ce qu’il croit vraiment que je vais obéir ? Dès que je sens qu’il est assez loin, je quitte le salon et me dirige vers la chambre de Sarah. Elle est ouverte, et je ne tarde pas à remarquer la fameuse chemise marron qui m’attend sur la table de chevet. Je la saisis, le cœur battant, puis quitte l’appartement sur la pointe des pieds. Quand les portes de l’ascenseur se referment, je laisse enfin échapper un rire nerveux. Je donnerais n’importe quoi pour voir sa tête quand il sortira de la chambre et découvrira que je suis partie. Mais alors que je descends vers le rez-de-chaussée, mon sourire s’efface lentement. Je sens encore son regard condescendant, sa voix grave dans mon oreille et à cette tension électrique entre nous. Je secoue la tête, agacée par mes propres pensées. Cet homme est tout ce que je déteste : dominateur, sûr de lui et insupportablement arrogant. Il ne mérite ni mon attention ni mes pensées. Mais pourtant… malgré moi, je pense. C’est comme si chaque mot échangé et chaque regard avait laissé une trace. Depuis ce jour, chaque fois que nos chemins se croisent, c’est la même chose : nos échanges sont des duels et nos silences des champs de bataille. Et sous la surface, toujours, il y a cette tension incontrôlable, prête à exploser. Mais, le pire, ce ne sont pas les disputes. C’est pire, c’est ce que je ressens pour lui, malgré moi. Et au fond, je le sais. Je peux lutter autant que je veux, mais cette guerre-là, est perdue d’avance.Les filles sont parties après quelques heures, me laissant seule avec un silence qui me pèse presque autant que l’ennui. J’ai dormi une bonne partie de l’après-midi, comme si mon corps tentait de rattraper tout ce qu’il avait encaissé. Quand je me réveille, le jour décline déjà. Rester enfermée ici est une épreuve bien plus pénible que je ne l’aurais cru. Ne rien faire, dépendre des autres, être observée, protégée et entourée en permanence… Je déteste ça. J’ai l’impression qu’on m’a volé quelque chose sans me demander mon avis. Mon autonomie, peut-être. Ou ma fierté. Même la cuisine et le ménage… on a payé quelqu’un pour vivre à ma place. C’est absurde. Et quand je pense que je vais encore avoir droit à une infirmière demain... Il est dix-huit heures passées lorsque je m’installe sur le canapé, un roman à la main. Je lis, ou du moins j’essaie. Les mots défilent mais n’impriment rien. Mon esprit dérive sans cesse ailleurs... À l’hôpital... À
**Diana Moran** Ces deux semaines ont été interminables. Pas seulement à cause de la douleur ou de l’immobilité, mais surtout à cause du bruit des médias, des chaînes d’info en continu, des titres racoleurs, des photos volées à travers les vitres de l’hôpital... J’ai été poignardée, et pourtant, j’ai eu l’impression d’être disséquée vivante. Steven n’a pas pris de risques. Des gardes du corps sont postés jour et nuit devant ma chambre, le service de sécurité à été renforcé et les allées et venues sont contrôlées. Il passait tous les jours. Le matin, toujours avant ses réunions et le soir, parfois tard, quand l’hôpital était presque silencieux. Certaines nuits, il restait ici, assis dans le fauteuil, à lire ou simplement à veiller. Aujourd’hui, pourtant, il n’est pas là. Et ça me perturbe plus que je ne veux l’admettre. Je suis assise sur le lit, prête à partir, un peu trop consciente du vide que laisse son absence. Je me dis
**Sabrina Miller** Je suis assise par terre, le dos contre le mur froid de la cellule. Le froid du béton me traverse la peau, mais je ne bouge pas. J’ai perdu la notion de l’heure. Je sais seulement qu’il fait jour, parce qu’une lumière pâle filtre par la petite fenêtre grillagée, trop haute pour être utile. Depuis le moment où cette femme est entrée dans mon champ de vision, tout a commencé à aller de travers. J’ai d’abord cru qu’elle était juste une secrétaire qui faisait son travail mais elle a commencé à me gêner. En quelques jours seulement, elle a commencé à m'humilier. Je me suis dit qu'elle disparaîtrait d’elle-même. Puis j’ai voulu l’aider à disparaître. Les rumeurs m’avaient semblé être un moyen suffisant pour remettre de l’ordre. Mais fois, rien ne s’est passé comme prévu. J'ai dû être forcée de m'excuser publiquement pour que mon père soit satisfait. Mais malgré ça, Steven ne l’a jamais rappelée pour renouer les partenariats.
**Diana Moran** Mes paupières sont lourdes, comme si quelqu’un avait déposé des pierres humides sur mes yeux et les ouvrir demandait un effort déraisonnable, presque douloureux. Je tente quand même. La lumière blanche m’agresse aussitôt. Elle me brûle la rétine et m’arrache un gémissement étouffé. Je referme les yeux par réflexe, le souffle court, le cœur qui s’emballe sans que je comprenne pourquoi. Où est-ce que je suis ? L’odeur qui me titille les narines est aseptisée. Ça ne ressemble ni à ma chambre, ni à un bar, ni à un quelconque endroit familier. Il y a un bourdonnement constant et régulier. J'entends un bip, puis un autre. Mon cerveau cherche, fouille et tente de rassembler des fragments épars. Des images floues surgissent sans logique : un miroir, une lumière jaune, un cri... le mien ? Une douleur fulgurante qui m’a coupé le souffle… Mon ventre se contracte brusquement et une douleur me traverse. Je gémi
**Steven Watson** Les portes automatiques des urgences s’ouvrent devant moi et je pénètre dans le hall de la clinique Jackson Mémorial. Je fonce vers l’accueil. _ Diana Moran, dis-je sans préambule. Où est-elle ? L’infirmière derrière le comptoir relève la tête et son regard s’attarde une fraction de seconde de trop sur moi. _ Monsieur Watson… murmure-t-elle. Vous ? Ici ? Si vous voulez bien patienter... J'acquiesce alors qu'elle se redresse et se met à taper quelque chose. Mais je vois qu'elle fait semblant car sa main n'appuie pas vraiment sur les touches. _ Et les affaires, demande-t-elle avec un sourire qui se veut séducteur. J'espère que... Je me penche légèrement en avant, mes mains à plat sur le comptoir. Mon regard se durcit. _ Je ne suis pas d’humeur à jouer à ce jeu-là. Alors soit vous me dites où elle est, maintenant, soit je fais en sorte que vo
Avant même que nous fassions un pas, une femme surgit du couloir. Elle porte un pull trop large, la capuche rabattue sur le visage. Elle court littéralement, bouscule un client, manque de tomber, se redresse et continue vers la sortie. _ Hé ! crie quelqu’un. Alana réagit avant tout le monde. _ SÉCURITÉ ! hurle-t-elle. ATTRAPEZ-LA !! Le temps semble se dilater. Une troisième clameur s’élève. Cette fois, plusieurs voix, de la panique, des chaises raclent le sol... Les conversations s’éteignent brutalement, remplacées par un brouhaha confus. La fille qui vient de crier sort des toilettes en criant : _ Elle l'a tuée... Elle l'a tuée... _ Mon Dieu… murmuré-je. Je n’attends pas, je cours à travers le couloir qui est déjà encombré. _ Laissez passer ! criai-je. Quelqu’un ouvre enfin la porte des toilettes. Et là, le monde s’effondre. _ DIANA !







