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Première rencontre

Author: Chantal
last update publish date: 2026-04-05 17:21:43

_ Vous avez exactement trois secondes pour m’expliquer ce que vous faites ici avant que je n’appelle la police.

Elle sursaute violemment, se retourne, et laisse tomber une pile de documents. Je reste figé dès que mon regard croise le sien. Elle a de grands yeux noirs, des lèvres roses pulpeuse maquillées par un gloss, une poitrine remplie juste comme il faut. Elle est d’une beauté désarmante, presque incongrue dans ce décor de bric-à-brac.

Elle me regarde comme si elle venait de surprendre un fantôme ou un fou furieux. Et soudain, je me rends compte que je suis debout, à moitié nu, dégoulinant d’eau et brandissant un balai comme une épée.

*

**Diana Moran**

_ Et là, la fille découvre qu’il était marié depuis trois ans !

Léo éclate de rire à sa propre histoire tandis que je manque de recracher mon café.

_ Sérieusement, Léo ? Trois ans ?

_ Eh ouais, trois ans de double vie ! J’te jure, je devrais écrire un bouquin.

_ Non, tu devrais surtout consulter, répliquai-je en riant.

Le vibreur de mon téléphone interrompt notre moment de légèreté. Je décroche machinalement, encore amusée, mais la voix de Sarah me fige aussitôt.

_ Réunion d’urgence. Martins est au bureau et il veut revoir le plan. Maintenant.

Je sens mon rire se figer en un tic nerveux. Martins est notre plus gros client, c’est qui paie les factures et maintient notre boîte hors de l’état critique. Si on le perd, on ferme boutique. Point.

_ Quoi !? Mais la présentation finale, c’était la semaine prochaine !

_ Il a avancé son vol pour Dubaï et il veut tout vérifier avant de partir. Diana, tu dois aller chez moi et récupérer les documents.

_ Les documents ? répété-je, paniquée. Sarah, ils sont sur ton bureau, non ?

_ Non. Je crois que je les ai laissés à la maison.

Une sueur froide me traverse. Je me lève presque d’un bond de la terrasse du café où on était attablés, renversant presque mon verre.

_ D’accord, j’y vais tout de suite.

_ On a… vingt-cinq minutes, grand max, ajoute-t-elle, essoufflée.

_ Fais vite, Diana, supplie Sarah. Et trouve-moi ces fichus papiers.

_ Compte sur moi.

Je raccroche, hèle un taxi, claque la portière et donne l’adresse de Sarah d’une voix trop rapide. Le chauffeur me jette un regard dans le rétroviseur

_ Mauvaise journée ? demande-t-il.

_ Vous n’avez pas idée, réponds-je.

Le trajet semble durer une éternité. Je me répète le plan comme une prière : entrer, prendre le dossier et sortir. Moins de cinq minutes, pas de panique. Tout ira bien. Ça va être du gâteau. J’arrive enfin, grimpe les marches deux par deux et ouvre la porte avec le double des clés.

_ Allez, faut juste que je trouve les documents et je repars, murmuré-je en entrant.

Je laisse tomber mon sac et me jette sur les piles de documents qui se trouvent sur la table. Je commence à fouiller, écartant des dossiers, des tasses de café vides et des magazines.

_ Où est-ce que tu les as planqués, Sarah ?

Je tire un tiroir, puis un autre, mais toujours rien. Mon téléphone vibre et je le prends. C’est un message de Léo :

« Fais vite, Martins s’impatiente et Sarah fait de son mieux pour le retenir. »

_ Génial, soufflé-je en continuant à chercher.

Une feuille me glisse des mains et tombe au sol. Je me penche, la récupère, puis aperçois une ombre bouger dans le reflet de la vitre du salon. Je me fige en entendant un craquement de plancher puis, une respiration.

Je me redresse lentement, le cœur battant à tout rompre. Et c’est là que j’entends une voix glaciale, posée et autoritaire :

_ Vous avez exactement trois secondes pour m’expliquer ce que vous faites ici avant que j’appelle la police.

Je me retourne si brusquement que plusieurs documents s’envolent autour de moi. Mais je ne m’en rends même pas compte. Mon cerveau, lui, vient littéralement de se mettre en pause. Devant moi se tient un homme que je pourrais presque qualifier d’irréel, tellement il est beau et imposant de stature.

Je reste pétrifiée, incapable de prononcer un mot, ni même de respirer. Mon regard, comme animé d’une volonté propre, glisse lentement sur lui. D’abord ses yeux qui sont d’un bleu si profond qu’ils font penser à la glace. Ils sont durs, perçants, comme s’ils cherchaient à lire au fond de mon âme. Puis son visage tellement beau qu’il fait penser à un homme surnaturel. Il possède une mâchoire dessinée au scalpel, un nez droit et un air de pouvoir tranquille. Il a le genre de beauté qui dérange plus qu’elle ne rassure.

Et ensuite, inévitablement, mon regard descend de son visage à ses larges épaules encore perlées d’eau. Son torse est sculpté comme si un artiste grec avait décidé de défier la perfection. Une goutte glisse lentement le long de sa poitrine, traverse les muscles impeccablement dessinés de son abdomen et disparaît sous une petite serviette blanche nouée autour de ses hanches. Mon souffle se bloque. Je détourne les yeux, priant pour que la terre m’avale sur-le-champ. Il est presque nu et je suis en train de le détailler comme une touriste devant une œuvre d’art.

Le plus absurde, pourtant, c’est ce qu’il tient à la main, un balai. L’image est si incongrue que j’aurais pu éclater de rire… si je n’étais pas paralysée par la tension de l’instant.

_ Je… commence-je d’une voix étranglée, levant maladroitement les clés que je tiens encore. J’ai les clés de Sarah, je… je…

Il me fixe, impassible.

_ Je me fiche de savoir à qui appartiennent les clés que vous avez. Que faites-vous ici ? Et surtout, qui êtes-vous ?

Ce n’est pas une question, c’est un ordre. Je tente de reprendre contenance, même si mon cœur bat à un rythme qui frôle le dangereux.

_ Je devrais plutôt vous poser la question, répliqué-je, en m’efforçant de garder un ton ferme. Je suis autorisée à être ici. Et vous ?

Un sourire lent se dessine sur ses lèvres.

_ Autorisée ? répète-t-il, la tête légèrement penchée. Moi, je vis ici, avec Sarah.

Je me fige. Sarah ? Ma meilleure amie ? Mon associée ? Mon cerveau refuse d’assimiler l’information. Il vit ici ? Avec elle ? Impossible. Elle me l’aurait dit… non ? A ma connaissance, elle n’a pas de petit ami. Mais la façon dont il occupe l’espace et le calme certain qu’il dégage indiquent qu’il dit la vérité.

Une étrange sensation me tord l’estomac. Ce n’est pas de la peur mais plutôt une pointe de malaise, mêlée à… une sorte de jalousie inattendue. Ce qui est totalement absurde. Je n’ai aucune raison d’être jalouse.

_ Je suis Diana, finis-je par dire, d’une voix un peu plus basse que je ne l’aurais voulu. Et je suis une associée de Sarah.

Ses yeux s’éclairent d’un éclat ironique. Ses yeux bleus me scrutent de haut en bas.

_ Une associée, répète-t-il comme on goûterait un mot nouveau. Je suppose que c’est une façon de décrire votre rôle dans l’entreprise de ma sœur.

La condescendance de son ton est telle que j’en ai presque le souffle coupé.

_ Je vois, et je suppose que vous, vous êtes l’expert en entreprise qui a brillamment réussi à se lever un matin, répliqué-je d’une voix glaciale.

Il arque un sourcil, à la fois amusé et surpris.

_ Vous êtes coriace, fait-il.

_ Et vous, condescendant, rétorqué-je du tac au tac. Mais, je ne perdrais pas mon temps avec vous car, en ce moment, je tente de sauver un contrat crucial, alors si vous pouviez me laisser chercher tranquillement…

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