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Penulis: Chantal
last update Tanggal publikasi: 2026-04-18 03:56:18

**Diana Moran**

DE NOS JOURS

Non mais il se prend pour qui, sérieux ? Débarquer à Chicago comme un roi en conquête, me dire de tout laisser tomber pour le suivre à Miami ? Il a complètement perdu la tête. Peut-être qu’il pense que son nom, Steven Watson, est une espèce de passeport magique qui lui permet de tout obtenir, y compris moi.

Je balance nerveusement une pile de vêtements dans ma valise dont les fermetures éclairs grincent comme pour souligner mon exaspération. Steven, pendant ce temps, trône sur le canapé, l’air parfaitement à l’aise, le nez plongé dans son téléphone. Chaque fois que je le regarde, je me dis que c’est injuste qu’un homme aussi exaspérant puisse être aussi… parfait. Il a un costume impeccable, une mâchoire carrée et un calme supérieur qui me donne envie de lui jeter un oreiller à la figure. Non, pire : une chaussure.

Après tout ce qu’il m’a fait il y a trois ans, il aurait au moins pu commencer par des excuses. Juste une phrase comme « Je suis désolé, Diana. » Mais non. Monsieur Watson ne s’abaisse pas à ça. Monsieur Watson ne s’excuse jamais. Il se contente de débarquer dans ma vie, de me dire « fais ta valise » et de s’asseoir comme si tout allait de soi. Et le pire ? Le pire c’est que je suis là. En train de la faire, cette foutue valise.

Je grommelle pour la dixième fois, et évidemment, il ne manque pas de le remarquer.

_ Je t’entends, tu sais, lâche-t-il sans lever les yeux de son écran.

_ Et moi, je m’en fiche royalement, je marmonne en enfonçant mes chaussettes dans un coin de la valise.

Il laisse échapper un soupir, un soupir long et terriblement agaçant, avant de me lancer :

_ Si tu grommelais moins et que tu rangeais plus, on serait déjà dans l’avion.

Je me fige, puis tourne lentement la tête vers lui.

_ Oh, pardon, monsieur le PDG tout-puissant, désolée de ne pas être à la hauteur de ton efficacité.

Il relève enfin les yeux vers moi, un coin de ses lèvres se relevant dans ce demi-sourire qui me donne des envies de meurtre.

_ Arrête de m’appeler comme ça.

_ Pourquoi ? Le roi serait-il fatigué de son trône ?

Il émet doucement un rire bas et condescendant.

_ Au contraire, j’adore. C’est juste que, venant de toi, ça me donne une impression de supériorité un peu… excessive.

Je le fusille du regard.

_ Oh, ne t’inquiète pas. Ton ego est déjà assez gonflé, tu ne risques pas de crever par manque d’air.

Il se lève et s’approche lentement, les mains dans les poches, l’air presque amusé.

_ Non pas que ça me dérange d’être au-dessus, poursuit-il. Mais je m’inquiète pour toi. Tu risques de trop t’y habituer… à être en dessous.

Je serre les dents.

_ Tu es tellement insupportable.

_ Après toutes ces années, tu me traites encore comme avant. Faut croire qu’il y a des choses qui ne changent pas, observe-t-il avec ce ton calme et irritant.

_ Exactement. Certaines choses ne changent jamais, rétorqué-je.

_ Si tu fais référence à moi, dit-il en esquissant un sourire satisfait, tu m’en vois flatté.

Je lève les yeux au ciel, prête à exploser.

_ T’es incorrigible.

_ Et toi, tu es lente. Dépêche-toi, reprend-il en jetant un regard à sa montre. On a un vol de trois heures, et j’ai une réunion tôt dans la journée.

Il tourne les talons et me tourne le dos comme s’il venait de donner un ordre à une assistante. Mais, ma patience atteint ses limites.

_ Pourquoi ? lui lancé-je d’une voix sèche.

Il s’arrête net.

_ Pourquoi quoi ?

Je serre les poings.

_ Pourquoi t’es là, Steven ? Pourquoi tu m’emmènes avec toi ? Pourquoi tu décides, du jour au lendemain, que je dois te suivre comme si de rien n’était ?

Il se retourne lentement et me fixe droit dans les yeux. Ses yeux bleus et froids, plongent dans les miens et j’en ressens des frissons.

_ Tu veux vraiment savoir ?

_ Évidemment que je veux savoir !

Il s’approche, lentement. Chaque pas réduit la distance entre nous jusqu’à ce qu’il ne reste plus que quelques centimètres. Je sens la chaleur de son corps, la tension dans son regard. Mais je ne veux pas reculer.

_ Parce que… commence-t-il d’une voix grave.

Je suis suspendue à ses lèvres. J’attends qu’il finisse sa phrase mais il met beaucoup de temps à le faire.

_ Je l’ignore, lâche-t-il, enfin.

Je cligne des yeux, interdite.

_ Quoi ?

Un sourire imperceptible effleure ses lèvres.

_ Je ne sais pas pourquoi je fais ça, Diana. Peut-être que je suis fou. Ou peut-être que tu es un problème que j’ai trop longtemps laissé traîner.

_ Charmant, dis-je d’un ton sarcastique. Tu me compares à un dossier en attente ?

_ Tu n’imagines même pas à quel point tu compliques mes priorités.

Je souffle, exaspérée, et détourne le regard.

_ Tu vois, c’est exactement pour ça que je ne veux pas partir avec toi. Tu penses que tout tourne autour de toi.

_ Non. Je pense juste que tout tourne plus vite quand je prends les décisions, répond-il tranquillement.

Il me dépasse, se dirige vers la porte. Mais avant qu’il ne fasse un pas de plus, je lâche, d’une voix que je veux calme :

_ Donne-moi au moins une raison valable de partir avec toi.

Il s’arrête, hésite un instant, puis sort son téléphone de la poche intérieure de sa veste. Il fait glisser l’écran, puis me le tend.

_ Voilà ta raison.

Sur la photo, se trouve l’image de l’homme qui m’a agressée. Mon cœur rate un battement.

_ Le type qui t’a agressé, dit-il d’une voix soudain plus grave, fait partie d’un gang. L’un des plus dangereux de Chicago. Et, après ce qu’il s’est passé ce soir, je suis sûr qu’il reviendra terminer ce qu’il a commencé. Je mettrais ma main au feu qu’il ne viendra pas seul. Alors, à moins que tu n’aies très envie de finir en steak haché, tu n’as pas beaucoup d’alternatives.

Je le fixe, les poings serrés.

_ Et tu crois que c’est en me donnant des ordres que je vais te suivre ?

_ Non, dit-il calmement. Je crois que, malgré ta fierté, tu n’es pas stupide.

Je reste muette. Ses mots me touchent plus que je ne veux l’admettre.

_ Je ne te demande pas de m’aimer, Diana, reprend-il d’une voix plus douce. Et, en y réfléchissant, moi-même je ne t’aime pas beaucoup. Mais, je te demande juste de ne pas te faire tuer. Cela fera du mal à Sarah et tu sais que je n’aime pas la voir triste.

Le silence s’installe. C’est juste ça qui l’intéresse ? Au moins, ça ne part pas d’une mauvaise intention, c’est déjà ça. Je détourne les yeux, incapable de soutenir son regard plus longtemps. Je devrais refuser mais quelque chose en moi m’empêche de le faire.

Je ferme ma valise d’un geste sec, sans un mot. Et quand je me redresse, il a un sourire arrogant et satisfait en coin des lèvres et une expression qui dit : « je savais que tu viendrais. »

_ Tu es vraiment impossible, soufflé-je.

_ C’est ce qu’on me dit souvent, répond-il avec une désinvolture agaçante.

Il attrape la poignée de ma valise, comme si tout était déjà réglé. Et pendant qu’il s’avance vers la porte, je sens la nostalgie remonter en moi. Trois ans plus tard, rien n’a changé. Steven Watson est toujours l’homme le plus exaspérant que j’aie jamais rencontré. Et le pire, c’est que, malgré tout, il a encore le pouvoir de me faire le suivre, même quand je jure que je ne le veux pas.

*

**Steven Watson**

Je devrais être soulagé. Et, d’une certaine façon, je le suis. Diana est ici, à quelques mètres de moi. Elle a l’air en colère mais elle est là. Et c’est tout ce qui compte.

Trois heures plus tôt, elle servait des verres dans un bar miteux de Chicago… Trois heures. Et maintenant, elle est dans mon avion en route pour Miami. J’aimerais dire que tout cela est le fruit d’un plan réfléchi, mais ce serait un mensonge. J’ai simplement… réagi. Quand ma sœur a mentionné ce club de striptease et que je l’ai imaginée là-bas, vêtue d’un ridicule uniforme, entourée d’hommes qui la dévoraient du regard, mon sang n’a fait qu’un tour.

Je n’ai rien calculé, je savais juste que je ne pouvais pas la laisser là.

Et maintenant, alors que l’avion file dans le ciel nocturne, je réalise à quel point c’était insensé. Je ne suis pas du genre impulsif, je ne perds jamais le contrôle, d’habitude. Sauf avec elle.

Diana Moran est l’incarnation de tout ce que je devrais éviter. Elle est indisciplinée, têtue et très imprévisible. Mais pourtant, je n’arrive pas à détourner les yeux. Même là, recroquevillée dans ce siège, les bras croisés et le regard fuyant, elle parvient à monopoliser tout l’air de la cabine.

Elle tente de paraître distante, mais je connais ce pli sur sa bouche. Elle est furieuse et elle est magnifique. Je ne sais pas si c’est la lumière douce du cockpit ou la fatigue qui me brouille la vue, mais elle me paraît encore plus belle que dans mes souvenirs. Elle a l’air plus marquée, et Dieu, comme ça lui va bien.

Elle ne parle pas et m’évite du regard depuis le décollage, ce qui est un exploit considérable dans un espace aussi réduit. Mais je la laisse faire. Je savoure simplement le fait qu’elle respire le même air que moi à nouveau. Ce n’est pas rationnel, mais rien à son sujet ne l’a jamais été.

Une turbulence secoue l’avion et je la vois se raidir. Ses doigts s’agrippent à l’accoudoir et ses épaules se tendent. Elle a toujours détesté voler, c’est un détail idiot dont je me souviens. Elle ferme les yeux et serre la mâchoire. Et malgré moi, je souris. Même apeurée, elle s’efforce de ne rien montrer.

_ Tu peux te détendre, dis-je enfin d’un ton calme. L’avion ne va pas s’écraser.

Elle tourne lentement la tête vers moi et me lance don regard froid.

_ Je ne suis pas nerveuse.

_ Non, bien sûr. Tu as toujours eu l’air parfaitement sereine quand tu manques de t’évanouir.

Ses yeux se plissent, et je vois l’étincelle familière s’allumer.

_ Tu sais, c’est fou comme tu parviens à rendre chaque phrase qui sort de ta bouche insupportable.

_ Je le prends comme un compliment.

Je souris malgré moi. Elle serre les mâchoires et détourne le regard, exaspérée. Dieu qu’elle est belle quand elle est en colère. Elle reste quelques secondes silencieuses mais finit par rompre le silence :

_ Mais c’est quoi ton plan, exactement ? Tu me caches à Miami et après ?

_ Après, tu travailles pour moi.

Elle éclate d’un rire incrédule.

_ Pardon ?

_ Le département de marketing chez Sunshine a besoin de quelqu’un de compétent. Et Sarah m’a dit que tu étais la meilleure.

_ C’est une blague ?

_ Je ne plaisante jamais avec le travail.

_ Il y a trois ans, quand j’ai voulu travailler chez Watson Companies, tu m’as dit que j’étais médiocre. Et là, tu me demandes littéralement de bosser pour toi ?

_ C’était il y a trois ans. Maintenant, je vais te donner une chance de faire tes preuves.

_ Et qu’est-ce qui a changé ?

Je hausse légèrement un sourcil, amusé malgré moi.

_ Tu veux vraiment continuer à te battre contre tout ce qui te tend la main ?

_ Ce n’est pas une main que tu tends, Steven. C’est une laisse.

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