Se connecterJe secoue la tête, furieuse contre moi-même. Ce ne sont pas mes affaires. C’est ridicule d’y penser encore. Il n’a aucun compte à me rendre concernant sa vie privée, et je n’ai absolument pas à me sentir… vexée… ou jalouse. Peu importe ce que c’est, ce ne sont que des émotions parasites, indignes d’une assistante sérieuse ou d’une femme qui a encore un semblant d’amour-propre.
Je ferme mon ordinateur, range quelques documents, puis attrape mon sac. C’est l’heure de la pause déje**Diana Moran** Deux jours ont passé depuis le jour où Steven a a décrété qu'il viendra avec moi à Chicago. Depuis, je me sens beaucoup plus apaisée. Je dors mieux et je respire mieux. Et surtout, je n’ai plus cette boule permanente dans la poitrine quand je pense au voyage. Steven m’a dit que l’homme qui avait tenté de m’agresser il y a quelques mois ne représentait plus une menace. Il n’a pas donné de détails et je n’en ai pas demandé. Certaines choses gagnent à rester floues. Ce soir, je suis à The Sun, au bar. Sarah et moi sommes venues tenir compagnie à Alana, discuter et boire. Nous voulons passer une de ces soirées sans enjeu où l’on parle fort, où l’on rit trop et où l’on oublie un peu le reste. _ Et donc ? demande Alana en s’appuyant sur le comptoir. Il s’est passé quoi après ? Sarah roule des yeux avant de répondre. Elle raconte, pour la énième fois mais avec toujours autant de verve, la fin dé
**Steven Watson** La seconde où elle prononce l’idée à voix haute, je sens la colère monter. Demander à un serveur ou à un gigolo d'un club de strip-tease pour l'accompagner ? S'abaisser à ce niveau juste pour avoir un homme accroché à son bras pour donner le change à une famille qui la juge depuis toujours ? L’image se forme sous mes yeux malgré moi et ma mâchoire se contracte si fort que j’entends mes dents grincer. Je ne l'imagine déjà embrassé cet homme juste pour faire semblant. _ Arrête, la coupé-je. Elle continue pourtant, portée par sa logique de survie, par cette façon qu’elle a de se débattre quand elle se sent acculée. _ Je vais lui parler et… _ Tu t’arrêtes là. Ma voix n’est pas élevée. Elle s’impose, comme tout ce que je dis quand je ne laisse aucune alternative. Elle s'arrête et me regarde enfin. Je fais un pas puis un autre vers elle. Je réduis l’espace sans la touche
Ma voix est un peu voilée, mais elle tient. Je ne sanglote pas et je ne tremble pas non plus. _ Tu n’as pas à t’excuser. Il ne dit pas ce n’est rien, il ne minimise pas. Et je crois que c’est ce qui me touche le plus. Je bouge légèrement, prête à me lever, mais sa main glisse de mon sternum à ma taille, m’arrêtant sans force. _ Attends encore une seconde. Je reste immobile. _ Dis-moi ce qui t’arrive, reprend-il calmement. Qu'est-ce qui t'a mis dans un état pareil ? Je déglutis. _ Ce n’est pas la réunion, si c’est ce que tu penses. _ Je m’en doute. Je souffle lentement, comme pour organiser mes pensées. _ Ma sœur m’a appelée hier soir. Je sens son attention se focaliser immédiatement. _ Elle se marie. Il hoche la tête, m’invitant à continuer. _ Dans neuf semaines.
**Diana Moran** Je garde les yeux rivés sur l’écran de mon MacBook, même si je ne lis plus vraiment ce qui y défile. Les chiffres, les graphiques et les lignes de texte glissent sous mon regard sans laisser de trace. J’ai l’impression de regarder à travers une vitre épaisse, tellement tout est flou. Les actionnaires parlent de croissance, de parts de marché et de synergies, exactement ce qu’on attend de ce genre de réunion. Mais moi, je suis ailleurs, bloquée sur cet appel d’hier. Freya va se marier. Elle est ma sœur aînée, celle qui réussit tout et qui fait la fierté de ma mère. Le mariage est dans neuf semaines, et je n’ai pas d’échappatoire. Je dois y aller. Je n’ai aucune excuse valable pour ne pas être présente. Je sais que c'est encore loin mais... Je ressens comme une boule dans le ventre. Si j’y vais seule, ma mère ne manquera pas de le souligner. Elle a toujours su transformer mes absences en preuves, et mes présenc
**Steven Watson** Assis à l’arrière de la berline, à côté de Diana, je desserre enfin ma cravate. La soirée a laissé une étrange impression. Ce fut une négociation réussie, des partenaires satisfaits… mais malgré ça, ce n’est pas ce que je rumine. Si Amanda n’avait pas passé la soirée à distiller son venin, ce dîner aurait frôlé la perfection. Les Düsseldorf, eux, ont été remarquablement réceptifs, chaleureux, ouverts et presque enthousiastes. Et Diana… Je la regarde du coin de l'œil... Diana n’a pas cessé de sourire. Je ne parle pas de ce sourire poli qu’elle arbore au travail, mais d'un vrai. Madame Düsseldorf n’a eu de cesse de la complimenter, sur son allemand, son élégance, son intelligence... C’était la première fois qu’elles se rencontraient mais pourtant le courant était passé immédiatement. _ Ça va ? demandé-je, même si elle sourit encore. _ Oui, répond-elle, un peu trop vite, d’un air ab
Amanda cligne des yeux, puis sourit. _ Oh oui, Moran. Excuse-moi… J’ai toujours eu du mal avec les noms. Elle penche la tête tandis que son regard glisse sur moi. _ Surtout quand ce sont des noms de personnes de… basse catégorie. Le visage de Steven se ferme instantanément. _ La seule chose de basse ici, Amanda, dit-il calmement, c’est le niveau de cette remarque. Elle ouvre la bouche, surprise. _ Tu exagères. _ Non, je précise, rétorque-t-il. C’est une habitude chez moi. Amanda se redresse, piquée. _ Je voulais simplement demander à mademoiselle la secrétaire... Steven s’apprête à l’interrompre, mais je pose doucement ma main sur son avant-bras. _ …comment elle a géré le stress de la semaine dernière, poursuit Amanda en me regardant enfin. Toutes ces rumeurs… ça n’a pas dû être facile. Je soutiens son r







