Compartir

Le milliardaire que je devais détester
Le milliardaire que je devais détester
Autor: Histoire

Chapitre 1

Autor: Histoire
last update Fecha de publicación: 2026-07-12 15:03:25

Chapitre 1

Chloé

Le claquement des menottes sur les poignets de mon père déchire l'air chaud de cette matinée de juin et s'incruste dans ma mémoire comme un éclat de verre. Je me tiens pieds nus sur le perron de notre maison, en pyjama, les cheveux emmêlés, et je regarde la scène avec la sensation irréelle de flotter au-dessus de mon propre corps. Les gyrophares projettent des éclats bleus et rouges sur les façades propres de notre rue, transformant les visages de nos voisins en masques grotesques, avides, presque joyeux.

Ils sont tous là. Madame Henderson serre sa robe de chambre contre sa poitrine et murmure à l'oreille de son mari. Les Anderson filment la scène avec leur téléphone, le pouce levé vers l'écran comme s'ils immortalisaient un feu d'artifice.

— Papa !

Mon cri sort de ma gorge comme un cri d'animal blessé. Il tourne la tête une fraction de seconde, et dans ses yeux bleus si semblables aux miens, je lis une terreur qui me glace le sang, une supplication muette, et pire que tout, une honte qui semble le consumer de l'intérieur. Ses lèvres s'entrouvrent mais l'agent pose une main ferme sur sa nuque et le force à baisser la tête. La portière claque. Le bruit résonne dans ma cage thoracique comme une détonation.

Ma mère s'effondre à genoux dans l'allée de gravier blanc, ses doigts s'enfonçant dans les cailloux coupants. Elle pousse un hurlement silencieux, la bouche grande ouverte, les yeux révulsés vers un ciel indifférent. Je voudrais courir vers elle, la prendre dans mes bras, mais mes jambes sont vissées dans le marbre du perron.

— Sale tricheur ! crie une voix dans la foule.

— Voleur !

— Ta fille fait moins la fière maintenant !

Les mots s'abattent sur moi comme des lames de rasoir. Je serre les poings si fort que mes ongles pénètrent la chair tendre de mes paumes. La douleur est minuscule, presque agréable, un point d'ancrage dans ce cataclysme.

Les journalistes arrivent avant même que les voitures de police ne disparaissent, comme des charognards attirés par l'odeur du sang. Une femme blonde au tailleur trop serré enfonce son micro sous mon nez.

— Chloé Bennett, votre père est accusé de fraude et de détournement de fonds. Pensez-vous que Logan Pierce ait joué un rôle décisif dans cette arrestation ?

Ce nom. Logan Pierce. Il percute mon esprit embrumé comme une gifle glaciale. Je cligne des yeux, la bouche sèche.

— Logan Pierce ?

— Le PDG de Pierce Industries, insiste-t-elle avec une lueur gourmande au fond des prunelles. C'est un audit commandité par son entreprise qui aurait révélé les irrégularités. Certains disent qu'il aurait personnellement transmis le dossier au procureur.

Je ne réponds rien. Ce nom tourne dans ma tête comme une spirale toxique, et je sens quelque chose se cristalliser au creux de mon ventre, une résolution qui grandit à chaque battement de mon cœur affolé. Je ne le connais pas, je n'ai jamais vu son visage, mais en cet instant précis, je décide qu'il est la cause de tout. De l'humiliation de ma mère. Des regards moqueurs. De ce vide qui s'ouvre sous mes pieds.

Les heures qui suivent sont un brouillard épais. Je relève ma mère, je la guide à l'intérieur, je ferme les rideaux. Elle s'assoit sur le canapé de velours crème et fixe le mur comme s'il allait révéler une issue. Je m'agenouille devant elle et prends ses mains glacées dans les miennes. Ses jointures sont rouges, égratignées, et une perle de sang coule le long de son index. Je la porte à mes lèvres sans réfléchir, et le goût métallique explose sur ma langue.

— Maman, regarde-moi.

Ses yeux verts, ces mêmes yeux émeraude que j'ai hérités d'elle, sont vides, absents. Je serre ses mains plus fort, je pose mon front contre ses genoux, et les larmes arrivent enfin, brûlantes, salées, silencieuses.

— Je te promets qu'il paiera, maman. Logan Pierce. Je te jure sur tout ce qu'on a qu'il paiera pour ce qu'il nous fait.

La haine est un feu qui consume tout le reste. Elle brûle ma peur, cautérise ma tristesse, transforme mon sang en lave.

La nuit tombe. J'installe ma mère dans son lit, je lui fais boire une tisane, je lui parle doucement jusqu'à ce que ses paupières se ferment. Puis je descends dans le salon obscur et je m'assois dans le fauteuil de mon père, ce Chesterfield en cuir sombre qui porte encore son odeur de tabac blond et de vétiver. Je prends mon téléphone et je tape « Logan Pierce » dans la barre de recherche.

Les résultats s'affichent. Des centaines d'articles, des photos, des interviews. L'homme est partout, comme une araignée au centre d'une toile qui s'étend sur le monde entier. Mon cœur rate un battement.

Il est beau, d'une beauté qui frôle l'arrogance. Des pommettes hautes et saillantes, une mâchoire carrée, des lèvres pleines mais dures, et des yeux d'un gris tellement pâle qu'ils en paraissent argentés, comme de la glace sous un ciel d'hiver. Ses cheveux noirs sont toujours impeccablement coiffés, et son corps, deviné sous des costumes qui valent plus que notre maison, dégage une puissance animale, contenue, dangereuse.

Sur chaque photo, il a le même sourire en coin qui semble se moquer du monde entier, et ce regard perçant, froid, calculateur, qui donne l'impression qu'il peut lire en vous. Il n'y a pas une once de chaleur dans ces yeux, rien qu'une intelligence glaciale et un mépris souverain.

Je serre le téléphone dans ma main moite. La rage monte en moi par vagues successives. C'est donc lui, cet homme aux costumes italiens et aux montres hors de prix, qui signe des contrats dans des tours de verre pendant que nous ramassons les morceaux de notre vie.

— Logan Pierce, murmuré-je dans le silence de la nuit.

Le nom roule sur ma langue comme une malédiction. Je vais le détruire. Je vais consacrer chaque jour, chaque heure à cette unique mission. Je vais m'infiltrer dans son monde, apprendre ses secrets, trouver ses faiblesses, et je frapperai au moment où il s'y attendra le moins.

Mon reflet dans l'écran noir me renvoie le visage d'une inconnue. Mes yeux verts sont fiévreux, cernés de rouge, mes lèvres gercées, mes cheveux blonds en cascade sur mes épaules tremblantes. Mais au fond de mes pupilles, il y a une étincelle qui n'existait pas ce matin, une flamme sombre qui promet de tout dévorer.

Je ne suis plus Chloé Bennett, la fille du notable respecté. Je suis une promesse de vengeance, un serment fait de chair et de larmes, et rien ne m'empêchera de le tenir.

Continúa leyendo este libro gratis
Escanea el código para descargar la App

Último capítulo

  • Le milliardaire que je devais détester    Chapitre 94

    Chapitre 94ChloéLa salle de visite est froide. Les murs sont gris. La table est vissée au sol. Mon père est en face de moi, les menottes aux poignets, le visage creusé par les années. Il a vieilli. Il a maigri. Mais ses yeux sont les mêmes. Ces yeux qui me regardaient quand j'étais petite. Ces yeux qui me disaient « je t'aime » sans jamais prononcer les mots.— Tu es venue.— Tu m'as fait demander.— Oui. J'ai réfléchi. Beaucoup. Depuis ta dernière visite. Depuis que tu m'as dit que tu ne lâcherais pas.Il pose ses mains sur la table. Elles tremblent. Il n'ose pas me regarder.— Je vais te dire la vérité. Pas toute. Je ne peux pas. Pas encore. Mais une partie. Celle que tu mérites d'entendre.— Je t'écoute.Il inspire. Longuement. Puis il commence.— Il y a des ann&

  • Le milliardaire que je devais détester    Chapitre 93

    Chapitre 93LoganLa voiture est garée dans une ruelle sombre. Chloé est à côté de moi, silencieuse. Elle attend. Je sors l'enregistreur de ma poche. Je le pose sur le tableau de bord. Je presse le bouton. La voix grésille. Déformée. Mais je l'écoute. Vraiment. Pour la première fois.— Logan Pierce. Si tu écoutes ce message, c'est que tu es venu seul. Bien. Écoute bien. Le véritable traître n'a jamais quitté votre famille. Il est là, parmi vous. Il attend. Il observe. Il manipule. Et il ne s'arrêtera pas avant d'avoir tout détruit. Cherche bien. Regarde autour de toi. La vérité est plus proche que tu ne le penses.Je passe le message en boucle. Encore. Encore. Je me concentre sur la voix. Sur les intonations. Sur les inflexions. Sur ce grain particulier. Cette façon de prononcer les mots. Cette hésitati

  • Le milliardaire que je devais détester    Chapitre 92

    Chapitre 92ChloéJe n'ai pas pu rester. Je savais que c'était dangereux. Je savais qu'il m'avait dit de ne pas venir. Mais je n'ai pas pu. L'idée de le laisser affronter ça seul, l'idée de le perdre sans même essayer, c'était au-dessus de mes forces.Alors je l'ai suivi. De loin. Dans une voiture que j'ai prise sans réfléchir. J'ai gardé mes distances, mes mains tremblaient sur le volant. Je l'ai vu entrer dans l'entrepôt. Je me suis garée plus loin. J'ai attendu. Les minutes passaient. Trop longues. Trop silencieuses.Et puis les coups de feu ont éclaté.Je sursaute. Mon cœur s'arrête. Les détonations résonnent dans la nuit, sèches, violentes. Je sors de la voiture. Je cours. Sans réfléchir. Sans penser. Juste courir.J'arrive devant l'entrepôt. La porte est grande ouverte. Je vois des flashs. J

  • Le milliardaire que je devais détester    Chapitre 91

    Chapitre 91LoganJe sors de la voiture. La nuit est froide. L'entrepôt abandonné se dresse devant moi, silhouette noire contre le ciel sans étoiles. Chloé m'a supplié de ne pas venir. Elle a pleuré. Elle s'est accrochée à mon bras. Elle a dit : « Si tu y vas, je ne te reverrai peut-être jamais. » Je lui ai répondu que je devais y aller. Que la vérité était plus importante que ma vie. Elle m'a regardé avec des yeux pleins de larmes et elle a murmuré : « Alors tu as choisi. » Je n'ai pas répondu. Parce qu'elle avait raison. J'ai choisi. Et ce choix me terrifie.J'avance vers l'entrepôt. Mes pas résonnent sur le bitume. La porte est entrouverte. Je la pousse. Elle grince. L'intérieur est plongé dans l'obscurité. Une odeur de poussière et d'huile stagnante me saute à la gorge. Je sors mon

  • Le milliardaire que je devais détester    Chapitre 90

    Chapitre 90LoganLa voiture est silencieuse. Chloé est assise à côté de moi, les yeux rouges, le visage encore marqué par les larmes. Elle regarde par la fenêtre, la ville qui défile, les lumières qui s'allument une à une. Je ne sais pas quoi dire. Je ne sais pas comment effacer ce que ces journalistes lui ont fait. Alors je conduis. Les mains crispées sur le volant. La mâchoire serrée.Mon téléphone vibre. Une seule fois. Je regarde l'écran. Numéro inconnu. Je ne réponds pas. Il vibre à nouveau. Je décroche. Une voix. Déformée. Métallique. Comme passée à travers un filtre.— Logan Pierce.— Qui est à l'appareil ?— Peu importe. Écoute bien.Je ralentis. Je me gare le long du trottoir. Chloé me regarde. Inquiète.—

  • Le milliardaire que je devais détester    Chapitre 89

    Chapitre 89ChloéLa porte de la prison se referme derrière moi. Le bruit métallique résonne dans l'air froid. Je reste un instant immobile sur le trottoir, les mains dans les poches, le regard fixé sur le bitume. Mon père vient de me demander, encore une fois, d'abandonner. « Laisse tomber, Chloé. Ne cherche pas la vérité. Elle ne te rendra pas meilleure. Elle ne me rendra pas meilleur. » Je lui ai dit que je ne pouvais pas. Il m'a regardée avec ses yeux fatigués, et il a murmuré : « Alors tu finiras comme moi. »Je marche vite. Je veux rentrer. Je veux retrouver Logan. Je veux oublier cette visite.Mais ils sont là.Ils surgissent de nulle part. Une meute. Des hommes et des femmes en manteau sombre, des micros tendus, des caméras braquées. Je reconnais le logo d'une chaîne people, puis d'un site de ragots. Ils se pressent autour de moi, me bloquent le passage.— Mademoiselle Chloé ! Un commentaire sur la destruction de la filiale Pierce ?— Est-ce que vous vous sentez responsable ?

Más capítulos
Explora y lee buenas novelas gratis
Acceso gratuito a una gran cantidad de buenas novelas en la app GoodNovel. Descarga los libros que te gusten y léelos donde y cuando quieras.
Lee libros gratis en la app
ESCANEA EL CÓDIGO PARA LEER EN LA APP
DMCA.com Protection Status