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Chapitre 2

Auteur: Clémentine de Sicile
Je suis rentrée chez moi dans un état second et j'ai commencé à faire mes valises.

Dans la chambre, un dossier contenant les préparatifs de notre mariage était posé sur la table.

Chaque fois que je faisais une crise, Gabriel le sortait pour me rassurer.

Je lui avais pourtant demandé pourquoi nous devions absolument attendre ma guérison pour nous marier.

Il me répondait toujours que c'était une exigence de sa famille et me demandait de faire preuve de compréhension.

Je savais que les Delacroix ne m'avaient jamais jugée digne de leur fils.

Pour rester avec moi, Gabriel avait même été chassé de chez lui. Il avait alors créé sa propre entreprise.

Lui qui avait grandi dans le luxe avait accepté de partager avec moi un minuscule appartement en location. On vivait à l'étroit dans un petit studio, à manger des pâtes premier prix.

À présent, après tant d'efforts, son entreprise prospérait enfin et ses relations avec sa famille s'étaient apaisées.

Je ne voulais pas qu'il se brouille de nouveau avec les Delacroix à cause de moi.

Alors, j'avais ravalé ma peine sans rien dire.

Avec le recul, je comprenais qu'il n'avait jamais eu l'intention de m'épouser.

En réalité, j'avais déjà rencontré sa nouvelle épouse.

Juliette était une élève de ma mère et travaillait dans l'entreprise de Gabriel.

Un jour, alors que j'étais passée lui rendre visite au bureau, je l'avais surpris en train d'aider personnellement Juliette à préparer un dossier. Lui qui n'avait d'ordinaire aucune patience avec ses employés prenait le temps de tout lui expliquer.

Mon intuition m'avait immédiatement soufflé que leur relation n'avait rien de professionnel.

Gabriel et moi nous étions même disputés à ce sujet.

Ma mère était alors intervenue pour calmer les choses.

« Même si tu ne fais pas confiance à Gabriel, tu pourrais au moins faire confiance à ta mère ! Juliette a déjà un petit ami. Pourquoi tu fais toute une histoire ? Tu nous fais honte devant tout le monde ! »

Manon m'avait également envoyé un message pour me dire qu'elle avait déjà participé à une soirée entre amis avec Juliette et que celle-ci semblait très amoureuse de son compagnon.

Sous la pression de ma mère, j'avais même fini par présenter mes excuses à Juliette.

Ce jour-là, elle avait détourné le visage, incapable de soutenir mon regard.

Je comprenais maintenant pourquoi.

Elle avait probablement peur d'éclater de rire en me regardant.

Toutes les personnes qui m'étaient les plus proches s'étaient liguées pour me prendre pour une idiote et couvrir leur liaison.

Ce n'est que tard dans la nuit que j'ai entendu du bruit à la porte.

Deux bras chauds m'ont soudain enveloppée, me faisant sursauter.

« Éléonore, tu t'en vas ? Tu es vraiment prête à me quitter ? »

Même si j'étais déjà gravement malade, la douleur de sa trahison m'a transpercée de part en part.

Je l'ai repoussé violemment.

« Ça suffit ! Tu comptes continuer à jouer la comédie ? Quoi ? Tu veux que je devienne ta maîtresse ? »

Gabriel est resté interdit.

Puis il a poussé un soupir épuisé et s'est laissé tomber sur le canapé.

« Éléonore, après toutes ces années passées à m'occuper de toi, tu ne pourrais pas essayer de me comprendre, pour une fois ? Parfois, vivre avec toi, c'est vraiment épuisant. »

« J'ai besoin d'une femme qui puisse tenir son rang au sein de la famille Delacroix, pas de… »

Il a laissé sa phrase en suspens.

J'ai serré les poings si fort que mes ongles se sont enfoncés dans mes paumes.

Je savais parfaitement ce qu'il voulait dire.

Pas d'une folle qui faisait des crises à répétition.

« Mais Gabriel, si tu ne me supportais plus, tu aurais pu me quitter depuis longtemps. Tu n'avais pas besoin de me faire subir tout ça… »

« Éléonore. »

Il m'a interrompue avec douceur et s'est approché prudemment.

« Comment pourrais-je avoir honte de toi ? C'est avec toi que je veux vraiment passer le reste de ma vie. »

« Ne t'inquiète pas. Juliette est au courant pour nous. Elle est simplement là pour sauver les apparences. Dès qu'elle m'aura donné un enfant, je divorcerai d'elle à l'amiable. »

« Un enfant ? »

« Oui. Avec ta maladie, je ne peux pas prendre ce risque. Imagine qu'elle se transmette à notre enfant… »

J'ai fixé Gabriel, incrédule.

J'avais l'impression de le découvrir pour la première fois.

Une épouse de façade.

Et moi, indigne de porter son enfant.

Tout ce qu'il venait de dire me prouvait qu'il m'avait depuis longtemps exclue de l'avenir qu'il s'était construit.

Soudain, une douleur violente m'a tordu l'estomac, comme si des mains invisibles en broyaient les entrailles.

Je me suis détournée précipitamment, j'ai attrapé la poubelle et j'ai commencé à vomir.

« Je te dégoûte à ce point ? »

Gabriel me regardait, profondément blessé.

Il a brusquement relevé sa manche, dévoilant son avant-bras couvert de cicatrices laissées par mes morsures.

« Mais Éléonore, ces cinq dernières années, tu ne m'as pas assez fait souffrir ? Tu sais combien de nuits tu m'as mordu comme ça ? Est-ce que je n'ai même pas le droit de vouloir une épouse normale et des enfants en bonne santé ? »

Il respirait bruyamment, déversant d'un seul coup toute la frustration qu'il avait accumulée pendant cinq ans.

Bien sûr que je savais.

Au fil de ces innombrables nuits, j'avais vu son regard changer.

Au début, il me regardait avec une tendresse douloureuse.

Puis cette tendresse avait laissé place à la résignation, à la lassitude et, parfois, à un éclair de dégoût qu'il ne parvenait plus à dissimuler.

Les paroles de ma mère et de Manon tournaient en boucle dans ma tête, comme une malédiction dont je ne pouvais me défaire.

Mon estomac me faisait terriblement souffrir.

Mais cette douleur n'était rien comparée à celle qui me déchirait le cœur.

Je n'osais pas relever la tête.

J'avais peur que Gabriel voie ce que je venais de vomir dans la poubelle et qu'il m'accuse, comme Manon, de chercher à attirer la pitié.

Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé.

Finalement, Gabriel a fermé les yeux un instant.

Il a pris sa veste et s'est dirigé vers la porte, ne me laissant que quelques mots.

« Je sais qu'il te faut du temps pour accepter tout ça. Je t'attendrai. Éléonore, après toutes ces années ensemble, on ne peut pas se séparer comme ça. »

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  • Le printemps ne reviendra plus   Chapitre 9

    Le jour de l'enterrement de Gabriel, ma mère est venue.Elle était entièrement vêtue de noir. Ses cheveux avaient blanchi et elle avait tellement maigri que ses vêtements flottaient autour d'elle.Devant sa tombe, elle a versé un bol de soupe à l'oignon encore fumante sur la terre.Alors que la vapeur blanche s'élevait encore, elle a murmuré :« Gabriel, Éléonore adorait la soupe à l'oignon. Partagez-la tous les deux. »Manon se tenait à ses côtés.Ces derniers temps, elle avait pris le relais de Gabriel pour suivre de près l'évolution de l'affaire Juliette.Juliette n'était pas venue.Elle se trouvait toujours en détention provisoire, dans l'attente de la suite de la procédure judiciaire.J'ai appris plus tard que le père de Juliette avait demandé à son avocat de contacter la famille Delacroix, dans l'espoir qu'elle accepte d'intervenir en faveur de sa fille auprès de la justice.Mais Gabriel était mort, et les Delacroix faisaient désormais porter toute leur colère sur Juliette.Elle

  • Le printemps ne reviendra plus   Chapitre 8

    Gabriel s'était enfermé chez lui, dans la chambre que nous avions partagée, et refusait obstinément d'en sortir.Il avait imposé le divorce à Juliette et confié la gestion de son entreprise à un directeur général.Désormais, ses journées se résumaient à deux occupations.La première consistait à écrire.Il avait décidé de reconstituer chaque journée, depuis celle où mon cancer avait été diagnostiqué jusqu'à celle où il avait découvert la vérité.Ce qu'il avait fait, ce qu'il m'avait dit, l'état dans lequel je me trouvais à ce moment-là.Arrivé à la troisième page, son stylo s'était immobilisé.Car le jour où j'avais appris que j'avais un cancer, il était parti en vacances à Nice avec Juliette.La réservation de leurs billets d'avion portait exactement la même date que mon rapport de biopsie.Il avait recopié les deux informations côte à côte sur une feuille, tracé un trait entre elles, puis dessiné une énorme croix dessus.Ensuite, il avait refermé son carnet. Cette nuit-là, il n'avait

  • Le printemps ne reviendra plus   Chapitre 7

    À partir de ce jour-là, ma mère est restée dans ma ville natale.Elle est retournée dans ma petite chambre.Celle où j'avais passé mes derniers jours, recroquevillée sur mon lit à cracher du sang.Elle a consacré une journée entière à la nettoyer.Elle a jeté les mouchoirs tachés de sang, rebouché à l'enduit les traces de griffures sur les murs, puis plié soigneusement mes vieux vêtements avant de les ranger dans l'armoire.Quand elle a eu terminé, elle s'est assise au bord du lit et a longuement contemplé une tache brunâtre, incrustée sous mon oreiller, que rien ne semblait pouvoir effacer.C'était du sang qui avait traversé le tissu une nuit où j'avais saigné du nez pendant ma chimiothérapie.Je n'en avais parlé à personne.Elle a commencé à fouiller dans les affaires que j'avais laissées derrière moi.Sous le lit, elle a trouvé un carton.À l'intérieur, il n'y avait que des copies de dossiers médicaux, des factures d'hôpital et des recommandations de médecins griffonnées à la main.

  • Le printemps ne reviendra plus   Chapitre 6

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  • Le printemps ne reviendra plus   Chapitre 5

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  • Le printemps ne reviendra plus   Chapitre 4

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