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Chapitre 4

Auteur: Clémentine de Sicile
« Mademoiselle Moreau, je vous ai déjà prévenue, non ? Si vous continuez à vous épuiser de la sorte, vous ne tiendrez même pas un mois. »

« Et vous êtes enceinte, en plus. Dans votre état, cette grossesse risque de ne pas… »

L'odeur du désinfectant m'a tirée de mon inconscience.

Je suis restée figée, puis les larmes ont silencieusement coulé sur mes joues.

Pourquoi fallait-il que ce petit être choisisse justement de grandir en moi ?

Le médecin a poussé un soupir.

« Vous êtes vraiment sûre de ne rien vouloir dire à monsieur Delacroix ni à votre famille ? Vous allez devoir subir une intervention lourde. Ce serait préférable d'avoir quelqu'un à vos côtés pour vous accompagner. »

« À quoi bon ? S'ils se souciaient vraiment de moi, vous croyez que je serais toute seule ici ? »

Le médecin n'a pas insisté. Il m'a simplement recommandé de me reposer et de me préparer à l'intervention.

Sur mon téléphone, plusieurs messages de Gabriel m'attendaient.

« Juliette a eu pitié de toi. Elle a peur que tu fasses une crise devant les journalistes, alors elle a accepté que tu n'assistes pas à la conférence de presse. Je vais passer un peu de temps avec elle pour me faire pardonner. »

« Tu pourrais au moins m'éviter d'autres problèmes, s'il te plaît ? »

Ma mère et Manon m'avaient elles aussi envoyé des messages interminables pour me faire la morale.

Je n'avais aucune envie de leur répondre.

Je ne voulais plus rester dans cette ville.

Alors que je m'apprêtais à partir, je suis tombée nez à nez avec Juliette.

« Tiens, mademoiselle Moreau. Vous êtes encore venue à l'hôpital pour attirer la pitié ? »

Elle a lentement posé une main sur son ventre, avec un sourire cruel.

« Dommage pour vous. Je suis déjà enceinte de Gabriel. Votre petit numéro ne servira plus à rien. »

J'ai mordu ma lèvre jusqu'au sang.

Déjà…

« Félicitations. Je ne chercherai plus à retenir Gabriel. »

Mais Juliette s'est contentée de contempler mon visage livide avec un sourire glacial.

« Seulement voilà, Éléonore, je ne peux pas vous faire confiance. Vous comptez beaucoup trop pour Gabriel. Alors ne m'en voulez pas pour ce qui va suivre. »

L'instant d'après, elle m'a agrippée et s'est laissée tomber en arrière, m'entraînant dans sa chute.

Je n'avais même pas compris ce qui venait de se passer que la porte s'est brusquement ouverte.

Gabriel s'est précipité à l'intérieur, affolé, suivi d'une foule de journalistes.

« Juliette ! »

Sans même m'accorder un regard, il a couru droit vers elle.

Il l'a serrée contre lui pour la protéger.

Juliette a pris un air blessé.

« Je m'inquiétais simplement pour mademoiselle Moreau. Je me disais qu'elle devait se sentir bien seule à l'hôpital et j'avais peur qu'elle fasse une nouvelle crise… Mais j'ai accidentellement laissé échapper que j'étais enceinte, et elle… »

Gabriel m'a fusillée du regard, hors de lui.

« Tu comptes continuer combien de temps ? Toujours cette fichue dépression ! Combien de personnes vas-tu encore faire souffrir à cause de ta maladie ? »

« Éléonore, jusqu'à quand vas-tu te servir de ce viol, survenu quand tu as voulu me sauver, pour me faire culpabiliser ? Tu ne t'es jamais demandé si tu n'avais pas aussi une part de responsabilité dans ce qui t'est arrivé ? »

Un bourdonnement assourdissant a envahi ma tête.

Après ce qui s'était passé trois ans plus tôt, Gabriel avait tout fait pour étouffer l'affaire.

Même lorsque Manon avait évoqué mon agression devant les invités du mariage, aucun détail n'avait filtré dans la presse.

Mais aujourd'hui, pour défendre Juliette, Gabriel venait de révéler devant tout le monde le traumatisme le plus douloureux de ma vie.

Sous les éclairs incessants des appareils photo, les larmes ont ruisselé sur mon visage glacé.

« Pas étonnant que monsieur Delacroix ne veuille plus d'elle ! Après ce qui lui est arrivé, elle ose encore s'accrocher à un homme marié et essayer de briser son couple ! »

« C'est horrible ! Je me demande même si elle n'a pas monté toute cette histoire de sauvetage de toutes pièces pour manipuler monsieur Delacroix ! »

Ma mère et Manon, alertées par la nouvelle, sont arrivées à leur tour.

Elles ne m'ont regardée qu'avec déception.

Devant les journalistes, elles ont publiquement annoncé qu'elles coupaient tout lien avec moi.

« Tu t'en prends même à un enfant qui n'est pas encore né ! Tu n'as donc aucune humanité ? »

Je suis restée immobile, incapable de réagir.

Gabriel a froncé les sourcils.

Puis il a soulevé Juliette dans ses bras et m'a lancé avec un sourire méprisant :

« Ce n'est qu'une dépression, après tout. Pendant toutes ces années, je t'ai emmenée consulter je ne sais combien de médecins, et ça n'a servi à rien. Cette fois, je ne jouerai plus à ce petit jeu. »

« Éléonore, parfois, je regrette vraiment de t'avoir rencontrée. »

Il a fait bloquer toutes mes cartes bancaires et interdit à quiconque de m'apporter une aide financière.

Je ne sais pas combien de temps je suis restée là après leur départ.

Ce n'est que lorsque mon estomac s'est de nouveau soulevé de violents spasmes que j'ai repris mes esprits.

Un sourire désespéré s'est dessiné sur mes lèvres.

Gabriel ne voulait même pas me laisser passer en paix les derniers jours de ma vie.

J'ai sorti de ma poche mon billet de train, désormais tout froissé, et je suis retournée dans ma ville natale.

Entre les vomissements incessants, les cauchemars et les sueurs froides, je passais mes journées recroquevillée sur mon ancien lit, le corps secoué de tremblements.

À la télévision, les mêmes rumeurs revenaient en boucle : j'aurais été la maîtresse de Gabriel, et mon agression sexuelle était devenue un sujet de commérages.

Dans ma chambre, les mouchoirs tachés du sang que je crachais s'entassaient en petits monticules.

Mes bras étaient couverts de griffures que je m'étais infligées en essayant de supporter la douleur.

Je n'en pouvais plus.

Dans un état second, j'ai pris un petit couteau.

Puis j'ai perdu connaissance.

La dernière image qui m'est apparue, à travers un voile rouge, a été celle de Gabriel qui courait désespérément vers moi.

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    Le jour de l'enterrement de Gabriel, ma mère est venue.Elle était entièrement vêtue de noir. Ses cheveux avaient blanchi et elle avait tellement maigri que ses vêtements flottaient autour d'elle.Devant sa tombe, elle a versé un bol de soupe à l'oignon encore fumante sur la terre.Alors que la vapeur blanche s'élevait encore, elle a murmuré :« Gabriel, Éléonore adorait la soupe à l'oignon. Partagez-la tous les deux. »Manon se tenait à ses côtés.Ces derniers temps, elle avait pris le relais de Gabriel pour suivre de près l'évolution de l'affaire Juliette.Juliette n'était pas venue.Elle se trouvait toujours en détention provisoire, dans l'attente de la suite de la procédure judiciaire.J'ai appris plus tard que le père de Juliette avait demandé à son avocat de contacter la famille Delacroix, dans l'espoir qu'elle accepte d'intervenir en faveur de sa fille auprès de la justice.Mais Gabriel était mort, et les Delacroix faisaient désormais porter toute leur colère sur Juliette.Elle

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