Mag-log inLe trajet en voiture depuis l’hôpital se fit dans un silence dense, chargé de tout ce qui venait d’être révélé. Camille regardait Paris défiler à travers la vitre, encore sous le choc de la vérité vingt-cinq ans de secrets, un mariage forcé bâti sur une erreur.
— Je vous dois des excuses, dit finalement Nathan, les mains crispées sur le volant. Des excuses qui ne suffiront jamais à réparer ce que je vous ai fait subir. — Vous pensiez protéger votre famille, dit Camille, surprise elle-même par la douceur dans sa propre voix. Ce n’est pas une excuse, mais je comprends. — Non, coupa-t-il fermement, en se garant devant le penthouse. Ne minimisez pas ce que j’ai fait. Je vous ai menacée. J’ai utilisé la maladie de votre mère pour vous forcer à m’épouser. Rien ne justifie ça. Camille resta silencieuse, touchée malgré elle par cette honnêteté brutale, si différente du Nathan glacial qu’elle avait appris à connaître. Une fois à l’intérieur, Nathan versa deux verres de vin sans lui demander son avis, lui en tendant un avec une hésitation qu’elle ne lui connaissait pas. — Vous pouvez partir, dit-il soudain. Le mariage n’a plus de raison d’être. Je vais trouver un moyen d’expliquer la rupture des fiançailles, sans que cela n’entache votre réputation. Votre mère continuera de recevoir son traitement, peu importe ce que vous déciderez. Camille le dévisagea, cherchant un piège dans ses paroles, mais ne trouvant que de la sincérité. — C’est ce que vous voulez ? Que je parte ? Il hésita, le silence s’étirant entre eux, chargé d’une tension nouvelle, différente de la froideur habituelle. — Non, avoua-t-il finalement, sa voix rauque. Ce n’est pas ce que je veux. Mais je ne peux pas continuer à vous retenir ici sous de faux prétextes. Vous méritez de choisir librement, pour une fois. Camille posa son verre, s’approchant lentement de lui, portée par une audace qu’elle ne se connaissait pas. — Et si je choisissais de rester ? Pas pour le contrat. Pas pour l’argent. Mais parce que malgré tout ce chaos, je commence à voir quelqu’un derrière la façade du PDG glacial. Nathan se figea, ses yeux cherchant les siens avec une intensité nouvelle. — Camille, si vous dites ça par pitié, ou par gratitude parce que je viens de m’excuser — Je ne fais jamais rien par pitié, Nathan. Vous devriez le savoir, après tout ce que vous m’avez fait subir sans que je cède un pouce de terrain. Un fantôme de sourire, sincère cette fois, traversa le visage de Nathan. — C’est vrai. Vous êtes la personne la plus têtue que je connaisse. — Regardez qui parle. Il rit doucement, un son rare et précieux qui surprit Camille par sa chaleur inattendue. Il s’approcha, sa main effleurant sa joue avec une délicatesse qui contrastait avec toute la froideur des semaines précédentes. — Je devrais vous laisser partir, murmura-t-il, son front touchant presque le sien. Ce serait la chose honorable à faire. — Peut-être que je ne veux pas que vous soyez honorable, répondit Camille dans un souffle. Le baiser qui suivit fut lent, hésitant d’abord, puis empreint d’une urgence qui trahissait des semaines de tension refoulée. Quand ils se séparèrent, à bout de souffle, Nathan garda son front contre le sien. — Ça complique tout, murmura-t-il. — Je sais. — Élise va avoir un avis là-dessus. Et Julien rôde toujours autour de vous. Camille sourit, posant sa main sur sa joue. — Une chose à la fois, Nathan. Pour l’instant, contentons-nous de ça. Mais alors qu’elle prononçait ces mots, une pensée inquiète traversa son esprit, le téléphone qu’elle avait laissé sur la table du salon venait de vibrer avec un message de Julien, qu’elle n’avait pas encore eu le courage de lire.Le travail commença cette fois de façon plus abrupte, Camille ressentant ses premières contractions intenses alors qu’elle assistait à une réunion importante avec son équipe de consultation, la forçant à quitter précipitamment le bureau sous le regard inquiet mais efficace d’Amélie qui s’empressa d’appeler Nathan.— C’est plus rapide que la dernière fois, haleta Camille alors que Nathan la conduisait vers l’hôpital avec une urgence contrôlée, se souvenant des longues heures de travail pour la naissance d’Éléonore.— Respirez, dit Nathan, sa propre expérience acquise lors du premier accouchement lui permettant de rester remarquablement calme malgré l’urgence évidente de la situation.En effet, contrairement aux douze heures de travail pour Éléonore, Antoine sembla pressé de rejoindre le monde, Camille arrivant à peine installée dans sa chambre d’accouchement que le Docteur Vasseur annonça déjà qu’il était temps de pousser.— Ce petit homme est impatient, dit la médecin avec un sourire,
Les semaines suivantes furent consacrées à la question qui occupait maintenant toutes les conversations familiales : comment appeler ce petit garçon qui grandissait chaque jour un peu plus dans le ventre de Camille.— J’aimerais honorer quelqu’un d’important, dit Nathan un soir, alors qu’ils feuilletaient ensemble un livre de prénoms qu’Élise leur avait offert en plaisantant, mais qu’ils utilisaient finalement avec sérieux.— À qui pensez-vous ? demanda Camille, quoique elle devine déjà probablement la réponse.— Julien, dit Nathan doucement. Mon père biologique. Je sais que ça peut sembler étrange, vu les circonstances complexes autour de son souvenir, mais je pense souvent à cet homme que je n’ai jamais connu, qui aimait la photographie et rêvait de voyager. Peut-être que porter son prénom pourrait être une façon de lui rendre hommage, de garder vivante une partie de cette histoire.Camille réfléchit un moment, touchée par cette proposition chargée de sens. — Je trouve ça beau, dit
Le téléphone sonna un mardi après-midi ordinaire, Camille pliant du linge dans la chambre pendant qu’Éléonore faisait la sieste. Elle reconnut immédiatement le numéro du laboratoire médical affiché à l’écran, et son cœur se serra instantanément.— Nathan ! appela-t-elle, sa voix trahissant sa nervosité soudaine.Il arriva en quelques secondes depuis son bureau où il travaillait ce jour-là depuis la maison, s’asseyant immédiatement à ses côtés sur le lit alors qu’elle décrochait, sa main trouvant la sienne sans qu’elle ait besoin de le demander.— Madame Moreau, dit la voix posée du spécialiste à l’autre bout du fil, je vous appelle avec les résultats de votre amniocentèse.Camille ferma les yeux, retenant son souffle, sentant la pression de la main de Nathan se resserrer autour de la sienne, un geste silencieux qui disait tout ce qu’il ne pouvait exprimer à voix haute en cet instant.— Le bébé va très bien, annonça le médecin, un soulagement perceptible même dans sa voix professionnel
Quelques mois après l’incident scolaire, désormais résolu grâce à l’approche ouverte que Nathan et Camille avaient adoptée, une nouvelle qui allait transformer à nouveau leur dynamique familiale se présenta de façon inattendue lors d’une visite médicale de routine.— Félicitations, dit le médecin traitant de Camille avec un sourire, vous êtes enceinte, environ six semaines.Camille resta un moment silencieuse, un mélange de surprise et de joie progressive transformant son expression alors qu’elle assimilait cette nouvelle inattendue mais profondément bienvenue.— Nathan va être tellement heureux, dit-elle finalement, un sourire radieux illuminant son visage.Ce soir-là, elle choisit un moment particulier pour partager la nouvelle, préparant le plat préféré de Nathan et attendant qu’Éléonore soit couchée avant de lui révéler la surprise avec un petit paquet cadeau contenant une paire de chaussons de bébé miniatures.— Qu’est-ce que c’est ? demanda Nathan, curieux, en ouvrant le paquet.
Le premier jour d’école d’Éléonore arriva avec une combinaison d’excitation et d’appréhension qui semblait affecter Camille et Nathan presque autant que leur fille elle-même, tous deux se remémorant leurs propres souvenirs d’enfance en préparant méticuleusement le cartable et l’uniforme impeccable de leur fille de cinq ans.— Tu es prête, ma chérie ? demanda Camille, ajustant une dernière fois les couettes soigneusement tressées d’Éléonore devant le miroir de l’entrée.— Je suis prête ! annonça Éléonore avec une confiance qui fit sourire ses parents, bien que Camille perçoive une pointe de nervosité sous cette bravade enfantine.L’école privée qu’ils avaient choisie, reconnue pour son excellence académique mais aussi pour sa diversité sociale relativement importante pour ce type d’établissement, accueillit Éléonore avec la chaleur habituelle réservée aux nouveaux élèves, mais Camille remarqua immédiatement les regards curieux, parfois appuyés, de certains parents et enfants en apprena
Le temps s’écoula avec la douceur particulière des jours heureux, transformant progressivement Éléonore d’une petite fille en une enfant vive et curieuse de cinq ans, sa personnalité affirmée mélangeant harmonieusement la détermination de sa mère et la profondeur réfléchie de son père.— Maman, pourquoi le ciel est bleu ? demanda Éléonore un matin, sa curiosité insatiable illuminant le petit-déjeuner familial désormais animé par ses questions constantes sur le monde qui l’entourait.— C’est une excellente question, dit Camille en souriant, échangeant un regard amusé avec Nathan par-dessus la tête de leur fille. Ça a à voir avec la façon dont la lumière du soleil se disperse dans l’atmosphère.L’entreprise du groupe Moreau avait continué de prospérer sous la direction de Nathan, désormais reconnue internationalement comme un modèle d’intégrité corporative, tandis que le cabinet de consultation de Camille s’était considérablement développé, employant maintenant une équipe de douze perso







