MasukChapitre 5 – L’Accident
Annabelle dormit mal.L’enveloppe anonyme était restée posée sur sa table de chevet toute la nuit. Elle l’avait relue des dizaines de fois.Fermez toujours vos rideaux après la tombée de la nuit. Ce n’était pas une menace. Ce n’était pas non plus un conseil ordinaire. Quelqu’un avait vu que ses rideaux étaient restés ouverts. Quelqu’un observait son appartement. Au petit matin, elle glissa la lettre dans un tiroir. Elle refusait de laisser la peur prendre le dessus. Après tout, rien de réellement grave ne s’était produit. Elle attrapa son sac et quitta la résidence. Comme chaque jour, le concierge lui adressa un sourire.
— Bonjour, mademoiselle Delcourt.
— Bonjour, monsieur Laurent.
— Passez une excellente journée.
— Merci, vous aussi.
En sortant, Annabelle prit la direction de l’arrêt de bus.
Les rues étaient déjà très animées. Des voitures défilaient sans interruption. Des étudiants marchaient par petits groupes en riant. L’atmosphère lui parut suffisamment normale pour lui faire oublier les événements de la veille. À l’université, la journée fut particulièrement chargée. Un professeur annonça un devoir supplémentaire. Deux autres déplacèrent les dates des examens. À la fin du dernier cours, Annabelle sentit la fatigue s’abattre sur elle. Elle décida de rentrer directement à la résidence.
En chemin, elle s’arrêta quelques minutes dans une librairie.
Elle voulait acheter quelques surligneurs et un carnet de notes.
En ressortant, le soleil commençait déjà à disparaître derrière les immeubles.
Elle consulta son téléphone.
Plusieurs messages de Clara.
— Tu survis ?
Annabelle sourit avant de répondre.
— À peine.
Quelques secondes plus tard, Clara envoya un emoji amusé.
Annabelle traversa la première rue.
Puis une deuxième.
Elle arriva enfin devant un grand carrefour.
Le feu piéton passa au vert.
Comme les autres passants, elle s’engagea sur le passage protégé.
Elle n’avait parcouru que quelques mètres lorsqu’un bruit assourdissant retentit.
Un moteur.
Très proche.
Beaucoup trop proche.
En relevant la tête, elle aperçut une berline noire qui fonçait droit dans sa direction.
Le feu était pourtant rouge.
Pendant une fraction de seconde, son corps refusa de bouger.
Tout sembla ralentir.
Les phares.
Le crissement des pneus.
Les cris des passants.
Puis une main saisit brusquement son bras.
Une force la tira violemment en arrière.
Annabelle perdit l’équilibre.
Elle tomba contre un torse solide au moment où la voiture traversait le passage piéton à toute vitesse.
Le souffle coupé, elle leva les yeux.
Olivier.
Il la tenait toujours par les épaules.
Son regard suivait la voiture qui disparaissait déjà au bout de la rue.
Autour d’eux, plusieurs personnes criaient.
Certaines sortaient leur téléphone. D’autres tentaient de retenir le numéro d’immatriculation.
Annabelle respirait difficilement.
— Vous allez bien ?
La voix d’Olivier était calme.
Étonnamment calme.
Elle acquiesça sans parvenir à parler.
Ses jambes tremblaient encore.
Olivier attendit quelques secondes avant de la relâcher.
— Vous êtes blessée ?
— Non… je… je ne crois pas.
Elle regarda la route.
Quelques centimètres de plus…
Et cette voiture l’aurait percutée de plein fouet.
— Merci.
Sa voix était presque inaudible.
Olivier observa rapidement les alentours.
Son expression s’était durcie.
Comme s’il cherchait quelqu’un.
— Vous devriez rentrer.
Annabelle fronça les sourcils.
— Attendez…
Il posa de nouveau son regard sur elle.
— Comment saviez-vous que…
Elle s’interrompit.
Une question venait de surgir dans son esprit.
Comment Olivier pouvait-il être là ?
Au même moment.
À quelques pas d’elle.
Comme s’il avait su que quelque chose allait arriver.
— Vous me suiviez ?
Le silence s’installa.
Olivier ne répondit pas immédiatement.
— Non.
— Alors comment expliquez-vous ça ?
Il détourna brièvement les yeux vers la rue.
— Une coïncidence.
Annabelle avait du mal à y croire.
Une coïncidence.
Vraiment ?
Il l’avait attrapée une fraction de seconde avant l’impact.
Comme s’il avait anticipé la trajectoire de la voiture.
Des sirènes de police retentirent au loin.
Plusieurs agents commencèrent à recueillir les témoignages.
L’un d’eux s’approcha.
— Est-ce que tout va bien, mademoiselle ?
— Oui… je crois.
— Avez-vous reconnu le conducteur ?
— Non.
Le policier prit quelques notes avant de s’éloigner.
Annabelle se retourna vers Olivier.
Il semblait prêt à partir.
— Attendez.
Il s’arrêta.
— Je ne vous ai même pas remercié correctement.
— Ce n’est pas nécessaire.
— Si.
Il secoua doucement la tête.
— Rentrez chez vous.
Il commença à s’éloigner.
Annabelle le regarda partir.
— Olivier !
Il s’immobilisa sans se retourner.
— Ce n’était vraiment qu’un accident ?
Quelques secondes passèrent.
Puis il répondit d’une voix basse.
— J’aimerais pouvoir vous dire que oui.
Il reprit sa marche.Annabelle sentit un frisson lui parcourir l’échine.Elle resta immobile au milieu du trottoir.Les paroles d’Olivier tournaient en boucle dans son esprit.J’aimerais pouvoir vous dire que oui.Cela signifiait une seule chose.Cette voiture ne l’avait peut-être pas percutée par hasard.En rentrant à la résidence, elle monta directement au huitième étage.Ses mains tremblaient encore lorsqu’elle glissa sa carte dans le lecteur.Au moment d’ouvrir sa porte, elle remarqua quelque chose.Une petite boîte noire avait été déposée devant son appartement.Sans aucune étiquette.Sans le moindre nom.Le cœur battant, Annabelle la ramassa.Elle l’ouvrit lentement.À l’intérieur se trouvait un unique objet.Une clé argentée.Accompagnée d’un petit morceau de papier.Quelques mots y étaient inscrits.Tu en auras bientôt besoin.Annabelle referma aussitôt la boîte.Cette fois, elle en était certaine.Quelqu’un jouait avec elle.Et ce quelqu’un semblait toujours avoir… un coup d’avance.
Chapitre 6 ,Les QuestionsLa petite clé argentée resta plusieurs minutes dans la paume d’Annabelle. Elle l’observait sous tous les angles. Aucun numéro. Aucune inscription. Aucun indice sur ce qu’elle pouvait ouvrir.Elle la posa sur la table du salon avant de reprendre le morceau de papier.– Tu en auras bientôt besoin.Toujours cette même façon de lui parler. Comme si quelqu’un connaissait déjà son avenir. Comme si chaque événement était prévu à l’avance.Elle sentit un frisson lui parcourir le dos.Depuis son arrivée à la résidence, tout semblait parfaitement orchestré. Le message anonyme. Le livre. Les lettres. L’accident. Et maintenant cette clé. Elle attrapa son téléphone.Son premier réflexe fut d’appeler Clara.– Allô ?– Tu es rentrée ?– Oui.Clara sembla immédiatement remarquer que quelque chose n’allait pas.– Qu’est-ce qui s’est passé ?Annabelle lui raconta tout. La voiture. Olivier. La clé.Le silence s’installa quelques secondes.– Tu crois que quelqu’un te fait une mauva
Chapitre 5 – L’AccidentAnnabelle dormit mal.L’enveloppe anonyme était restée posée sur sa table de chevet toute la nuit. Elle l’avait relue des dizaines de fois.Fermez toujours vos rideaux après la tombée de la nuit. Ce n’était pas une menace. Ce n’était pas non plus un conseil ordinaire. Quelqu’un avait vu que ses rideaux étaient restés ouverts. Quelqu’un observait son appartement. Au petit matin, elle glissa la lettre dans un tiroir. Elle refusait de laisser la peur prendre le dessus. Après tout, rien de réellement grave ne s’était produit. Elle attrapa son sac et quitta la résidence. Comme chaque jour, le concierge lui adressa un sourire.— Bonjour, mademoiselle Delcourt.— Bonjour, monsieur Laurent.— Passez une excellente journée.— Merci, vous aussi.En sortant, Annabelle prit la direction de l’arrêt de bus.Les rues étaient déjà très animées. Des voitures défilaient sans interruption. Des étudiants marchaient par petits groupes en riant. L’atmosphère lui parut suffisamment nor
Chapitre 4 – Les Premières ÉtrangetésAnnabelle passa une grande partie de la nuit à réfléchir au mystérieux colis. Le livre était exactement celui qu’elle cherchait depuis plusieurs semaines. Il était pratiquement introuvable à la bibliothèque de l’université et les rares exemplaires vendus sur Internet coûtaient une petite fortune.Elle le reprit entre ses mains. Aucune dédicace. Aucun nom. Aucune facture. Rien ne permettait d’identifier l’expéditeur.Elle finit par poser l’ouvrage sur son bureau. Une explication logique existait forcément.Peut-être que la fondation qui finançait ses études avait voulu lui faire un cadeau de bienvenue. Même si cette attention lui semblait particulièrement… ciblée.Le lendemain matin, avant de partir en cours, elle glissa le livre dans son sac. En passant devant le bureau du concierge, elle s’arrêta quelques instants.— Bonjour, monsieur Laurent.Le vieil homme leva la tête de son ordinateur.— Bonjour, mademoiselle Delcourt.Annabelle posa le livre su
Chapitre 3 , Le Voisin SilencieuxLes premiers jours passèrent plus vite qu’Annabelle ne l’avait imaginé.Entre les cours, les révisions et le temps nécessaire pour s’habituer à son nouvel appartement, elle n’avait presque pas eu une minute à elle.La résidence Beaumont était aussi calme qu’élégante.Les résidents se croisaient dans les couloirs avec politesse, mais les conversations ne duraient jamais très longtemps.Chacun semblait vivre dans son propre monde.Annabelle appréciait cette tranquillité.Pour la première fois depuis longtemps, elle pouvait étudier sans entendre les voisins se disputer ou la circulation sous ses fenêtres.Un soir, après avoir passé plusieurs heures plongée dans un manuel de droit pénal, elle réalisa qu’elle n’avait plus rien à manger.Elle enfila une veste et descendit jusqu’à la supérette située au rez-de-chaussée de la résidence.En revenant quelques minutes plus tard, les bras chargés de quelques sacs, elle appuya sur le bouton de l’ascenseur.Les portes s’ouv
Chapitre 2 , La Résidence BeaumontLe lendemain matin, Annabelle Delcourt remit sa réponse à l’administration de l’université.Elle avait passé une bonne partie de la nuit à peser le pour et le contre. Cette proposition lui semblait toujours aussi étrange, mais une occasion pareille ne se représenterait probablement jamais.Elle avait finalement signé les documents. En sortant du bâtiment administratif, une employée la rattrapa dans le couloir.– Mademoiselle Delcourt.Annabelle se retourna.– Oui ?La jeune femme lui tendit une enveloppe épaisse.– Voici les derniers documents concernant votre installation. Tout est déjà organisé. Vous n’aurez qu’à vous présenter à l’adresse indiquée demain matin. Le concierge vous remettra les clés.– C’est aussi rapide ?– La résidence est prête à vous accueillir.Annabelle prit l’enveloppe.– Merci.Elle continua son chemin, de plus en plus intriguée.Tout semblait avoir été préparé bien avant qu’elle accepte la proposition.Comme si personne n’avai
Chapitre 1 –, Une Opportunité InespéréeLa pluie s’abattait sur le campus depuis le début de l’après-midi. Les étudiants traversaient la cour en courant, cherchant à s’abriter sous les auvents des bâtiments. Au milieu de cette agitation, Annabelle Delcourt avançait d’un pas rapide, un épais manuel de droit serré contre sa poitrine.Elle venait de passer près de cinq heures à la bibliothèque. Les examens approchaient à grands pas et elle ne pouvait pas se permettre de perdre du temps. Chaque bonne note la rapprochait un peu plus de son objectif.Depuis son entrée à l’université, elle s’était promis une chose : réussir par ses propres moyens.Sa mère faisait déjà assez de sacrifices pour elle. Il était hors de question qu’elle lui demande davantage.Alors qu’elle descendait les marches du bâtiment principal, son téléphone vibra dans la poche de son manteau.Elle s’arrêta sous un porche pour consulter la notification.Un courriel de l’administration.Elle ouvrit aussitôt le message.Made







