MasukChapitre 6 ,Les Questions
La petite clé argentée resta plusieurs minutes dans la paume d’Annabelle. Elle l’observait sous tous les angles. Aucun numéro. Aucune inscription. Aucun indice sur ce qu’elle pouvait ouvrir.Elle la posa sur la table du salon avant de reprendre le morceau de papier.
– Tu en auras bientôt besoin.
Toujours cette même façon de lui parler. Comme si quelqu’un connaissait déjà son avenir. Comme si chaque événement était prévu à l’avance.Elle sentit un frisson lui parcourir le dos.Depuis son arrivée à la résidence, tout semblait parfaitement orchestré. Le message anonyme. Le livre. Les lettres. L’accident. Et maintenant cette clé. Elle attrapa son téléphone.
Son premier réflexe fut d’appeler Clara.
– Allô ?
– Tu es rentrée ?
– Oui.
Clara sembla immédiatement remarquer que quelque chose n’allait pas.
– Qu’est-ce qui s’est passé ?
Annabelle lui raconta tout. La voiture. Olivier. La clé.
Le silence s’installa quelques secondes.
– Tu crois que quelqu’un te fait une mauvaise blague ?
– Je ne sais plus quoi penser.
– Tu devrais peut-être aller voir la police.
– Et leur dire quoi ?
Elle soupira.
– Que je reçois des cadeaux anonymes ?
– Vu comme ça…
– Ils vont me prendre pour une folle.
Clara hésita.
– Alors parle à Olivier.
Annabelle regarda instinctivement vers le mur séparant son appartement de celui de son voisin.
– C’est ce que je compte faire.
Après avoir raccroché, elle prit une profonde inspiration.
Puis elle sortit dans le couloir.
L’appartement 805 se trouvait juste en face.
Elle leva la main.
Hésita.
Puis frappa.
Une fois.
Deux fois.
Trois fois.
Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvrit.
Olivier apparut.
Toujours aussi impeccable.
Comme s’il ne connaissait jamais la fatigue.
Son regard se posa aussitôt sur le visage d’Annabelle.
– Bonsoir.
– Bonsoir.
Elle remarqua qu’il observait discrètement ses mains.
Comme s’il cherchait quelque chose.
– Je peux vous parler ?
– Bien sûr.
Il s’écarta légèrement de l’entrée.
– Entrez.
Annabelle hésita une seconde avant d’accepter.
L’appartement était étonnamment sobre. Aucun objet de décoration inutile. Des meubles modernes. Une immense bibliothèque. Un bureau installé près de la baie vitrée.
Tout était parfaitement rangé.
Presque trop.
– Asseyez-vous.
Elle prit place sur le canapé.
Olivier resta debout.
– Que puis-je faire pour vous ?
Annabelle plongea son regard dans le sien.
– Je voudrais comprendre.
Il ne répondit pas.
– Depuis que je suis arrivée ici, il se passe des choses étranges.
Toujours ce silence.
– Des colis anonymes.
Des lettres.
Aujourd’hui, cette voiture…
Elle inspira profondément.
– Et vous étiez encore là.
Exactement au bon moment.
Olivier demeura parfaitement calme.
– Vous pensez que je vous suis ?
– Je pense surtout que vous savez des choses que j’ignore.
Il croisa les bras.
– Pourquoi dites-vous cela ?
– Parce que vous apparaissez toujours au moment où il se passe quelque chose.
Il ne répondit toujours pas.
Cette absence de réaction commençait à l’agacer.
– Dites quelque chose.
– Que voulez-vous que je dise ?
– La vérité.
Leurs regards restèrent accrochés l’un à l’autre pendant plusieurs longues secondes.
Puis Olivier prit enfin la parole.
– Il est normal que vous vous posiez des questions.
– Alors répondez-y.
Il secoua lentement la tête.
– Pas encore.
Annabelle se leva brusquement.
– Pas encore ?
– Ce n’est pas le bon moment.
– Vous trouvez ça normal ?
Sa voix venait de monter malgré elle.
– J’ai failli mourir aujourd’hui !
Pour la première fois depuis qu’elle le connaissait, le visage d’Olivier changea.
Une émotion traversa brièvement son regard.
De la colère.
Ou peut-être de la peur.
Impossible à dire.
– Je sais.
Ces deux mots furent prononcés si doucement qu’Annabelle en resta déstabilisée.
– Alors pourquoi vous refusez de m’expliquer ?
Il détourna les yeux quelques instants.
– Parce que plus vous en saurez maintenant…
…plus vous serez en danger.
Le silence retomba.
Annabelle sentit son cœur battre plus vite.
– En danger à cause de qui ?
Aucune réponse.
– Olivier.
Toujours rien.
Elle serra les poings.
– Très bien.
Si vous refusez de parler, je trouverai les réponses moi-même.
Elle se dirigea vers la porte.
Avant qu’elle ne pose la main sur la poignée, la voix d’Olivier retentit derrière elle.
– Annabelle.
Elle s’arrêta.
– Évitez de sortir seule après la tombée de la nuit.
Elle se retourna.
– Encore un conseil ?
– Oui.
– Ou un avertissement ?
Il soutint son regard.
– Les deux.
Annabelle quitta l’appartement sans ajouter un mot.
Une fois dans le couloir, elle sentit sa frustration grandir.
Cet homme était incapable de répondre à une simple question.
Pourtant…
Elle avait la certitude qu’il connaissait toute la vérité.
En rentrant chez elle, elle referma soigneusement la porte.
Elle vérifia deux fois la serrure.
Puis trois.
Finalement, elle alla jusqu’à la cuisine pour se préparer un thé.
En ouvrant un placard, elle se figea.
Une enveloppe blanche était posée contre une tasse.
Elle était certaine qu’elle ne se trouvait pas là quelques minutes plus tôt.
Son souffle se coupa.
Elle s’approcha lentement.
Ses mains tremblaient lorsqu’elle l’ouvrit.
Une simple feuille.
Une seule phrase.
– Ne lui fais confiance qu’à moitié.
Annabelle sentit son estomac se nouer.Cette fois, quelqu’un était forcément entré dans son appartement pendant son absence.Et cette idée était bien plus terrifiante que tous les messages qu’elle avait reçus jusque-là.
A suivre
Chapitre 6 ,Les QuestionsLa petite clé argentée resta plusieurs minutes dans la paume d’Annabelle. Elle l’observait sous tous les angles. Aucun numéro. Aucune inscription. Aucun indice sur ce qu’elle pouvait ouvrir.Elle la posa sur la table du salon avant de reprendre le morceau de papier.– Tu en auras bientôt besoin.Toujours cette même façon de lui parler. Comme si quelqu’un connaissait déjà son avenir. Comme si chaque événement était prévu à l’avance.Elle sentit un frisson lui parcourir le dos.Depuis son arrivée à la résidence, tout semblait parfaitement orchestré. Le message anonyme. Le livre. Les lettres. L’accident. Et maintenant cette clé. Elle attrapa son téléphone.Son premier réflexe fut d’appeler Clara.– Allô ?– Tu es rentrée ?– Oui.Clara sembla immédiatement remarquer que quelque chose n’allait pas.– Qu’est-ce qui s’est passé ?Annabelle lui raconta tout. La voiture. Olivier. La clé.Le silence s’installa quelques secondes.– Tu crois que quelqu’un te fait une mauva
Chapitre 5 – L’AccidentAnnabelle dormit mal.L’enveloppe anonyme était restée posée sur sa table de chevet toute la nuit. Elle l’avait relue des dizaines de fois.Fermez toujours vos rideaux après la tombée de la nuit. Ce n’était pas une menace. Ce n’était pas non plus un conseil ordinaire. Quelqu’un avait vu que ses rideaux étaient restés ouverts. Quelqu’un observait son appartement. Au petit matin, elle glissa la lettre dans un tiroir. Elle refusait de laisser la peur prendre le dessus. Après tout, rien de réellement grave ne s’était produit. Elle attrapa son sac et quitta la résidence. Comme chaque jour, le concierge lui adressa un sourire.— Bonjour, mademoiselle Delcourt.— Bonjour, monsieur Laurent.— Passez une excellente journée.— Merci, vous aussi.En sortant, Annabelle prit la direction de l’arrêt de bus.Les rues étaient déjà très animées. Des voitures défilaient sans interruption. Des étudiants marchaient par petits groupes en riant. L’atmosphère lui parut suffisamment nor
Chapitre 4 – Les Premières ÉtrangetésAnnabelle passa une grande partie de la nuit à réfléchir au mystérieux colis. Le livre était exactement celui qu’elle cherchait depuis plusieurs semaines. Il était pratiquement introuvable à la bibliothèque de l’université et les rares exemplaires vendus sur Internet coûtaient une petite fortune.Elle le reprit entre ses mains. Aucune dédicace. Aucun nom. Aucune facture. Rien ne permettait d’identifier l’expéditeur.Elle finit par poser l’ouvrage sur son bureau. Une explication logique existait forcément.Peut-être que la fondation qui finançait ses études avait voulu lui faire un cadeau de bienvenue. Même si cette attention lui semblait particulièrement… ciblée.Le lendemain matin, avant de partir en cours, elle glissa le livre dans son sac. En passant devant le bureau du concierge, elle s’arrêta quelques instants.— Bonjour, monsieur Laurent.Le vieil homme leva la tête de son ordinateur.— Bonjour, mademoiselle Delcourt.Annabelle posa le livre su
Chapitre 3 , Le Voisin SilencieuxLes premiers jours passèrent plus vite qu’Annabelle ne l’avait imaginé.Entre les cours, les révisions et le temps nécessaire pour s’habituer à son nouvel appartement, elle n’avait presque pas eu une minute à elle.La résidence Beaumont était aussi calme qu’élégante.Les résidents se croisaient dans les couloirs avec politesse, mais les conversations ne duraient jamais très longtemps.Chacun semblait vivre dans son propre monde.Annabelle appréciait cette tranquillité.Pour la première fois depuis longtemps, elle pouvait étudier sans entendre les voisins se disputer ou la circulation sous ses fenêtres.Un soir, après avoir passé plusieurs heures plongée dans un manuel de droit pénal, elle réalisa qu’elle n’avait plus rien à manger.Elle enfila une veste et descendit jusqu’à la supérette située au rez-de-chaussée de la résidence.En revenant quelques minutes plus tard, les bras chargés de quelques sacs, elle appuya sur le bouton de l’ascenseur.Les portes s’ouv
Chapitre 2 , La Résidence BeaumontLe lendemain matin, Annabelle Delcourt remit sa réponse à l’administration de l’université.Elle avait passé une bonne partie de la nuit à peser le pour et le contre. Cette proposition lui semblait toujours aussi étrange, mais une occasion pareille ne se représenterait probablement jamais.Elle avait finalement signé les documents. En sortant du bâtiment administratif, une employée la rattrapa dans le couloir.– Mademoiselle Delcourt.Annabelle se retourna.– Oui ?La jeune femme lui tendit une enveloppe épaisse.– Voici les derniers documents concernant votre installation. Tout est déjà organisé. Vous n’aurez qu’à vous présenter à l’adresse indiquée demain matin. Le concierge vous remettra les clés.– C’est aussi rapide ?– La résidence est prête à vous accueillir.Annabelle prit l’enveloppe.– Merci.Elle continua son chemin, de plus en plus intriguée.Tout semblait avoir été préparé bien avant qu’elle accepte la proposition.Comme si personne n’avai
Chapitre 1 –, Une Opportunité InespéréeLa pluie s’abattait sur le campus depuis le début de l’après-midi. Les étudiants traversaient la cour en courant, cherchant à s’abriter sous les auvents des bâtiments. Au milieu de cette agitation, Annabelle Delcourt avançait d’un pas rapide, un épais manuel de droit serré contre sa poitrine.Elle venait de passer près de cinq heures à la bibliothèque. Les examens approchaient à grands pas et elle ne pouvait pas se permettre de perdre du temps. Chaque bonne note la rapprochait un peu plus de son objectif.Depuis son entrée à l’université, elle s’était promis une chose : réussir par ses propres moyens.Sa mère faisait déjà assez de sacrifices pour elle. Il était hors de question qu’elle lui demande davantage.Alors qu’elle descendait les marches du bâtiment principal, son téléphone vibra dans la poche de son manteau.Elle s’arrêta sous un porche pour consulter la notification.Un courriel de l’administration.Elle ouvrit aussitôt le message.Made







